‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 29 sur 73 · DÉCOUVERTE DE LA STAPHYLORRIIAPHIE AU XYII10 SIÈCLE · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE LA STAPHYLORRIIAPHIE AU XYII10 SIÈCLE

Je publie aujourd'hui un mémoire dont personne ne contestera la rare importance historique. Il sufht de dire qu'il renferme la proposition formelle de la staphylorrhaphie dans les cas de division récente du voile du palais, et dans les cas également où ce repli membraneux est divisé congénitalement. A la proposition est jointe la description détaillée d'un procédé opératoire bien conçu et exposé d'une manière fort claire pour l'époque.

L'auteur de ce mémoire est Eustache (de Béziers), qui avait osé, dans le traitement des polypes naso-pharyngiens, imiter Manne et J.-L. Petit, et fendre le voile du palais pour aborder plus aisément la tumeur. Il avait envoyé l'observation a l'Académie royale de chirurgie. Brasdor avait été nommé rapporteur; ce dernier ne se contentant pas des renseignements renfermés dans cette observation, écrivit à Eustache le 27 mars 1783, et lui adressa les questions suivantes, qui annoncent une grande connaissance du sujet :

« Vous avez, monsieur, communiqué à l'Académie royale de chirurgie des observations sur des traitements de polypes heureusement terminés par vous; dans une de ces observations, vous dites avoir fendu le voile du palais. Il serait bien essentiel de connaître les suites qu'a eues cette division : je crois que, vu les usages importants de la

(l) Ce mémoire est extrait des Archives de l'ancienne Académie Royale de chirurgie. L'original existe dans la bibliothèque de notre Académie de médecine. Voir Gazel te hebdomadaire, 1861, pages (502. lilT.

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partie, elle ne peut être divisée sans qu'il n'en résulte des inconvénients; je voudrais bien éclaircir mon doute. Les auteurs de semblables récits ne disant rien sur les circonstances postérieures, vous pouvez résoudre la question, et ce sera une chose utile dont vous aurez le mérite.

» Voulez-vous donc bien répondre aux chefs suivants :

» Quelle a été l'étendue de l'incision faite au voile du palais? — Dans quel état étaient, les lèvres de cette division après l'extraction du polype? — Étaient-elles flottantes et d'un rapprochement facile ou étaient-elles en rétraction, écartées, et de combien? — De combien aussi s'est lait le rapprochement on plutôt le recollement, est-il parfait ou de combien s'en manque-t-il? — Le malade n'éprouve-t-il aucune gêne dans la déglutition? — S'il en éprouve, qu'en résultet-il, se porte-t-il aussi bien qu'auparavant? — N'est-il point maigri? — La voix n'a-t-elle reçu aucune altération? ne fait-il pas facilement ce qu'on appelle du vin de Nazareth? »

» Votre honnêteté m'assure que votre réponse sera exacte, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle sera insérée en tout ou en extrait dans un mémoire sur cette matière.

» J'espère que vous voudrez bien, etc.

» Bràsdor, maitre en chirurgie,

» professeur royal des Écoles.

» Paris, 27 mars 1783. »

Eustache répondit le 8 avril. Je supprime quelques compliments d'introduction.

« Première question : Quelle a été l'étendue de l'incision faite au voile du palais? — Réponse. En raison de l'énorme grosseur du polype, il fut convenu de fendre cette cloison charnue dans toute sa longueur, afin de pouvoir saisir plus aisément cette masse polypeuse; en conséquence l'incision fut faite, à la faveur d'une sonde cannelée, sur le milieu de la portion gauche du voile. On observera que c'est aux environs de la partie postérieure de la cavité gauche du nez que* les racines de ce gros polype avaient formé leurs principales adhérences.

» Deuxième question : Dans quel état étaient, les lèvres de cette division? — Réponse. Une heure après l'opération, je portai une compresse longuette dans la fosse nasale, et je remarquai l'écartement indiqué dans la première figure. La portion gauche du voile était plus

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réfractée que la droite : les bords de cette division, quoique écartés, étaient néanmoins flottants, et nous les jugeâmes susceptibles de rapprochement, ce qui nous détermina, le lendemain matin, à proposer la suture. Le malade et les parents témoignèrent la plus grande répugnance pour celte seconde opération; en conséquence, le recolle-

Fig. 2.

ment de celte plaie fut abandonné à la nature. En comparant la seconde figure à la première, vous jugerez de combien s'est fait le rapprochement. Voici ce que j'imagine être arrivé pendant que la réunion s'opérait : la cloison ayant été déjetée et forcée en avant par le volume du polype, acquit dans tous les sens beaucoup d'étendue; après l'extirpation, les fibres du voile, par leur élasticité naturelle, r, 'vinrent peu à peu sur elles-mêmes, et, à mesure que ce mécanisme s'opérait, les lèvres de la plaie se rapprochèrent et se réunirent dans l'étendue que vous voyez sur la deuxième figure. Dans cette circonstance, la réunion des parties ne se fil pas comme lorsqu'il est possible de tenir les parties divisées dans un contact immédiat, mais bien par une sorte de réparation de substance (l).

» Troisième question : Qu'a éprouvé le malade après sa guérison? — Réponse. Il avalait assez facilement les aliments solides; cependant il lui arrivait quelquefois d'avoir, pendant la déglutition, des quintes de toux, ce qu'il ne se rappelait pas avoir jamais eu avant sa maladie; il n'avait pas beaucoup d'embonpoint, mais il se portait, assez bien pour soutenir les travaux de la campagne; il avalait avec difficulté les liquides qui assortaient très-souvent par la narine

(i) Il est inutile de dire que la réunion s'est effectuée par le mécanisme qui préside ù la cicatrisation des plaies angulaires, et non par production de substance nouvelle. Èustache commet donc ici une léeère erreur.

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gauche: il nasillait en parlant, je craignais, d'après cela, qu'il ne lût resté, dans le nez, quelque portion du polype; cependant nous n'en trouvâmes aucun vestige après sa mort. »

En même temps qu'il répondait à Brasilor, Eustache envoyait un double de son observation à Louis, et lui annonçait que, dans le courant de Tannée, il se proposait de traiter les vices naturels et accidentels du voile du palais. Il tint sa promesse et adressa en effet ci l'Académie le mémoire que nous allons reproduire en partie, et qui fut, de la part d'un membre nommé Dubois, le sujet d'un rapport lu le 12 avril de l'année 1784.

Observations faites sur plusieurs enfants nés sans voile du palais, suivies d'un essai sur un moyen de réunir les divisions récentes de cet organe, par Eustache (de Béziers).

« Le spectacle du corps humain offre une complication d'énigmes livrées à notre sagacité; les grands maîtres en chirurgie, qui ne se sont pas prêtés aux illusions de l'esprit conjectural, nous ont mis en main la véritable clef pour les expliquer. C'est en suivant leur marche lente et graduée, que nous parviendrons, comme eux, à guérir ou à soulager une infinité de maux qui tendent à notre destruction. Animés par des exemples que les plus grands succès ont couronnés, je veux sans cesse interroger la nature, attendre ses réponses, et ne produire mes. pensées qu'après leur avoir fait subir l'épreuve des faits et de l'expérience. C'est d'après cette méthode que je vais soumettre à votre jugement les observations suivantes :

» Première observation faite sur un de mes enfants né absolument sans voile du palais. — Personne n'ignore que le voile du palais est spécialement destiné à modérer et diriger la chute des aliments et de la boisson, et à les empêcher de remonter par le conduit nasal; qu'il sert encore à diriger l'air expiré; que la déglutition en dépend, ainsi que l'agrément de la voix et l'articulation sonore des paroles. Mais si celte cloison charnue est si essentielle à l'homme déjà formé, elle ne l'est pas moins aux enfants nouveau- nés pour pouvoir traire du sein de la mère ce suc vital si admirablement élaboré dans ses veines par la nature. L'exemple d'un de mes enfants, observé avec toute l'exactitude que peut inspirer la tendresse paternelle, en sera une preuve évidente.

mi STAl'IlYLOllUHAl'lIli:.

» Observation 1. — En 1778, mon épouse accoucha heureusement d'un garçon qui, d'abord, parut bien conformé. On lui donna, quelque temps après sa naissance, un peu d'eau sucrée; à peine eut-il goûté celle liqueur, qu'il éprouva tout à coup une convulsion presque générale ; je l'attribuai à quelques gouttes de ce liquide tombées dans l'ouverture du larynx. Revenu de ce funeste accident, on lui présenta une mamelle; il la saisit avec avidité, la quitta, la ressaisit avec inquiétude; il en reprit d'autres, mais toujours avec la môme agitation et sans succès. J'étais trop intéressé à la conservation de ce tendre enfant pour ne pas m'occuper sérieusement à trouver la cause d'un tel effet. J'examinai la bouche, et, au premier coup d'œil, je ne la crus pas désorganisée; mais les accidents subsistant toujours, je revins à un second examen, et j'aperçus enfin, à rentrée du gosier, une ouverture extraordinaire qui me fit juger que mon (ils était né sans voile du palais.

); Cependant deux jours s'étaient écoulés déjà, et erat periculmn in mora. Je me décidai donc à lui faire administrer une petite cuillerée de lait de chèvre; il en avala quelques gouttes, mais la plus grande partie ressortit par le nez. Je répélai celte méthode sans beaucoup de fruit. Dès le quatrième jour de toutes ces perplexités, j'imaginai de faire un long et gros pinceau avec du linge ; je le trempai dans du lait, et je le lui présentai; il le saisit, le suça, et ce petit artifice ayant toujours réussi, il fut continué pendant sept jours consécutifs. Enhardi par ce succès, je fis un second pinceau dans la forme d'un mamelon; ce mamelon factice l'accoutuma peu à peu au mamelon naturel, et, dix jours après, il commença à teler, mais toujours avec peine et beaucoup de lenteur, ce qui le réduisit à un état de maigreur attendrissant.

» Dans l'espace de cinq mois, il eut dix nourrices, et toutes m'ont avoué que ce malheureux enfant, quoique collé à leur sein pendant des heures entières, n'avalait pas dans un jour un petit demi-verre de lait. De là par conséquent la suppression presque entière des urines et des autres excréments. Enfin, il se présenta une autre nourrice qui, animée par l'intérêt, ce grand et puissant mobile, se chargea de cet enfant malgré les embarras et les soucis qu'il donnait; elle en a eu soin pendant l'espace de quatorze mois; mais, fatiguée bientôt, et voyant dépérir son enfant à vue d'œil, elle imagina, pour abréger ses soins, et pour ne pas perdre son salaire, de le nourrir avec de la bouillie faite avec partie égale d'eau et de lait avec un peu de sucre; elle suivit cette marche secrètement pendant treize mois., comme elle l'a ensuite avoué. Cela ne l'empêchait cependant pas, pour masquer

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sa conduite, de rappliquer à sou sein; mais c'était toujours avec des convulsions et des quintes de toux très-violentes.

>•> Il vécut pourtant et fut. sevré à l'âge de dix-neuf mois. Ici se présente une scène consolante; mon enfant prit bientôt de l'embonpoint ; ses chairs se raffermirent, ses yeux s'animèrent, et les fluides refluant plus rarement par le nez, il se trouva, en moins de trois semaines, dans un état de santé que je n'avais pas osé espérer.

» Vous comprenez bien que je voulus découvrir la cause d'un si heureux changement; je la trouvai clans le développement commencé du voile du palais; ce développement se perfectionnant tous les jours, les choses prirent leur cours naturel, et mon fils fut en grande partie délivré des accidents fâcheux qui m'avaient alarmé. Depuis celte époque, la déglutition des solides a toujours été facile; il faut pourtant avouer qu'il n'en a pas été de même de celle des fluides, surtout de celle de l'eau, qui a toujours été laborieuse (l). Le seul vin rouge et le muscat passaient moins difficilement, leur qualité spiritueuse mettant sans doute enjeu les organes de la déglutition. Il faut encore remarquer que, pour peu que mon fils lut distrait en mangeant ou en buvant, et que le plus petit obstacle touchât l'orifice de la trachée-artère, dans l'instant une toux violente le saisissait, et tous les ressorts musculaires en étaient ébranlés. Enfin il faut observer que ce tendre enfant, ayant sans doute éprouvé que la chute rapide des liquides lui était nuisible, les retenait dans la bouche, et les avalait insensiblement goutte à goutte, par un instinct naturel plus sûr que tous les raisonnements. Lorsqu'il avalait, il avait aussi la précaution d'incliner la tète en avant, comme cette fille portugaise dont l'histoire est rapportée par M. de Jussieu (Mémoires de l'Académie des sciences, 1718).

» De tous ces faits scrupuleusement observés, il paraît évident : 1° que le voile du palais est absolument nécessaire, surtout aux enfants nouveau-nés, et que, dans tous les âges, il sert à la déglutition, principalement des liquides; 2° qu'il est encore d'un merveilleux usage pour l'articulation sonore et pour l'agrément de la voix, comme je l'ai dit ci-dessus, et comme le fait suivant achèvera de le démontrer :

(li Barbet rapporte avoir vu un malade qui avalait aisément les solides, mais qui avait beaucoup de difficultés pour les liquides; il trouva après Ja„mo.rt l'épigloUe endurcie, et presque ossifiée. Les solides, par leur poids, déprimaient cette épigloLtc endurcie, et les liquides, qui étaient beaucoup moins, pesants,, n'étaient avalés qu'avec peine. Mon fils n'était, pas dans ce cas^là ■: il y avait une" causé réelle et connue. ■'.' - • - -~ - ■

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y> Mon fils, dont je viens de peindre la triste situation, est reste comme muet jusqu'à l'âge de quatre ans, ou, s'il parlait, c'était toujours d'une manière inintelligible. A celte époque, il commença à prononcer distinctement, mais toujours d'une voix embarrassée et sans souplesse. Pour rompre cette inflexibilité, j'imaginai de le faire babiller sans cesse, afin que la fréquence des vibrations des fibrilles de la glotte les rendît souples et agiles, et leur ôlât la dureté et la roideur qui m'affligeaient dans la voix de mon fils. Cet expédient me réussit au mieux; par le moyen de ce caquet continuel, que j'avais soin d'animer, son organe prit de la souplesse et se plia aux inflexions les plus variées; l'air qui, par le mouvement continuel d'inspiration et d'expiration, sort des poumons ou y entre par l'ouverture de la glotte, fit insensiblement vibrer les fibres nasales par le mouvement accéléré d'un babil non interrompu. »

Eustacbe continue :

«Un physicien moderne considère l'organe de la voix comme un instrument à cordes. L'air échappé des poumons qui le soufflent, pince les fibres tendineuses de la glotte et en tire des sons en les faisant frémir. De la flexibilité de ces fibres ou cordes vocales, de leur agilité, de la précision de leurs vibrations dépendent tous les agréments de la voix et du chant, la netteté des sons, la légèreté du rossignolage, la délicatesse d'une modulation et le brillant d'une cadence perlée. Mais pour produire tous ces agréables effets, il ne faut pas que la bouche soit désorganisée. Vous savez, messieurs, que les personnes qui' sont privées du voile du palais, ou chez lesquelles celte cloison charnue est divisée, ont la voix désagréable, elles nasillent : c'est ce qu'on a observé sur mon enfant, quoique, par le moyen qui m'avait si bien réussi, il prononçât trèsdistinctement; néanmoins sa voix n'était pas agréable, il nasillait; par la raison que l'air, qui sort de la glotte, n'est pas dirigé par cette cloison dans les arrière-narines, la plus grande partie passe, au contraire, par la bouche, les sons formés ne vont pas retentir dans la cavité du nez, et la voix, par conséquent, n'a aucun agrément.

» Je passe sous silence bien d'autres phénomènes que j'ai observés sur mon enfant. M. Dodart, qui a donné un admirable mémoire sur le mécanisme de la voix (Académie des sciences, année 1700), traite cette matière d'une manière à embellir et à fortifier mes observations; mais, comme un vain étalage d'érudition n'ajouterait rien à la vérité des faits que je crois d'exposer, je me contente d'y renvoyer mes lecteurs.

» J'ai présenté souvent mon fils à plusieurs membres de l'Académie des sciences et belles-lettres de cette ville, et les différentes expériences que je rapporte ont été faites en leur présence. Il y a environ trois mois que cet enfant si chéri est mort de la petite vérole. Il finirait actuellement sa cinquième année.

Observations subséquentes 'qui viennent à l'appui de la première.

» Observation II. — M.Rey, avocat au parlement, me fit appeler, le 12 octobre 1779, pour voir sa fille âgée de douze jours. Le sieur Foulquier, chirurgien ordinaire de la maison, me dit qu'il n'avait pas été possible de faire teter cette enfant, qui n'avait été nourrie, jusqu'alors, qu'avec le lait de chèvre pris par petites cuillerées. Nous fîmes ensemble l'examen de la bouche, et nous trouvâmes qu'elle était privée du voile du palais, à peu près comme mon fils, avec celte différence cependant qu'à la place des piliers, il y avait de chaque côté une caroncule de la grosseur d'un petit pois, et à l'endroit qui correspond à l'articulation de l'apophyse cunéiforme de l'occipital avec le sphénoïde, une excroissance charnue de la grosseur d'un haricot. Je me déterminai à suivre la méthode que j'avais employée pour mon enfant. Cette petite commença à teter le sixième jour, mais avec beaucoup de peine; le lait ressortait pour la plus grande partie par le nez. On lui donna une nourrice à la campagne, puis on la fit revenir à la ville par mon conseil ; mais tout fut inutile. Le même vice existant toujours, la difficulté de teter resta la même; les convulsions redoublèrent, l'extrême maigreur suivit, elle tomba dans un état de fièvre lente. L'appauvrissement du sang occasionna, dans différentes parties du corps, des tumeurs qui suppurèrent. La mort survint enfin après cinq mois de souffrance.

» Observation III. — Le 6 juin 1781, je fus prié par M. Rouillet, médecin, de voir l'enfant du nommé Fabregues, âgé de vingt jours, et qu'il n'avait pas été possible de faire teter. A la première inspection, j'aperçus qu'il avait un bec-de-lièvre. La plus petite goutte de liquide qui ressortait d'ailleurs toujours en grande partie par le nez, le faisait tomber dans des convulsions violentes. J'examinai attentivement l'intérieur de la bouche, et vis clairement qu'il manquait du voile du palais. Tout le reste se trouvant dans l'état le plus naturel, je lui fis donner de la bouillie qu'il avala facilement; mais son esto-

mac ne pouvant supporter cette nourriture, il périt le vingt-cinquième jour de sa naissance.

» Observation IV. — M. Cassan, négociant à Pézénas, me consulta, le 14 juin 1781, sur l'état de sa fille qui, née depuis quinze jours, n'avait pu encore teter. Le moindre liquide la suffoquait. Les mêmes moyens que j'avais employés pour mon enfant furent mis en usage, parce qu'elle était privée comme lui, de voile du palais ; mais tout fut inutile. Lorsqu'on l'appliquait au sein, les accidents se renouvelaient, les liquides ne passaient pas ; elle tomba dans le dernier degré de marasme, et mourut trois mois après sa naissance.

» Observation V. — Le 12 septembre 1781, je fus appelé chez Jacques Visset, maréchal à Sauvian, village situé à une lieue de Béziers; le sieur Valouzière, maître en chirurgie, m'y attendait. On me fit voir une petite qui n'avait que huit jours. J'appris qu'il n'avait pas été possible de la faire teter, et qu'elle avait éprouvé les mêmes accidents rapportés dans les observations précédentes. D'après l'examen de la bouche, nous fûmes convaincus que cette enfant n'avait pas de voile du palais. Je conseillai l'usage de la bouillie qu'elle avala facilement; on essayait de temps en temps de la faire teter,' mais inutilement; c'étaient toujours de nouvelles inquiétudes et de nouveaux tourments. Elle mourut le quarantième jour de sa naissance, maigre et exténuée.

» Observation VI. — Le fait suivant m'a été communiqué par le sieur Cabanon, maître en chirurgie à Gapestan, à trois lieues de Béziers; il fut appelé, dans le courant de septembre 1782, chez André Espérou, pour voir une fille née depuis quatre jours, qu'on n'avait pu faire teter, et à laquelle il n'avait pas même été possible de faire avaler aucun liquide.

» Il résulta de l'examen que cette petite n'avait point de voile du palais. Tout le temps qu'elle vécut, elle fut nourrie avec de la bouillie; sans avoir beaucoup d'embonpoint, elle se portait assez bien. Presque tous les gens du village ont été témoins que, toutes les fois qu'on a voulu lui faire avaler quelque liquide, elle a été en danger de suffoquer, et que ce liquide ressortait presque tout entier par le nez. Elle mourut subitement, environ neuf mois après sa naissance, sans qu'on pût déterminer la cause de sa mort.

» De toutes ces observations je conclus que, dès qu'un enfant a le malheur de naître sans voile du palais, il est essentiel de le nour-

rir seulement avec de la bouillie, mais surtout sans jamais l'appliquer au sein de sa mère. La difficulté qu'il éprouve à teter, les accidents qui surviennent, les convulsions qui en sont la suite, les inquiétudes qui le tourmentent, tout cela ne peut que l'échauffer, l'agiter, le maigrir, et le conduire enfin à la mort. Si j'avais suivi toujours cette méthode, peut-être qu'aucune des tendres victimes dont je viens de parler n'aurait péri. Je laisse cette réflexion à votre jugement. »

Ici se terminent les observations et les réflexions d'Eustache sur le vice de conformation congénital qu'il désigne sous le nom d'absence du voile du palais, terme impropre à la vérité, puisqu'il semble plutôt s'agir de deux divisions très-étendues avec atrophie et écartement tel des deux moitiés, qu'à première vue, la cloison staphyline paraissait manquer en totalité. Cette erreur s'explique d'autant mieux qu'à la naissance les dimensions de l'organe sont petites et les deux moitiés peu apparentes.

Avant de reproduire la seconde partie du mémoire où l'on verra la staphylorrhaphie indiquée et décrite d'une manière si remarquable, je désire m'arrêter quelques instants sur les faits qui précèdent, et faire ressortir toute leur importance, abstraction faite de la question de médecine opératoire.

La malformation originelle qui nous occupe était déjà connue avant la fin du siècle dernier, ne fût-ce que par les chirurgiens qui avaient observé des becs-de-lièvre compliqués. Mais nous croyons qu'avant Eustache personne ne l'avait étudiée en tant que lésion simple, bornée à la partie postérieure de la voûte buccale, personne surtout n'en avait décrit aussi exactement les conséquences et le pronostic. Notre auteur, au contraire, après avoir insisté sur les usages essentiels du voile du palais, énumère très-fidèlement les accidents qui résultent de sa conformation vicieuse, c'est-à-dire l'impossibilité, les dangers mêmes de l'allaitement naturel, l'imperfection du langage par défaut de prononciation, etc., puis il indique le moyen propre à entretenir la vie précaire des malheureux enfants affectés de cette manière, et démontre l'efficacité de ses conseils par l'exemple de son propre fils qui seul, parmi les enfants cités, dépassa la première année de la vie, grâce peut-être aux soins minutieux qui furent pris pour assurer l'alimentation.

La série des faits produits par Eustache met en évidence l'extrême gravité de la division congénitale du voile du palais, gravité que cette difformité partage avec le bec-de-lièvre compliqué, sur laquelle les

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auteurs modernes eux-mêmes n'insistent peut-être pas assez. Sur un nombre donné d'enfants nés avec des divisions étendues de la voûte buccale, combien survivent, combien meurent? C'est ce que les documents statistiques ne permettent pas de préciser; toujours est-il qu'un très-grand nombre succombent de bonne heure. C'est une remarque faite par Dieffenbacb et d'autres, qui a été plusieurs fois confirmée par les discussions de la Société de chirurgie. Encore est-il évident que le pronostic, toutes choses égales d'ailleurs, est plus sérieux pour les divisions du voile du palais que pour le bec-delièvre, puisqu'on peut remédier à ce dernier de très-bonne heure, tandis que l'opération de la staphylorrhaphie est à peu près unanimement rejetée à l'époque de l'adolescence, et non sans de bonnes raisons.

On remarquera encore, dans l'observation du fils d'Eustache, l'espèce de gymnastique vocale instituée avec succès par son père; puis cet accroissement secondaire du voile du palais, sorte d'autoplastie naturelle, en vertu de laquelle la cloison membraneuse semblerait, vers le vingtième mois, s'être beaucoup développée en arrière.

Au point de vue nosograpbique, cette première partie présente donc le plus incontestable intérêt; elle serait, de plus, consultée avec fruit par les chirurgiens qui voudraient écrire un paragraphe utile sur les précautions à prendre pour assurer V existence des enfants affectés de division congénitale du voile du palais.

Je passe à la seconde partie du mémoire où se trouvent exposés les motifs qui firent concevoir càEustache la possibilité de la staphylorrhaphie primitive.

Il s'agit, comme on l'a vu, de l'observation de Fabre, communiquée à l'Académie de chirurgie en 1779.

Le lecteur me pardonnera de reproduire en entier quelques lignes qui ne sont que la répétition de ce qu'on a lu, et dans l'observation de Fabre et dans la lettre adressée à Brasdor. Je pense qu'il était essentiel de ne point tronquer un texte aussi curieux.

C'est pourquoi l'auteur continue en ces termes :

« Il est temps maintenant, poursuit Eustache, que je développe mon sentiment sur le moyen de réunir les divisions récentes du voile du palais. J'eus l'occasion, il y a quatre ans, de faire l'extraction d'un gros polype à Joseph Fabre, du lieu de Corneillat, diocèse deBéziers. Cette masse charnue était située derrière le voile du palais; elle le déjetait en avant, et en remplissait exactement tout l'espace compris entre cette cloison charnue et le corps des premières vertèbres cervicales;

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la poriion inférieure de ce polype descendait plus bas que la luette. Ayant vu que la voie de la ligature était absolument impraticable, je me décidai pour l'extirpation. L'opération fut suivie du plus grand succès; le malade fut guéri clans trente-quatre jours. La guérison fut constatée par le libre passage de l'air par les narines et par le rétablissement de la santé. Quatorze mois après, il reçut un coup de hache qui divisa une des artères sous-clavières dont il mourut après trois mois de souffrance. Je demandai l'ouverture du cadavre; elle fut faite en présence d'un médecin et de quatre maîtres en chirurgie de la ville de Béziers. Nous ne trouvâmes aucun vestige du polype. Il y a trois ans que je communiquai cette observation à l'Académie, c'est ce qui m'en fait abréger les circonstances.

» Pour venir à l'objet essentiel de ce mémoire, je dirai qu'il n'est pas possible de procéder à l'extraction des gros polypes de la gorge, sans avoir préalablement divisé le voile du palais. Dans l'opération de Joseph Fabre, j'incisai donc cette cloison charnue dans toute sa longueur. L'écartement des lèvres de la plaie, les bords flottants de cette division, l'impossibilité qu'elle pût se réunir dans toute son étendue, d'ailleurs les accidents qu'éprouvent ceux qui ont cet organe divisé, tout cela me rappela, dans cette occasion, le grand principe de Vart : réunir ce qui est divisé. Je me proposai les points de suture comme le moyen le plus propre à parvenir à une parfaite guérison. M. Bourguet, mon confrère, fut du même avis; mais malheureusement on s'opposa à cette opération, qui certainement aurait été très-utile. Je n'ai pas perdu de vue cette expérience, et à la première occasion qui se présentera je la mettrai en pratique, surtout si vous l'approuvez, messieurs ; encouragé par l'impulsion victorieuse de cette approbation, je franchirai dans tous les temps, avec le plus grand zèle, l'intervalle qui sépare les travaux des succès.

» Voici la marche que je me propose de suivre, et que je soumets à votre jugement. Avant toutes choses, je ferai situer solidement le malade, je me rendrai maître des mouvements de la mâchoire inférieure et de ceux de la langue par le moyen du spéculum, oris de 'M. Levret. Un aide placé derrière tiendra la tête ferme et stable; la bouche étant invariablement ouverte, je saisirai avec des pinces appropriées une portion du voile, avec l'attention la plus exacte de ne pas la meurtrir; je prendrai promptement une aiguille emmanchée, montée d'un fil plat et ciré, et après avoir pris les dimensions les plus justes, je ferai, suivant l'étendue de la division, plusieurs points de suture; j'en ferai de même sur l'autre portion du voile, et je ramènerai doucement et sans efforts les deux portions jusqu'à ce que les

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lèvres se touchent. Si l'opération réussit, comme j'en suis convaincu, je ferai observer la diète la plus sévère ; si la saignée était indiquée, je la mettrai en pratique, ordonnant surtout le plus grand repos dans la partie suturée, afin de parvenir plus promptement à une parfaite réunion. Voilà, messieurs, l'expérience que je propose de faire à la première occasion ; je ne cherche qu'à être utile, et je ne me préviens pour aucune de mes idées.

» Malgré la probabilité apparente de l'opération que je propose, je ne décide rien, et je soumets le tout à vos lumières; je n'ignore pas les difficultés qui pourront survenir : une toux subite, quelques soulèvements d'estomac, la profondeur et l'étroitesse du lieu, la mobilité du voile en occasionneront peut-être qui paraissent insurmontables; mais j'ai une ferme confiance que je les vaincrai, ma confiance est fondée sur les différentes opérations pratiquées avec succès sur les parties situées au fond de la bouche.

» Si le voile du palais se trouvait naturellement divisé par une simple fente, l'opération que je viens de proposer pourrait encore être une ressource; il conviendrait, dans cette circonstance, d'attendre que le sujet ait atteint l'âge de raison, et dans ce cas, bien examiné et bien vu, il faudrait, comme dans le bec-de-lièvre naturel, pratiquer la résection des lèvres de la division avec l'instrument tranchant, faire les points de suture nécessaires, et attendre de cette plaie saignante la réunion et la consolidation des parties ; mais on ne devra jamais entreprendre cette opération, si le voile refusait de se prêter àl'action des points de suture, et que l'on craignît un trop grand tiraillement. »

Tel est le mémoire d'Eustache. La partie opératoire ne le cède point en lucidité et en précision à celle qui traite des symptômes et des accidents de la division congénitale ou accidentelle du voile du palais; on reconnaît dans cet exposé tous les caractères d'une idée bien mûrie et logiquement déduite d'une observation attentive.

Eustache voit une série d'enfants atteints en naissant d'un vice de conformation assez grave pour compromettre la vie en empêchant l'accomplissement des fonctions nutritives les plus importantes. Plus tard il est conduit à créer volontairement une difformité semblable pour atteindre un polype du pharynx. Afin de remédier à la lésion qu'il vient de produire, il propose une opération réparatrice complémentaire, c'est-à-dire la staphylorrhaphie immédiate, convaincu qu'il est de la possibilité du succès. Enfin il est logique jusqu'au bout, et après avoir conseillé la suture du voile du palais dans le cas de plaie récente, il propose d'appliquer la même ressource à la division congénitale, comme s'il s'agissait d'un bec-de-lièvre.

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La conception est donc aussi complète que possible ; au reste, notre chirurgien avait longuement médité sur le sujet, comme l'attestent les préceptes qu'il donne relativement aux précautions à prendre, aux accidents à redouter, à l'âge où il faut opérer, etc.

Eustache avait la prévision du succès ; il n'attendait, dit-il, qu'une occasion favorable; mais pour se décider il comptait aussi sur l'approbation et l'encouragement de l'Académie. J'ignore si l'occasion s'est présentée plus tard, mais ce que je sais, c'est que l'illustre tribunal refusa son assentiment.

Par l'effet d'un hasard heureux, j'ai retrouvé dans un dossier voisin une pièce portant le n° 139 et la suscription fistules saiivaires; ce titre, surajouté par une main étrangère dans un moment de distraction, a failli me laisser échapper un document de la plus haute importance : il s'agit d'un rapport daté du 12 août 1784, et signé Dubois. Je reproduis cette pièce dans son entier, car elle est instructive à plusieurs titres.

Rapport de Dubois.

« Chargé par l'Académie de lui rendre compte des observations de M. Eustache sur plusieurs enfants nés sans voile du palais, suivies d'un moyen de réunir les divisions récentes de cet organe, je vais les lui rappeler sommairement :

» Le fils de M. Eustache fait le sujet de la première. Cet enfant ne pouvant ni teter ni avaler aucun fluide, il examina sa bouche, et reconnut qu'il était né sans voile du palais. Après plusieurs tentatives inutiles, il fit un long et gros pinceau de linge, le trempa dans du lait, et le lui présenta : ce moyen réussit. M. Eustache en substitua peu à peu un second, qui avait la forme d'un mamelon, et qui eut le même succès. Alors on présenta à l'enfant le teton, auquel il s'habitua peu à peu; mais le peu de nourriture qu'il prenait le fit tomber dans le marasme. Alors on lui donna une autre nourrice, qui lui fit avaler secrètement de la bouillie; il reprit de l'embonpoint; le voile du palais commença à se développer, et l'enfant fut, en grande partie, délivré de tout accident fâcheux; par la suite les solides passaient facilement, mais les fluides avec peine; la parole fut tardive, la prononciation difficile et gênée, etc. L'enfant mourut à cinq ans de la petite vérole.

» Les cinq observations suivantes présentent des enfants qui, nés de même sans voile du palais, sont morts dans le marasme à des

50 i STAPHYLORRHAPHIE.

termes peu éloignés de leur naissance, malgré tous les soins qu'on pût leur donner.

» M. Eustache conclut que, clans ces cas, il faut nourrir les enfants seulement avec de la bouillie; mais, comme il convient que deux de ceux qu'il a vus n'ont pu supporter cette nourriture, que d'ailleurs, malgré ce moyens, ils sont tous morts, ils me semble qu'il vaudrait mieux essayer d'introduire du lait dans l'œsophage à l'aide d'une canule ou de tout autre instrument quelconque jusqu'à ce que l'enfant soit en état de se nourrir d'aliments plus solides, ou qu'il ait appris à suppléer à l'organe qui lui manque par des mouvements combinés, par la situation de la tête, enfin par tout ce que la nature lui dictera mieux que l'art ne pourrait le prescrire (1).

» A la suite de ces observations, M. Eustache propose de faire une suture au voile du palais lorsqu'il a été divisé accidentellement, ou une opération semblable à celle du bec-de-lièvre dans le cas où il est naturellement séparé eu deux parties.

» Ces deux opérations, et surtout la seconde, ne nous paraissent pas praticables, eu égard au défaut de point d'appui, à la mobilité des parties, à leur rétraction, aux accidents mêmes de l'opération, et à la difficulté, nous dirions presque à l'impossibilité de l'exécuter.

» Nous pensons donc que l'Académie doit suspendre son jugement à cet égard, jusqu'à ce que l'expérience lui prouve la possibilité du procédé de M. Eustache.

» Dubois.

» 1"2 août 1784. »

C'est ainsi que fut jugée et condamnée la belle conception d'Eustache. Je n'ai pas trouvé trace d'une objection quelconque faite à cet arrêt, qu'un fait antérieur avait déjà démenti (le fait de Lemonnier), comme je le dirai plus loin, et qui devait être amplement réformé au commencement de notre siècle.

Eustache demandait une approbation pour agir. Dubois demandait en retour des faits pour approuver. Il y avait là un cercle vicieux qui explique l'ajournement prolongé de la staphylorrhaphie. Aucun des chirurgiens membres de l'Académie ne fut frappé, à ce qu'il semble, des idées d'Euslache, car aucun des livres écrits à cette époque n'en fait la moindre mention. L'enterrement fut complet. A cette époque,

(1 ) L'idée de nourrir les enfants qui ne peuvent boire ni teter en portant directement le lait dans l'œsophage n'est pas sans valeur, et ce passage du rapport doit être remarqué. Le moyen serait délicat dans son emploi, mais non impraticable.

STAPHYLORRHAPHIE. 505

un inventeur débouté par un corps savant n'avait guère la ressource d'en appeler à la presse, ou du moins on usait peu de ce procédé de contrôle; c'est pourquoi le nom d'Eustache est resté obscur, au lieu d'être attaché, comme il le sera désormais, je l'espère, et justement, à l'histoire d'une des opérations anaplastiques les plus importantes.

Certes la révolte des novateurs contre les jugements officiels n'est pas toujours fort légitime ; mais il faut bien reconnaître que parfois les grands maîtres dorment, comme le bon Homère, et proscrivent â la légère des découvertes utiles. De là, pour leur réputation, un grand dommage : aussi, dans leur intérêt même, devraient-ils peser bien attentivement leurs décisions, afin de ne point retarder le progrès, et de ménager leur responsabilité vis-à-vis de l'avenir.

Aujourd'hui que la staphylorrhaphie a pris domicile dans la chirurgie, nous voyons combien étaient peu fondées les fins de nonrecevoir énoncées par le rapporteur, et nous savons que l'insuccès tient à bien d'autres causes. Il n'y a pas lieu d'insister.

Toutefois la découverte du mémoire d'Eustache rend nécessaire, ce me semble, la révision de l'historique de la staphylorrhaphie.

Conclusions historiques sur l'invention de la staphylorrhaphie AU XVIIIe ET AU XIXe SIÈCLE. — LeMONNIER.

Eustache. — Gr^efe. — Roux.

Tout le monde connaît le vif débat de priorité soulevé, il y a quarante ans environ, au sujet de la découverte de cette opération. Les Allemands réclamèrent pour Grœfe (de Berlin), et les Français pour Roux. L'aigreur ne fit défaut ni d'un côté ni de l'autre, et, dans leur partialité habituelle contre notre chirurgie, les Germains allèrent jusqu'à suspecter la bonne foi de notre illustre compatriote, qui, sous ce rapport, était pourtant bien au-dessus du soupçon. En France même, de bienveillants confrères de Roux se firent sourdement l'écho de cette calomnie, qui, n'étant pas viable, ne vécut pas. En ellemême, la priorité était pourtant facile à adjuger, on n'avait qu'à consulter les dates. Or, rien de plus évident, Grsefe avait précédé Roux; mais ce qui resta tout aussi démontré moralement, c'est que, sous le coup d'une inspiration soudaine, Roux, de son côté, avait imaginé la staphylorrhaphie en moins de temps qu'il n'en a fallu pour écrire ce paragraphe.

Voici donc pour le xixe siècle deux inventeurs. Mais le xvin0 siècle

506 STAPHYLORRHAPHIE.

en a également fourni deux autres : l'un pratiquant l'opération; l'autre tout prêt à la pratiquer après de longues méditations, et avec une connaissance profonde du sujet.

Ces deux inventeurs du xviir3 siècle sont bien nés sur la rive française du Rhin, et à une époque où la chirurgie allemande était loin d'égaler la nôtre.

Jusqu'à ce que nos voisins aient exhibé des textes antérieurs à 1766 et à 1783, nous nous permettrons de compter la suture du voile du palais parmi les fastes de la chirurgie française.

Lemonnier, Eustache, Grsefe, Roux, tel est l'ordre chronologique dans lequel il faudra, à l'avenir, nommer ceux qui ont successivement inventé la staphylorrhaphie.

La date d'apparition de ce progrès est, comme on le voit, assez récente, et il semble que l'historique n'en eût pas été malaisé à tracer, et pourtant il s'y est glissé déjà des erreurs si singulières qu'il me paraît indispensable de les rectifier, afin qu'elles disparaissent au moins de nos prochains livres classiques.

La reproduction de quelques textes fort courts rétablira sans peine l'exactitude. M. Velpeau a le mérite d'avoir découvert les premières traces de la staphylorrhaphie en France; elles se trouvent dans un ouvrage obscur intitulé : Traité des principaux objets de médecine, par Robert, docteur régent delà Faculté de médecine de Paris. 1766, t. Ier, p. 8.

Voici le passage :

« Un enfant avait le palais fendu depuis le voile jusqu'aux dents incisives. M. Lemonnier,- très-habile dentiste, essaya, avec succès, de réunir les deux bords de la fente. Il fit d'abord plusieurs points de suture pour les tenir rapprochés; ensuite il les rafraîchit avec un instrument tranchant; il y survint une inflammation qui se termina par la suppuration ; celle-ci fut suivie de la réunion des deux lèvres de la plaie artificielle. L'enfant fut parfaitement guéri.

» Le même dentiste est parvenu, contre l'opinion de bien des gens de l'art, à boucher des trous qui s'étaient formés au palais et pour lesquels on faisait usage d'obturateurs. Tout son art consistait à exciter dans le contour de la plaie une inflammation; il la procurait par de légères irritations; l'action y devenait plus vive et les humeurs s'y portaient avec plus d'abondance; enfin le trou, par les différentes couches du suc muqueux appliquées successivement, parvenait à se boucher (1). »

(1) J'ai rapporté le second paragaphe, où il est fait mention du traitement des perforations du palais, par la cautérisation probablement. Notons que la réunion des

Je pense avec M. Velpeau (Méd. opér., t. III, p. 573, édit. 1839) que ce texte, quoique incomplet, caractérise suffisamment la staphylorrhaphie pour qu'il soit impossible de contester la priorité de Lemonnier. Les Allemands, qui sont si fiers de leur érudition, qui nous reprochent si âprement notre ignorance bibliographique, et qui ont fait enfin un si grand crime à Roux et à ses compatriotes de n'avoir pas lu le passage du journal d'Hufeland, auraient pu tout aussi facilement connaître l'ouvrage de Robert, et ils se seraient évité la peine de revendiquer avec autant d'ardeur une découverte qui ne leur appartient pas.

Dans les débats de cette nature, il faut donner aux réclamations une allure modérée et modeste, si l'on ne veut pas s'exposer à être convaincu d'erreur et flagellé à son tour. Si l'on objectait la concision fâcheuse du passage de Robert, nous répondrions que le paragraphe du journal d'Hufeland n'est pas plus explicite.

Eustache ne paraît pas avoir connu l'opération de Lemonnier. Son travail occupe la seconde place dans l'ordre chronologique ; mais peutil servir à établir en faveur de la France une seconde priorité? Il n'a point été publié à la vérité, et rien ne peut faire supposer qu'il ait été connu de Grgefe ni de Roux. Il pourrait donc être considéré comme non avenu dans la discussion. Je dois cependant faire observer que si la publication imprimée constitue le plus irréfragable des témoignages historiques, les paquets cachetés, les communications aux sociétés savantes, les procès-verbaux et les archives de ces dernières établissent également les droits aux découvertes. On ne saurait reprocher •aux auteurs de n'avoir point connaissance de ces publicités imparfaites; mais il est admis également que les inventeurs ou ceux qui se croient tels doivent s'incliner devant l'exhibition régulière des pièces de la nature de celle que j'édite. Il n'y a pour la vérité historique ni temps, ni lieu, ni prescription quelconque; et, pour avoir été oubliée et méconnue, une découverte n'en conserve pas moins ses droits imprescriptibles quand elle est en mesure de les démontrer.

Point de doutes à mes yeux, Eustache, précédé par Lemonnier dans l'exécution de la suture du voile du palais, n'en est pas moins le premier qui ait fourni à ses contemporains des préceptes sérieux et explicites pour l'exécution de la staphylorrhaphie.

Arrivons au xix° siècle. La chirurgie réparatrice renaissait sous l'influence des travaux de Larrey, de Grsefe, de Carpue, de Del-

deux moitiés du voile eut lieu par seconde intentic-n, car les plaies d'avivement suppurèrent.

508 STAPHYLOttRHAPHIE.

pech, etc. Tout le monde commençait à s'en occuper; c'était aussi l'époque où chacun cherchait à étendre le champ de la médecine opératoire eh ajoutant des procédés nouveaux aux méthodes déjà connues. Rien de plus naturel que d'admettre l'invention de la staphylorrhaphie germant dans plusieurs têtes d'une manière simultanée.

Voici, à l'appui de cette hypothèse, quelques arguments que du reste je donne pour ce qu'ils valent :

Au dire de M. Velpeau (Médecine opératoire, 1839, t. III, p. 573), M. Colombe affirmait avoirfait des tentatives sur le cadavre dès 1813, et avoir, en 1815, proposé l'opération à un malade qui la refusa. M. Velpeau omet de nous dire où l'auteur qu'il cite fit valoir ses prétentions, et je n'ai pu retrouver nulle part la trace de cette revendication.

Le tome XVIe du Journal universel des sciences médicales, 4e année, publié en 1819, mentionne à la page 356 la première opération de Roux. L'article commence par ce passage remarquable : « Il y a plusieurs années que M. Itard fut consulté par la famille d'une jeune Hollandaise affligée de ce vice de conformation (division congénitale du voile du palais et de la luette) dont les exemples ne sont pas trèsrares. II proposa de tenter la réunion des parties à l'aide de quelques points de suture; mais l'opération ne fut point pratiquée, un chirurgien distingué delà capitale ayant jugé qu'elle ne serait suivie d'aucun succès. Elle vient pourtant de réussir complètement entre les mains de M. Pioux, etc., etc. »

J'ai vainement cherché la preuve écrite du conseil donné par Itard, qui néanmoins paraît avoir conçu de son côté la possibilité de la sta* phylorrhaphie. Quoique n'indiquant pas de date précise, ce document est plus important que celui qui précède, car l'idée d'Itard est consignée ainsi en 1819, époque postérieure, il est vrai, à l'opération de Gnefe, mais antérieure à la réclamation de priorité faite par ce dernier. Si les éditeurs du Journal universel ont eu l'intention de contester la priorité de Roux, ils n'ont à coup sûr point songé à prendre part à la discussion internationale suscitée entre les Allemands et les Français, puisque cette querelle ne prit naissance que l'année suivante.

J'ai avancé que la staphylorrhaphie était dans la période d'enfantement depuis plusieurs années. J'en trouve une nouvelle preuve dans le fameux passage si court, si incomplet, du journal de Hufeland, où il est dit que Grœfe, avant 1816, avait fait bien des essais vains. En voici la traduction littérale : c< Le 27 décembre 1816, M. Grsefe, conseiller intime, parla (devant la Société médico-chirurgicale de Berlin)

STAPIIYLORRHAPHIE. 509

des divisions du voile du palais qui peuvent être produites aussi bien de naissance que par maladie; il avait fait bien des essais vains pour guérir le mal ou pour y remédier par l'art, jusqu'au moment où, dans un cas dans lequel la fenle était extrêmement considérable et allait jusqu'aux os, il eut l'idée de réunir par lien et inflammation excitée artificiellement.

» Il inventa pour cela des aiguilles et des porte-aiguilles particuliers, et exécuta ainsi la suture, qui, conjointement avec des attouchements avec l'acide muriatiqu^e et la teinture de cantharides (il donne la préférence à cette dernière pour exciter le processus plastique), obtint une guérison si complète que la personne pouvait, après cela, parler distinctement et avaler tout à fait bien. » (Journal fur praktische Heilkunde von Hufeland und Ilarles, Band XLIV, Erstes Stùck, Januar 1817, page 116) (1).

Le texte que l'on vient de lire est très-suffisant à la vérité pour établir la priorité de Graefe sur Roux ; mais il faut convenir qu'il est bien écourté, et que, perdu dans les faits divers d'un journal, il a pu échapper aux lecteurs aussi aisément que le passage de l'ouvrage de Robert, qui est resté ignoré jusqu'à l'année 1839. En supposant même que Roux ait eu connaissance de la tentative du savant chirurgien de Berlin, il n'aurait pu tirer grand profit de manuel opératoire indiqué, tant celui-ci est obscur à force d'être concis.

Dire qu'on a inventé des aiguilles et des porte-aiguilles particuliers, et qu'on a employé la suture conjointement avec l'acide muriatique et la teinture de cantharides, ne peut raisonnablement passer pour une description suffisante, lorsqu'il s'agit d'un procédé aussi minutieux, et qui exige autant de détails que celui de la staphylorrhaphie. Roux d'ailleurs procéda tout différemment, et donna d'emblée des indications beaucoup plus explicites, que la presse française reproduisit; on peut s'en convaincre en lisant en entier l'article du Journal

(1) Pour l'édification des érudits je transcris ici le texte allemand : « Den 27. December. Herr Geheimrath Grœfe sprach von den Spallungen des weichen Gaumens, die sowohl angeboren als durch Krankheiten erzeugt sein kôïinen. Er hatte mehrmals vergebene Versuche gemacht, dasUebelzu heilen oderkùnstlich zu ersetzen, bis er endlich in einem Falle , wo die Spaltung âusserst betrachtlich war, und bis an den Knochen ging, die Idée fasste, sie durch Heften und kiïnstlich erregte Entziïndung zu vereinigen. Er erfand hierzu eigene Nadeln und Nadelbalter und bewerkstelligte dadurch die Sutur, welche in Verbindung des Restreichens mit acidum muriuticum und tinctura cantharidum (welchem letztern er zur Erregung des plastischen Processes der Vorzug gibt) eine so vollkommene Heilung bewirkte, dass die Person nachher Yollkommen gut schlucken und deutlich sprechen konnte. »

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universel, dont je n'ai transcrit plus haut que le premier paragraphe.

Non-seulement il me paraît évident que Roux ne connaissait pas l'article du journal d'Hufeland, mais je suis fondé à croire qu'il ne l'a jamais lu dans la suite, et je vais plus loin, car je crois qu'AucuN auteur français ne l'a consulté jusqu'à ce jour, pas même Richerancl, qui, traitant la question de priorité entre Grœfe et Roux, cite pourtant le numéro du journal et apprend à ses lecteurs que le volume se trouve dans la bibliothèque de notre Faculté (1).

Avancer que, depuis 4817, c'est-à-dire ^depuis quarante-quatre ans révolus, personne en France n'a eu la curiosité de lire un passage de dix lignes, semblera peut-être bien hasardé; aussi vais-je le prouver, ce qui me servira en même temps à relever une grosse erreur historique qui s'est glissée dans la plupart des livres, mémoires ou monographies imprimés dans notre langue, et qui traitent de la suture du voile du palais.

J'ai consulté tous les écrits anciens ou récents que j'ai pu me procurer; j'en compte près de trente. On peut les distinguer en plusieurs catégories : les uns gardent sur l'historique un silence complet; les autres ne parlent que de Roux, ou, s'ils citent Greefe, n'indiquent aucune date précise; d'autres enfin, abordant la question de priorité, l'accordent sans difficulté au chirurgien de Berlin, mais y joignent comme une sorte de correctif et avec de nombreuses variantes une phrase dont le sens général est celui-ci : A M. Grsefe appartient le mérite d'avoir le premier tenté l'entreprise, mais à Roux revient l'honneur de l'avoir le premier menée à bonne fin, car Grœfe échoua en 1816, et Roux au contraire réussit du premier coup. A l'Allemand l'idée, au Français le succès : telle serait la répartition, d'après nos auteurs.

Or, c'est ce qui me fait dire qu'ils n'ont pas lu le journal d'Hufeland, car ils n'auraient point conclu de la sorte en présence de ces lignes si explicites et si claires :

« M. Grœfe obtint une guérison si complète que la personne pouvait, après cela, parler distinctement et avaler tout à fait bien. »

On trouve des renseignements plus piquants encore dans une autre publication allemande. C'est un article du Constitutionnel du 22 octobre 1819, n° 296, p. 3, qui apprit à Grœfe que Roux venait d'exécuter récemment et avec succès la suture du voile du palais. Le chirurgien de Berlin fit paraître bientôt après son mémoire sur la

(1) Histoire des progrès récents de la chirurgie, par M. le chevalier Richerand, Paris, 1825, p. 41 et 333.

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staphyïorrhaphie dans le journal qu'il rédigeait avec von Walther (Journal der Chirurgie und Augen-Heilkunde, erster Band, erster Heft, Berlin, 1820, p. 1). A cette date, Greefe avait pratiqué quatre fois la suture du voile du palais; il avait échoué trois fois, réussi une. Or, son unique succès était précisément le fameux cas de 1816; il avait été constaté par M. le conseiller d'Etat Hufeland, par les conseillers intimes Richter et Rudolphi, par le professeur Bernstein, par les docteurs Boehm, Juncken, Michaëlis et de nombreux élèves.

C'est précisément le même cas qui est représenté dans les planches jointes au mémoire (voy. pi. Il, fig. 1); c'est sur cette malade robuste et vigoureuse que l'épiderme des lèvres de la plaie fut détruit par' les moyens chimiques, et chez laquelle, après la première opération, il resta dans l'angle supérieur de la division un petit trou qu'on parvint à fermer, le tout avec le meilleur résultat qu'on puisse souhaiter. La guérison est représentée encore dans la figure 3 de la planche II pour l'édification complète du lecteur.

Enfin c'est cette même observation que Grsefe cite dans la note qui termine son mémoire (p. 53) pour réclamer la priorité en termes assez aigres, et pour chercher à démontrer que Roux a dû connaître l'article du journal d'Hufeland.

Je ne pousserai pas plus loin l'historique de la staphyïorrhaphie, quoique dans ses périodes les plus modernes il soit encore entaché de nombreuses inexactitudes; mais il m'a semblé indispensable de rétablir la vérité au moins en ce qui concerne la première opération du praticien de Berlin, surtout lorsque je rends aux chirurgiens français du xviii6 siècle la priorité non douteuse de la suture du voile du palais. J'espère que cette rectification trouvera place désormais dans nos livres classiques, et pour rendre la chose plus certaine je résumerai en quelques courtes propositions les points principaux de cette discussion :

1° L'histoire de la staphyïorrhaphie peut être divisée en deux périodes distinctes : la première qui comprend les tentatives faites au xvme siècle et au commencement du xixe jusqu'en 1816; la seconde qui s'étend depuis la première opération de Grsefe jusqu'à nos jours.

2° La période ancienne appartient exclusivement à la chirurgie française. Le premier nom inscrit est celui d'un dentiste, Lemonnier, qui pratiqua avec succès la suture à une époque indéterminée, mais antérieure à 1766. Le même praticien parvint à oblitérer par la cautérisation les perforations de la voûte palatine.

Nous ignorons les détails de la première opération, et quels motifs conduisirent Lemonnier à cette belle conception.

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3° Au mois de septembre 1779, Eustache (de Béziers) proposa la suture du voile du palais à un malade auquel il avait la veille divisé cet organe pour extirper un polype du pharynx. L'opération fut refusée. Cependant, ayant étudié avec soin la physiologie du voile du palais et sa division congénitale, Eustache persista à croire qu'on pourrait avec succès réunir les deux moitiés du voile séparées, soit de naissance, soit par accident. Il décrivit un procédé opératoire, prévit les accidents possibles, et traça les indications principales avec la plus grande sagacité. Après de longues méditations, il communiqua ses idées à l'Académie de chirurgie en 1783. Dubois fit promplement son rapport, et déclara l'opération impraticable. Eustache, qui attendait la décision favorable pour agir, s'abstint, sans doute, après -cet arrêt. Dans tous les cas, nous ignorons tout à fait s'il mit son projet à exécution.

4° Il est possible qu'avant 1816 Colombe et Itard aient songé à pratiquer la staphylorrhaphie, et l'aient même proposée formellement, à des malades; mais rien ne le prouve suffisamment à l'historien sévère.

5° La seconde période commence à Grsefe, qui en 1816 opéra et réussit. Son procédé était défectueux : aussi plusieurs essais subséquents tentés avant 1820 furent-ils suivis d'insuccès.

6° En 1819, Roux imagina spontanément la staphylorrhaphie; il mit en usage un bon procédé, qui du premier coup amena la guérison. Cette opération eut un immense retentissement, et contribua essentiellement à vulgariser la découverte.

7° Il paraît certain que la suture du voile du palais a été découverte au moins quatre fois; car aucun des inventeurs ne semble avoir eu connaissance des publications antérieures. Le silence gardé par les classiques de toutes les époques sur ces essais en doit être accusé. L'Académie de chirurgie est responsable pour sa part d'un retard de plus de trente ans dans l'avènement d'une des opérations modernes les plus brillantes.

8° La production des textes précédents devra désormais faire cesser tout débat de priorité; elle servira de même à rendre cuique suum. Enfin, le nom d'Eustache (de Béziers), jusqu'ici resté obscur, devra prendre place à l'avenir sur la liste des chirurgiens qui ont bien mérité de la science. C'est encore un petit prophète réhabilité.

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