‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 40 sur 73 · DIFFORMITÉS INNOMMÉES · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS INNOMMÉES

sus sains, et par conséquent à sacrifier des parties qui auraient pu être conservées, ce qui revient à dire qu'elle augmente l'étendue de la perte de substance; 2° chose plus sérieuse encore, elle entraîne à sa suite une mortalité relativement considérable, car, en dépit des prévisions le plus raisonnables, ces plaies méthodiques sont beaucoup plus graves que les plaies contuses, lacérées, irrégulières, faites par les corps contondants ou les machines. L'expérience ne laisse aucun doute sur ce dernier point.

La seconde pratique consiste, quelle que soit l'étendue primitive des désordres, à laisser purement et simplement les choses en l'état où les a mises l'agent vulnérant, et à se contenter de prévenir ou de combattre les accidents traumatiques immédiats ou secondaires. On remplit cette dernière indication à l'aide d'une série de moyens tels que l'irrigation continue, les bains locaux prolongés ou même permanents rendus antiseptiques par l'addition de diverses substances ; les pansements par occlusion, le pansement ouaté, etc. ; de temps en en temps on pratique une incision pour ouvrir un abcès, un drainage pour faciliter l'écoulement du pus; mais en général le foyer de la blessure est tout à fait abandonné à lui-même.

Les résultats de cette pratique si simple sont d'ordinaire excellents; la fièvre, les douleurs, les complications inflammatoires sont médiocres et de courte durée. La nature fait d'elle-même la part du feu; les parties trop fortement désorganisées se mortifient, elles se détachent d'elles-mêmes, ou sont retranchées à coups de ciseaux plus lard; tout ce qui reste vivant se recouvre de belles granulations, et peu à peu l'on voit, non sans surprise, des dégâts qu'on croyait énormes se réduire à la perte de quelques phalanges et de quelques lambeaux cutanés. La détersion de ces plaies se fait à la vérité avec lenteur ; mais, en général vers la troisième semaine, dans les cas même les plus sérieux, le patient est hors de danger et peut attendre sans souffrance et sans péril la cicatrisation définitive.

J'ai adopté sans réserve et je recommande de toutes mes forces cette thérapeutique expectante, peu brillante il est vrai, mais à peu près sûre, et qui donne des résultats inespérés, et je la résume dans cette proposition absolue :

En cas (V écrasements onde blessures de la main par les machines, il ne faut jamais opérer primitivement ni régulariser les plaies.

Du reste, tout l'honneur de cette pratique revient à nos maîtres immédiats, au premier rang desquels il faut placer Denonvilliers, et j'ajoute qu'elle est à peu près universellement adoptée par les chirurgiens actuels de Paris.

Cependant ce tableau a son ombre. La nature assurément conserve beaucoup, mais les parties conservées, il faut en convenir, ne sont pas toujours irréprochables ni dans la forme ni dans la composition anatomique. — On observe, par exemple, des doigts flottants parce qu'ils ont perdu une phalange en totalité ou en partie ; des doigts ou des portions de doigts réduits à leur squelette par la mortification de leur enveloppe tégumentaire ; des subluxations ou luxations complètes laissant à découvert les surfaces diarthrodiales, des saillies, des pointes osseuses formées par l'extrémité des métacarpiens, etc. Si on laisse s'achever la guérison, la main non-seulement est difforme, mais elle présente des cicatrices adhérentes aux os, des espèces de conicité du moignon, des appendices gênants, des cicatrisations interminables ou des surfaces mal recouvertes par une peau luisante, amincie, qui s'ulcère au moindre frottement, ou par l'effet du froid, et qui finalement rendent incommodes ou douloureux les tronçons conservés.

L'intervention devient indispensable; elle consiste à régulariser les moignons, à retrancher les os exubérants ou à les recouvrir de téguments sains, à amputer les doigts flottants ou trop difformes, à extirper les cicatrices douloureuses, etc.

C'est précisément pour prévenir ces cicatrices défectueuses que les anciens chirurgiens intervenaient de suite, et cherchaient à créer d'emblée des moignons réguliers, de sorte que l'on pourrait se demander à quoi sert d'attendre souvent de longs mois, puisqu'il faut toujours en venir aux opérations rectificatrices.

La réponse est facile à fournir. D'abord, les cicatrisations défectueuses en question ne sont point constantes, bien loin de là, car la nature seule souvent répare très-convenablement les désordres les plus étendus; puis, quand l'intervention est nécessaire, elle est beaucoup plus restreinte et porte sur des régions beaucoup plus limitées qu'on n'aurait pu le croire au premier abord ; enfin, ces opérations tardives sont en général d'une extrême bénignité, circonstance qui plaide surtout en leur faveur.

Il y a d'ailleurs un moyen terme que j'ai adopté, et qui concilie tous les intérêts. Il n'est pas nécessaire d'attendre la cicatrisation complète pour juger ce que produira le travail réparateur naturel. Vers la fin du premier mois, on prévoit sans peine la formation inévitable de certaines défectuosités, et rien n'empêche de les corriger d'avance. Alors on ampute un doigt flottant, on désarticule un tronçon saillant de phalange, on résèque une extrémité métacarpienne luxée et faisant issue dans la plaie; alors aussi on applique le principe énoncé à propos des syndactylies compliquées; c'est-à-dire que.

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