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IV. — RÉTRÉCISSEMENTS ORGANIQUES

Ils sont dus au développement de tissus accidentels, hétéromorphes, dans quelques-unes des couches des conduits muqueux.

Il suffit presque de les mentionner, car il est difficile de soumettre à une étude d'ensemble ces rétrécissements engendrés par des produits qui ont chacun une marche, une allure particulières, et qui affectent une prédilection soit pour un tissu, soit pour un autre.

Ils ont cependant pour caractère général d'envahir de proche en proche le tissu dans lequel ils ont pris naissance ; après s'être substitués à lui ils arrivent à remplacer les éléments du conduit muqueux, à végéter à nu dans son intérieur et à en rétrécir surtout le calibre; mais ce n'est là que la première période de leur évolution. La seconde n'appartient plus, à proprement parler, à l'histoire des rétrécissements, et celte évolution a été trop bien étudiée et est trop connue pour que nous nous y arrêtions.

Citons seulement pour rappeler la marche des rétrécissements cancéreux, ceux de l'œsophage, du rectum, de l'estomac. Le plus souvent l'affection se développe sous la muqueuse qui participe plus lard à la dégénérescence. Toutes les tuniques du reste finissent par être comprises dans la même altération.

Certains rétrécissements par lésion organique ne peuvent se prêter à des considérations générales, les exemples observés étant rares et n'étant étudiés avec profit que dans l'histoire des rétrécissements en particulier.

D'autres, au contraire, se rencontrant souvent et dans différents conduits muqueux, peuvent être l'objet d'une description générale ; je veux parler des rétrécissements dus à la transformation des tuniques du conduit muqueux en tissu fibreux, au développement d'un tissu fibreux accidentel, enfin à la rétraction du tissu fibreux normal.

Mais il est malaisé, au moins dans certains cas, d'observer la transition, d'établir la différence entre les rétrécissements hypertrophiques et les rétrécissements fibreux ; en outre la rétraction du tissu fibreux normal, qui, dans la théorie de M. Guérin (1), constitue le plus souvent les rétrécissements de l'urèthre, est une suite delablennorrhagie

(1) Mémoires de la Société de chirurgie, t. IV, p. 122.

chronique. Ce genre particulier de rétrécissements par lésion organique se rattache donc, au moins quant à son origine, aux rétrécissements inflammatoires.

Devant la difficulté d'établir des divisions qui ne fléchissent devant aucun fait, il faut admettre des cas intermédiaires qui établissent le passage de l'une à l'autre classe.

RETRECISSEMENTS CICATRICIELS.

La plupart des auteurs les rangent parmi les rétrécissements par lésion organique. Nous avons pensé qu'il serait plus rationnel et plus avantageux pour l'étude d'en faire une classe à part, puisqu'ils reconnaissent une origine spéciale et sont soumis à certaines lois particulières de physiologie pathologique.

Malheureusement les conditions qui président à la formation des cicatrices dans les divers tissus, ainsi que les phénomènes de la cicatrisation, sont loin d'être encore bien connues. Pour les canaux muqueux en particulier, la profondeur des parties a rarement permis de suivre de visu la marche des plaies qui les intéressent, et c'est seulement d'un examen fait tardivement qu'on a pu tirer quelques conclusions; ou bien, pour plus de simplicité, on a appliqué aux canaux muqueux la connaissance qu'on avait des phénomènes de la cicatrisation cutanée.

Une circonstance contribue encore à rendre difficile l'étude des plaies des conduits muqueux, c'est que, rarement simples et isolées, elles sont le plus souvent masquées par la lésion concomitante des parties voisines.

Quelques passages, empruntés à l'excellent traité d'anatomie pathologique de Cruveilhier, témoigneront de l'incertitude qui règne dans la science à l'endroit de la cicatrisation des muqueuses. Dans plusieurs endroits l'éminent professeur insiste sur les différences qui séparent la cicatrisation cutanée de la cicatrisation muqueuse, et se résume ainsi sur le compte de cette dernière :

« Les membranes muqueuses détruites peuvent-elles se régénérer? Je réponds, en général, non : les muqueuses cicatricielles ne sont pas une régénération, la membrane qui les constitue n'est pas autre chose qu'un tissu cicatriciel qui ne présente aucun des caractères essentiels des muqueuses; la moindre perte de substance d'une

membrane muqueuse ne se régénère jamais, la brèche est irréparable, s

Voilà qui semble positif; et cependant, presque immédiatement, M. Cruveilhier corrige ce que celte doctrine peut avoir de trop absolu par l'amendement suivant :

« Ce que je viens de dire est d'une exactitude rigoureuse quant aux pertes de substance des muqueuses épithéliales; mais il n'en est pas de même quant aux muqueuses épidermiques, lesquelles se comportent comme la peau, se reproduisent en quelque sorte à l'aide d'un tissu cicatriciel, qui représente la membrane muqueuse au même titre que les cicatrices cutanées représentent la peau qu'elles remplacent » (1).

Quoi qu'il en soit, les rétrécissements cicatriciels présentent un certain nombre de caractères spéciaux que nous allons résumer :

1° Ils succèdent toujours à une solution de continuité qui a intéressé la membrane interne du conduit muqueux. Cette solution de continuité peut être ou une plaie, ou une ulcération. La plaie varie quant à son étendue, quant à sa direction, quant à sa nature; l'ulcération peut résulter de causes diverses.

2° Cette solution de continuité s'est cicatrisée par seconde intention, c'est-à-dire en laissant du côté du canal une surface granuleuse qui s'est métamorphosée avec le temps en tissu fibreux inodulaire.

3° Il y a eu perte de substance à la muqueuse, soit par le fait de l'ulcération, soit par le fait de l'écartement de la plaie.

4° Le rétrécissement a pu se produire par la soudure de la plaie par seconde intention, ou par rétraction de la virole inodulaire même recouverte d'épiderme. On sait, en effet, que la membrane granuleuse conserve sa rétractilité longtemps encore après la guérison de la plaie. Si, dans les muqueuses, cette propriété s'exerce avec moins d'énergie, dans d'autres tissus, c'est une force qui suffit pour produire les désordres les plus graves.

5° La rétraction déformera le canal très-diversement suivant son étendue.

Il faut entrer ici dans quelques détails. Les cicatrices qui se développent dans un canal muqueux peuvent succéder, avons-nous dit, à une plaie, à une ulcération. La forme et l'étendue des plaies régiront la forme et l'étendue de la cicatrice : en cas de simple piqûre, la cicatrisation se fait par première intention, ne laisse pas de traces et ne saurait produire de rétrécissement. Les plaies peuvent encore

(1) Anaiomie pathologique, t. III, p. 935, 936 et 939, in-8°; 1856.

être longitudinales ou transversales : les premières ne peuvent en aucun cas amener de rétrécissement; dans certaines circonstances, au contraire, elles laissent se former des fistules, danger signalé depuis longtemps pour certains conduits muqueux.

Il en est autrement des plaies transversales : suivant qu'elles sont plus ou moins étendues, plus ou moins profondes, complètes ou incomplètes, elles peuvent déterminer des rétrécissements, dont la forme varie à l'infini : simples brides, diaphragmes, anneaux résistants, etc. (1).

Mais, sachant que les phénomènes de rétraction du tissu inodulaire sont moins marqués dans les muqueuses que dans les autres tissus, nous pouvons admettre que les plaies peu étendues n'y laissent que des rétrécissements assez limités pour pouvoir être négligés cliniquement. C'est ce qui arrive pour les réservoirs ou conduits muqueux dont le calibre normal est assez considérable. Mais, si grande que soit la capacité d'un réservoir, ses fonctions peuvent être troublées par un rétrécissement succédant à la cicatrisation d'un ulcère. Il peut y avoir en effet, à la suite de la chute des escbares, d'énormes pertes de substance à réparer. On a vu, par exemple, les fonctions de l'estomac troublées par suite de la cicatrisation d'ulcères simples. Sans doute, cet effet sera plus marqué au pylore ou au cardia; mais l'organe entier peut prendre la forme de bissac par le développement de brides cicatricielles siégeant à sa partie moyenne.

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