‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 13 sur 73 · II. — RÉTRÉCISSEMENTS ATROPHIQUES · texte numérisé non relu

II. — RÉTRÉCISSEMENTS ATROPHIQUES

Ils reconnaissent un mécanisme particulier. D'après une loi de physiologie générale tout organe qui ne sert plus s'atrophie; ainsi naissent les rétrécissements de l'intestin au-dessous de l'anus contre nature, de l'urèthre après l'établissement d'une fistule urinaire. Mais cette atrophie peut-elle aller jusqu'à la disparition de l'organe ? Peutelle aller tout au moins jusqu'à la disparition de la cavité? La question est fort controversée.

Ceux qui ont admis que les cavités muqueuses pouvaient disparaître par atrophie graduelle ont tiré principalement leurs arguments de ce qui arrive aux vaisseaux qui s'oblitèrent ; c'est là une fausse analogie. Citons un passage de. Bichat qui résume parfaitement cette question : « Lorsque les conduits muqueux cessent d'être parcourus par les fluides qui leur sont habituels, ils restent dans une contraction permanente; c'est ce qui arrive aux intestins au-dessous d'un anus contre nature. J'ai vu, dans ce cas, le csecum et le rectum réduits au volume d'une très-grosse plume ; cependant il n'y a jamais alors oblitération de leurs parois, à cause de la présence des sucs muqueux dont le malade rend toujours une certaine quantité. L'urèthre, à la

suite des opérations de taille, où les urines sont longtemps à passer par la plaie, et dans les grandes fistules au périnée ou au-dessus. du pubis; les conduits salivaires, dans les plaies qui les intéressent et qui donnent issue à toute la salive; le canal nasal, dans les fistules lacrymales, se resserrent aussi plus ou moins, mais ne s'oblitèrent jamais. On sait que le conduit déférent est souvent très-longtemps sans être parcouru par la semence et qu'il reste cependant libre; ce phénomène distingue les conduits muqueux des artériels, qui, dès que le cours du sang y est interrompu, se changent en des ligaments où toute espèce de canal disparaît. On ne doit pas perdre de vue ce phénomène général à tout conduit muqueux; il infirme la pratique de ceux qui, croyant, au bout d'un certain temps, à l'impossibilité de rétablir dans les fistules les voies naturelles, regardent comme nécessaire d'en pratiquer d'artificielles (1). »

La présence de l'épithélium et la persistance de la sécrétion muqueuse permettent d'expliquer que la cavité des conduits muqueux demeure libre, même quand ils s'atropbient.

Sans doute Bichat est allé trop loin, lorsque, quelques lignes plus bas, il avance que les conduits muqueux ne s'oblitèrent pas, même par le fait de l'inflammation. C'est à cette proposition, sans doute fort contestable, que s'adressent surtout les objections de Malgaigne; et cependant tous les exemples que l'éminent professeur invoque pour soutenir sa thèse ne sont pas heureusement choisis. Ainsi, de ce qu'on a institué une méthode de traitement de la fistule lacrymale qui consiste ta oblitérer le sac lacrymal, s'ensuit-il que la même chose puisse arriver spontanément (2)?

Comme dans les propositions trop générales, il y a erreur dans les deux camps. Nous ne contestons pas que, par le fait de l'inflammation et des produits nouveaux qu'elle forme, il puisse y avoir oblitération des canaux muqueux; mais nous nions que le même effet puisse suivre l'atrophie pure et simple qui cependant n'est déjà plus l'état physiologique dans les limites duquel Malgaigne veut restreindre la non-oblitération des canaux muqueux.

Les choses étant prises à ce point de vue, les faits d'oblitération des canaux déférents et de l'épididyme, à la suite d'orchites chroniques, sur lesquels M. Gosselin a fait de si intéressantes observations, n'infirment en rien notre manière de voir. Ce chirurgien d'ail-

(1) Anatomie générale, éd. Maingault, t. II, p. 522. Paris, 1818.

(2) J.-F. Malgaigne, Anatomie chirurgicale, t. I, p. 189, in-8°. Paris, 1838.

leurs a prouvé que l'oblitération dont il s'agit peut disparaître au bout d'un certain temps (1).

Si nous avons accordé à cette question une importance qui paraîtra peut-être exagérée, c'est que sa solution est féconde en résultats pratiques, et nous paraît autoriser cette proposition :

Dans les rétrécissements alrophiques, on peut toujours espérer rétablir la voie normale.

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