‹ Mémoires de Charles Gozzi ... écrits par lui-mêmeChapitre 52 sur 134 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

misérables. Mais, d'un autre côté, j'aimais passionnément cette jeune femme. Je lui devais de la reconnaissance ; et , malgré ses erreurs , dont j'étais la cause, je la croyais vertueuse , capable de me rendre heureux et de faire une épouse excellente et fidèle. Si je l'abandonnais au moment oii le veuvage ramenait dans nos relations l'innocence et la liberté , les grands sentiments dans lesquels nous avions vogué devenaient des mensonges. Je rougissais en songeant a certaines phrases, a certaines exclamations sorties de ma bouche, et que ma lâche retraite allait démentir odieusement. Que penserait de moi cette âme honnête en me voyant reculer devant mon bonheur, et accueillir avec un front soucieux l'occasion de me lier a elle pour toujours? Quelle estime pouvait-elle conserver pour un imposteur? Je lui avais parlé de vertu en la rendant criminelle, et le retour de la pureté me décidait a rompre nos amours ! Avais-je le droit de lui briser ainsi le cœur parce que j'étais impitoyable envers moi-même? Cette barbarie était indigne d'un galant homme. D'ailleurs, ma tendresse augmentait chaque jour, et me présageait un avenir plein de charmes auprès d'une telle épouse.

— Le sort en est jeté! m'écriai-je, il faut se marier.

Je me serais marié , en effet , si un coup de foudre jupitérien ne fût venu a l'improviste renverser toutes mes idées , et me précipiter, comme Phaéthon , des splendeurs de l'Olympe dans la fange terrestre , où je m'enfonçai ignominieusement jusqu'aux oreilles.

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