‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 46 sur 73 · AN'APLASTIE DU PÉNIS · texte numérisé non relu

AN'APLASTIE DU PÉNIS

conséquent; peut-être aurais-je dû multiplier davantage les points et les placer à 4 millimètres, ce qui est sans inconvénient quand on emploie des fils d'argent de l/5e de millimètre de diamètre. Je suis absolument convaincu que la suture avec le fil ordinaire aurait complètement échoué; il ne faut pas oublier, en effet, que les tissus traversés par les points unissants étaient indurés, qu'ils devinrent le siège d'un travail inflammatoire, provoqué surtout par l'urine et la sonde, que la coaptation avait nécessité une traction assez marquée sur les lèvres de la plaie, et que, dans ces conditions, les sutures ordinaires coupent les parties molles avec une grande rapidité.

Un mot sur la tension des lèvres après la réunion. Dans la majorité des réunions après des pertes de substance, les bords de la plaie sont plus ou moins tendus et tiraillés, à moins que la perte de substance n'ait été fort minime, ou que les parties molles ne soient très-abondantes et très-extensibles, comme aux lèvres, à la cloison vésicovaginale, eto. Cette tension, quoique très-notable immédiatement après la suture, diminue d'ordinaire dans les heures qui suivent, et disparaît même les jours suivants, si les parties molles du voisinage sont susceptibles de céder, et si l'inflammation ne survient pas ou reste dans des limites modérées; c'est de ce côté qu'est le péril.

On possède, bien, à la vérité, des moyens efficaces pour prévenir la tension et le tiraillement des lèvres : je veux parler des décollements et des incisions à distance, c'est-à-dire de deux manœuvres autoplastiques qui caractérisent la méthode de Celse; ces expédients rendent de nombreux services, mais mieux vaut encore s'en passer, ou du moins s'en montrer sobre, les réservant pour des cas tout à fait sérieux. Dieffenbach et d'autres chirurgiens s'en sont, à mon avis, montrés singulièrement prodigues, et plutôt que de les imiter dans leur exagération, il convient de perfectionner les procédés purs de l'anaplastie par synthèse, c'est-à-dire les rhaphies, pour arriver à restreindre le plus possible les manœuvres susdites aux seuls cas où la perte de substance est assez considérable pour exiger un véritable apport de parties empruntées au voisinage (1).

Dans le cas présent, j'aurais pu à la vérité pratiquer, à une certaine distance de la ligne de réunion et parallèlement à cette ligne, deux incisions longitudinales intéressant la peau seule et destinées à relà-

(1) Dans les restaurations organiques, il faut que le procédé anaplastique soit rigoureusement déduit de la nature de la difformité. A la difformité par diérèse sans perte de substance, ou avec perte de substance minime, l'anaplastie par synthèse simple doit suffire. A la difformité par exérèse ou par défaut réservez l'anaplastie par prothèse organique, ou autoplastie proprement dite.

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cher les lèvres réunies; ou hien j'aurais pu, comme j'y avais songé au début, décoller les lèvres cutanées de chaque côté de la plaie uréthrale, pour les faire progresser l'une vers l'autre et les affronter largement et sans effort. J'aurais pratiqué dès lors, non plus l'uréthrorhaphie simple, mais bien une uréthroplastie par glissement. Ces deux procédés auraient peut-être entraîné des inconvénients qu'il n'est pas inutile d'étudier, car cette digression permettra de découvrir encore certaines causes des insuccès de l'anaplastie uréthropénienne.

Les incisions latérales, pour être efficaces, ne doivent pas être pratiquées trop loin de la plaie de réunion ; mais si on les rapproche trop de cette dernière, elles forment de chaque côté une languette longitudinale étroite, et reproduisent à peu près la disposition qu'on observe quand on isole par décollement deux lambeaux latéraux ; si l'inflammation partie de la suture s'étend un peu les languettes cutanées susdites peuvent se mortifier; toutefois l'accident est rare. Mais, d'un autre côté, il n'est pas indifférent de taillader ainsi la peau de la verge et d'intéresser ainsi le tissu cellulaire lâche et inflammable qui s'étale entre le tégument pénien et la charpente fibreuse sous-jacente; ces incisions, pratiquées même sur le dos delà verge, très-loin par conséquent de la suture, sont devenues plus d'une fois le siège d'accidents intrinsèques, d'inflammations diffuses, etc.

Pour les décollements latéraux partant de la plaie de réunion, le danger est encore plus grand; il est bien clair que cette dissection ouvre les mailles du tissu cellulaire sous-cutané, et que si l'inflammation s'empare des lèvres de la plaie, elle pourra se propager à la totalité de la verge et prendre facilement, en raison de la disposition anatomique des parties, les caractères du phlegmon diffus. Tout est trop favorablement disposé pour le développement de cette redoutable complication; on décolle la peau, puis on en réunit les bords .sur la ligne médiane par-dessus une sonde volumineuse placée à demeure; la perforation uréthrale reste béante dans la profondeur, et communique largement avec la cavité sanglante creusée dans le tissu cellulaire sous-cutané par le bistouri et fermée du côté de l'extérieur par la suture. Il est difficile de trouver des conditions plus favorables à l'infiltration d'urine sous le pont cutané créé par le chirurgien; la sonde remplit la partie intérieure de l'urèthre et le rétrécissement antérieur à la fistule pénienne; de sorte que si une certaine quantité d'urine s'échappe entre le col de la vessie et la sonde, le fluide si funeste à la réunion immédiate vient sur-le-champ

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