‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 34 sur 73 · CICATRICES VICIEUSES DES DOIGTS · texte numérisé non relu

CICATRICES VICIEUSES DES DOIGTS

depuis la plus haute antiquité, cherché à pallier les autres. Les contemporains ont surtout beaucoup perfectionné cette partie de la médecine opératoire.

C'est la perte de substance causée, soit aux téguments, soit aux parties profondes, qui domine ici l'étiologie des difformités, car elle exige le mode de réparation par seconde intention, qui à son tour met en vigueur toutes les propriétés nuisibles du tissu inodulaire; il est facile d'en déduire que les mêmes conséquences fâcheuses peuvent suivre toutes les pertes de substance de cause variée que peut subir l'appendice du membre supérieur; c'est ce qui arrive en effet. L'extirpation de certaines tumeurs des doigts, des régions métacarT pienne, carpienne et antibrachiale inférieure, donnera naissance à des déformations, à des déviations consécutives qu'il faut prévoir, prévenir si on peut, et corriger plus tard.

Les plaies par armes à feu sont parfois dans le même cas.

Enfin, pour compléter le tableau, il faut le grossir d'un certain nombre de malformations ou de déviations qui datent delà vie intraulérine. Ces malformations congénitales sont multiples et variées. Ce sont des absences d'os, des brides cutanées, des mains-bots, des adhésions contre nature des doigts, des fusions si singulières que tout le squelette des doigts semble comme perdu au milieu d'une masse informe, recouverte par la peau, comme les appendices natatoires des cétacés. Ces difformités sont encore du ressort de la chirurgie opératoire, qui les traite souvent avec bonheur.

Le coup d'œil rapide que je viens de jeter sur les affections de la main, envisagées seulement sous le rapport des difformités consécutives, montre toute l'importance et toute l'étendue du sujet. On écrirait tout un volume sur la pathologie de cette région, et l'œuvre serait d'autant plus utile que la fréquence et la variété'des cas sont extrêmes, et que l'intervention de l'art est souvent impérieuse, bien souvent aussi efficace. C'est ce qui m'engage à écrire quelques articles sur ce sujet, dans la conviction qu'en vulgarisant des principes qui ne sont pourtant pas neufs, on peut rendre de véritables services à l'humanité.

Je compte traiter, dans ce chapitre, des cicatrices vicieuses et de l'adhérence congénitale des doigts.

DE L ADHERENCE LATERALE DES DOIGTS.

Cette difformité peut être congénitale ou acquise ; elle peut présenter des degrés très-divers, être partielle ou générale, et, enfin, simple ou compliquée.

Adhérence congénitale. — L'adhérence congénitale ou syndactylie (aw, avec, ScrmOoç, doigt) a été observée dès l'antiquité; Celse en parle, et la plupart des chirurgiens en font mention. Plusieurs cas peuvent se présenter ; tantôt deux ou plusieurs doigts voisins sont réunis par une membrane unissante étendue entre leurs faces latérales et qui se prolonge jusqu'à la phalange unguéale. Les doigts sont dits palmés, et si tous ces appendices sont ainsi soudés, on compare la main à une patte d'oie. Dans les cas les plus simples, la membrane ne s'étend que jusqu'au niveau de l'articulation de la première phalange avec la deuxième, et il semble que la commissure soit seulement située plus bas que de coutume ; dans les cas les plus compliqués, au contraire, la main ne forme plus qu'une masse sans division digitale bien marquée, au centre de laquelle le toucher reconnaît seulement des pièces osseuses qui représentent les phalanges. Enfin les os euxmêmes peuvent adhérer latéralement.

Variétés anatomiques. — ■ A. Bérard, dans un bon article sur la main, admet trois degrés à cette difformité (1) : 1° adhérences charnues immédiates; 2° adhérences au moyen de brides cutanées ou d'une membrane analogue à celle de la patte des oiseaux aquatiques; 3° adhérences osseuses.

La membrane unissante est donc plus ou moins ample, l'adhérence plus ou moins intime. En général, les pièces du squelette sont complètes et les articulations sont bien conformées; remarque importante, la peau qui unit les doigts est saine, souple, extensible, et non souciée par sa face profonde aux os sous-jacents, condition qu'on ne rencontre presque jamais dans les adhérences latérales accidentelles.

Indications et contre-indications. — Les distinctions que je viens d'établir sont importantes, car elles décident si l'on doit intervenir ou s'abstenir. Ici, les avis sont partagés. « Quelle que soit l'espèce d'adhérence, dit A. Bérard, on doit, en général, en opérer la section, car non-seulement elle constitue une difformité, mais encore elle s'op-

(1) Dict. en 30 vol., art. Main, t. XVIII, p. 502.

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