‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 33 sur 73 · DES ADHÉRENCES ET DES CICATRICES VICIEUSES DES DOIGTS · texte numérisé non relu

DES ADHÉRENCES ET DES CICATRICES VICIEUSES DES DOIGTS

La main est un organe si important qu'il importe au plus liant degré d'en ménager les parties affectées de lésions traumatiqnes ou organiques : c'est ce qui justifie les nombreux procédés d'amputation partielle que la médecine opératoire a créés pour elle, et aussi les préceptes minutieux qui ont été donnés pour conduire à bonne fin la cicatrisation des plaies accidentelles ou préméditées qui l'atteignent.

Cependant la négligence des malades ou des praticiens, ou bien la nature, l'étendue des lésions, amènent ici plus fréquemment peutêtre que partout ailleurs dos cicatrisations vicieuses qui ont d'abord l'inconvénient d'être difformes, mais celui plus grave encore de gêner, sinon d'anéantir les mouvements de cet appendice important.

Les affections de presque tous les organes qui entrent dans la structure si compliquée de la main peuvent devenir l'origine de malformations consécutives; il importe donc de distinguer l'origine du mal, afin d'y remédier par les moyens appropriés.

On peut admettre des déformations de la main par suite: 1° d'affections du squelette: tumeurs diverses des os, nécrose, chute de séquestre.

2° Affections des muscles et des tendons : rétractions, paralysies, nodosités tendineuses.

Il faut remarquer que souvent la cause du mal réside hors de la main. Un grand nombre de déviations des doigts reconnaissent pour origine des rétractions ou des paralysies des muscles de l'avantbras.

3° Affections des articulations ou des parties molles périarticulaires. Il faut ranger sous ce chef les ankyloses, les luxations non réduites, les altérations si remarquables qui succèdent au rhumatisme, à la goutte, à l'arthrite sèche. J'y annexe les affections des gaines tendineuses : adhérences des tendons, hydropisies des synoviales et des gaines, avec ou sans productions libres, analogues à

(1) Publié dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales de Martin- Lauzcr, en 1856.

celles que l'on rencontre si souvent dans ces tumeurs du poignet décrites par Dupuytren sous la dénomination impropre de kystes hydatiques.

4° Affections de la peau et des tissus fibreux sous-cutanés, amenant la déviation des doigts par suite de l'épaississement des couches profondes du derme, de l'aponévrose palmaire et de ses dépendances.

L'inflammation spontanée ou provoquée joue un très-grand rôle dans la production de ces difformités. C'est elle qui engendre les panaris à formes et à degrés si variés, les arthrites, les ostéites, quelques maladies des tissus fibreux et synoviaux. La thérapeutique bien conduite peut prévenir les difformités consécutives dans un bon nombre de cas et fermer d'avance la voie à la médecine opératoire.

Le traumatisme joue aussi un rôle important; on sait combien les fonctions de la main la prédisposent aux plaies simples par piqûre et coupure, aux écrasements, aux arrachements, en un mot, à tous les désordres imaginables. Il faut encore beaucoup de patience et de soins, non-seulement pour parer aux accidents formidables qui apparaissent primitivement, mais aussi pour rendre l'usage aux parties mutilées. L'irrigation continue, le pansement par occlusion, la position élevée du membre, conjurent assez bien les phénomènes primitifs. La position, les attelles digilées, les bandages méthodiquement employés, rendent de grands services pour diriger la cicatrisation et rétablir la forme des organes. Il est des cas où le chirurgien reconstruit une main avec un véritable magma de chair et d'os comme le sculpteur modèle une main avec de la terre glaise, et il faut savoir que les ressources de la nature aidée par l'art sont vraiment extraordinaires.

Parmi les agents extérieurs qui peuvent atteindre la région qui nous occupe, il faut placer en première ligne le feu et les agents chimiques. Les pertes de substance, que les brûlures ouïes cautérisations déterminent d'une manière fatale, sont pour la main une des sources les plus communes de difformités; elles engendrent les adhésions des doigts entre eux, leur flexion exagérée, leur soudure avec la paume ou la région dorsale de la main, l'adhérence même de la main avec les diverses faces de l'avant-bras, sans compter les mutilations plus complètes qui détruisent à tout jamais les doigts en partie ou en totalité, et des portions plus ou moins étendues de la main proprement dite.

Rien n'est plus commun que les cicatrisations vicieuses qui en résultent; les unes sont sans remède. La chirurgie, au contraire, a,

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