‹ Mémoires de Charles Gozzi ... écrits par lui-mêmeChapitre 9 sur 134 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

métriques et mes plans de stratégie. Afin de mieux étudier les fortifications , je m'étais logé avec Massimo dans une petite maison située près des remparts de Zara, et je voyais par l'une de mes fenêtres le soleil se coucher dans le sein de la mer. Je quittais mes livres arides et mes équations d'algèbre pour suivre des yeux Je père de la lumière dans son immense voyage. La rêverie, la philosophie, le sens poétique, se réveillaient dans ma tête de dix-sept ans , et ma pensée peu martiale s'en allait au galop fort au delà du chemin de la contrescarpe; a son retour au logis, quand l'astre du jour s'était plongé dans son bain, elle ne manquait jamais de me dire : Change de vie, reviens a tes inclinations et a tes goûts; tu n'es point né pour tuer les hommes, mais pour les divertir et les aider a passer le temps sans mélancolie.

Dans notre république aristocratique, où l'on pâlit d'horreur a la seule idée d'un roi absolu, d'un tyran ou d'un doge tout-puissant , chaque provéditeur , gouverneur, commandant quelconque, est dans le cercle de sa province, de son gouvernement ou commandement, un souverain despote, avec toute la faiblesse, la vanité, la toute-puissance , l'amour des flatteries, qui accompagnent la couronne. La ville de Zara voulut un jour donner une preuve de son respect au provéditeur général. On éleva, a grands frais, dans le pré de la forteresse , un cirque de bois magnifiquement orné de draperies; on distribua des billets , et on provoqua une assemblée préparatoire des poètes et prosateurs de la contrée, en manière d'académie. Tout académicien, par

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moi , tu peux donner carrière a ton orgueil , tu as été aussi plat courtisan que pas un de ces ambitieux. Sois joueur, ivrogne, paresseux ; abandonne tes dessins et tes fortifications ; tu n'as plus besoin d'autre recommandation que tes fades compliments rimes. » Ce ne fut ni le jeu , ni le vin , ni la paresse qui me détournèrent de la géométrie et des chiffres ; ce fut un sentiment nouveau que mon cœur ne connaissait pas encore , un sentiment plein de douceur, et source de mille maux. — Mais arrêtons-nous , et remettons a un chapitre particulier le lamentable récit de mes premières amours.

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