‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 16 sur 73 · VI. — RÉTRÉCISSEMENTS SPASMOD1QUES · texte numérisé non relu

VI. — RÉTRÉCISSEMENTS SPASMOD1QUES

Une grande incertitude règne encore sur leur histoire. Si, à une certaine époque, on a accueilli avec trop de complaisance certains faits de rétrécissements prétendus spasmodiques que l'anatomie pathologique explique aujourd'hui d'une autre façon, il ne faut pas cependant rejeter en masse tous les faits de cette nature qui sont enregistrés dans la science.

Incontestablement il peut survenir dans tous les conduits muqueux pourvus de fibres musculaires, sous l'influence de conditions encore

(I) Serait-ce dans la classe des rétrécissements cicatriciels qu'il faudrait faire rentrer les rétrécissements valvulaires congénitaux du rectum observés par A. Rérard et M. Maslieurat-Lagémard? (Mém. et obs. sur les 7'étrécissements du rectum; Gazette médicale de Paris, 1839, in-40, p. 14G.)

mal déterminées, une contraction involontaire qui amène un rétrécissement plus ou moins persistant.

Quant à savoir de quelle cause dépend cette contraction, là gît la difficulté, et on ne fait que la reculer en disant qu'elle survient sous l'influence du système nerveux, et quelle appartient à l'ordre des actions réflexes.

La contraction spasmodique des conduits muqueux apparaît tantôt comme expression symptomatique d'une névrose générale; l'hystérie, l'épilepsie, etc., et, dans ce cas, elle peut siéger tour à tour ou simultanément sur divers appareils: tantôt au contraire elle se développe isolément et n'attaque qu'un seul organe. Peu de conduits muqueux en sont exempts.

On connaît surtout le spasme de la glotte, celui de l'œsophage, fréquent dans l'hystérie, et qui a pu, chez certaines femmes atteintes de cette maladie, se montrer d'une manière assez persistante (t) pour faire croire à une affection organique. On sait aussi quel rôle joue dans la fissure à l'anus la contraction spasmodique du sphincter.

A l'appareil respiratoire, l'asthme n'est-il pas un rétrécissement spasmodique des hronches? Cette opinion a été souvent soutenue depuis Van Helmont, qui avait donné à cette maladie le nom iïépilepsie du poumon, et Willis jusqu'à M. Lefèvre. Elle a été récemment discutée avec beaucoup de talent par M. Beau, qui ne la partage pas, et qui attribue l'asthme à un obstacle apporté au passage de l'air par un mucus tenace, non fluide, qui obstrue la continuité de l'arbre bronchique (2). Dans un certain nombre de cas la colique hépatique survient sine matériel, et doit sans doute être attribuée à un spasme des conduits biliaires.

C'est surtout à l'urèthre que l'existence des rétrécissements spasmodiques a été le plus vivement discutée. J. Hunter admettait formellement leur existence, et son opinion était partagée par la plupart des chirurgiens lorsqu'elle fut combattue par Amussat et M. Mercier.

Pour ce dernier, dans les prétendus cas de rétrécissement spasmodique, il n'y a pas contraction des fibres musculaires uréthrales, mais bien lésion de l'orifice uréthro-vésical et surtout valvulo-musculaire au col de la vessie, amenant des difficultés dans la miction (3).

(1) Sauvages, Boyer. Voyez Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. VII,. p. 128, 4-e édition, in-8°; 1831.

(2) J.-H.-S. Beau, Traité d'auscultation, in-8°, p. 130. Paris, 1856.

(3) Mercier, Recherches sur les valvules du col de la vessie, p. 22, 2e édition,. 1848; cité par Nélaton.

Cette explication ne saurait convenir aux cas où l'obstacle momentané à l'issue des urines et au cathétérisme siège dans la portion spongieuse de l'urèthre (1); à ceux encore où la rétention d'urine apparaît chez les femmes récemment accouchées, sans qu'aucune barrière matérielle en donne l'explication.

Il faut donc admettre les rétrécissements spasmodiques de l'urèthre, malgré cette objection de Nélaton qui ne veut pas qu'on décrive comme espèce morbide particulière un état passager qui peut disparaître spontanément en quelques minutes (2), car si cette fin de nonrecevoir était acceptée, il faudrait du même coup rayer toutes les affections spasmodiques dont les attaques sont de courte durée.

Pour en finir avec cette énumération, il paraît probable que certains troubles qui surviennent dans Péjaculation, que certains cas de dyspermalisme, comme disaient les anciens nosographes (3), sont sous l'influence du spasme.

[J'ai beaucoup étudié, il y a quelques années, les rétrécissements spasmodiques de l'urèthre, ou pour parler plus exactment, l'élément spasme dans les coarclations urèthrales. Pour moi l'obstacle que l'on constate si communément à la région membraneuse est essentiellement dû à une contracture réflexe qui ne change de nature et qui ne se métamorphose en obstacle permanent que par l'effet du temps et d'autres influences encore. Ces idées ont été exposées par deux de mes élèves, MM. Folet et de Landetta. Un troisième auteur, M. Cornillon, cherchant à contrôler mon opinion en toute indépendance, est arrivé à la partager complètement. Je n'ai personnellement rien publié sur ce sujet, mais je donnerai dans la suite une analyse de ces travaux inspirés par mon enseignement oral. (A. V. 1876).]

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