III. — RÉTRÉCISSEMENTS INFLAMMATOIRES
Ils forment une classe naturelle. Quel que soit en effet le conduit affecté, les phénomènes sont analogues et se succèdent dans le même ordre ; ils ne varient que du plus ou du moins, suivant l'intensité de l'inflammation, suivant aussi le caractère spécial de celle-ci, enfin suivant le calibre du conduit, une inflammation de même degré amenant des conséquences d'autant plus graves que ce calibre est normalement moins considérable.
Rigoureusement parlant, toute inflammation d'un conduit muqueux s'accompagne d'un certain degré de rétrécissement, dû à la tuméfaction inflammatoire, laquelle ne peut se développer que du côté de la surface libre du conduit, dont elle rétrécit par conséquent la lumière. Des faits vulgaires prouvent l'existence de ce phénomène, tels : la difficulté au passage de l'air par les fosses nasales, dans le coryza au début; la difficulté de la miction dans l'uréthrite, etc.
A mesure que l'inflammation parcourt ses périodes, en admettant qu'elle ne se termine pas brusquement par délitescence ou par une résolution rapide, la tuméfaction augmente par une série de causes dont les effets s'accumulent, mais qui toutes se rattachent au travail phlegmasique lui-même; ce sont : 1° l'épanchement du sérum du sang dans le parenchyme de la partie malade (œdème inflammatoire); 2° l'exsudation du plasma du sang (2) ; 3° l'extravasation du sang luimême par rupture de vaisseaux (3).
Rarement bornée à un point restreint d'un réservoir muqueux, l'in-
(I) Voy. les Arch. gén. de méd., 7e série, t. II, et le Traité des maladies du testicule de Curling, traduit et annoté par M. Gosselin, in-8°. Paris, 1857.
(2^ 11 faut aujourd'hui traduire autrement cette idée et dire, à la place d'exsudation du plasma : prolifération des éléments du tissu conjonctif.
(3) J. Vogel, Traité d'anatomie pathologique générale, traduit par Jourdan, in-8°, p. 493. Paris, 1847.
flamraation s'étend le plus souvent de proche en proche ; elle peut gagner ainsi par voisinage l'orifice d'un conduit voisin et s'en emparer.
Dans les conduits d'un petit calibre, la tuméfaction inflammatoire suffit pour amener, au moins temporairement, une oblitération presque complète et fermer le passage aux fluides sécrétés. De là des accidents de rétention qui cèdent facilement aux moyens antiphlogistiques.
Au rétrécissement dû à la tuméfaction inflammatoire proprement dite et aux produits nouveaux accumulés dans les parois du conduit, s'ajoute parfois une véritable obstruction , due à la sécrétion muqueuse, qui, en même temps qu'elle change de nature, augmente de quantité.
Cette obstruction est surtout très-marquée et peut amener des accidents graves dans les cas où une inflammation spécifique donne naissance à de nouveaux produits; ex. : la cystite cantharidienne, les inflammations diphthéritiques, etc. Il y a alors véritable production de corps étrangers qui obstruent plus ou moins complètement les conduits muqueux.
Tous les phénomènes dont nous venons de parler appartiennent à l'histoire des inflammations aiguës. Il est un certain nombre de rétrécissements qui se rattachent d'une façon plus ou moins directe à cette catégorie de faits, mais dont la théorie n'est pas encore assez nettement et assez sûrement établie pour qu'on puisse les considérer sans contestation comme inflammatoires; je veux parler, en particulier, des faits de rétrécissement du larynx dû à l'œdème delà glotte. Si cette dernière maladie est pour quelques-uns purement et simplement une laryngite sous-muqueuse, elle est pour d'autres une hydropisië ne dérivant pas directement de l'inflammation.
Quant aux rétrécissements produits par l'inflammation chronique, ils établissent la transition entre les rétrécissements purement inflammatoires et les rétrécissements par lésion organique.
Il est malaisé de savoir, et c'est une difficulté qui se présente à chaque pas dans l'étude des phlegmasies chroniques, où finissent les premiers, où commencent les seconds. Une fois organisés, les produits dont l'inflammation chronique a déterminé la formation ne lui appartiennent plus : ils rentrent dans un autre ordre de lésions.