‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 49 sur 73 · TORSION CONGÉNITALE DU PÉNIS AVEC HYPOSPADIAS · texte numérisé non relu

TORSION CONGÉNITALE DU PÉNIS AVEC HYPOSPADIAS

V,.., garçon coiffeur, est entré à l'Hôtel-Dieu, le 18 août 1857, pour une ophthalmie blennorrhagique de l'œil gauche, causée suivant lui par une inoculation directe ; on en triompha heureusement par la saignée, le calomel à doses fractionnées, le collyre au nitrate d'argent à parties égales, etc.

Une première blénnorrhagie, conlractée autrefois, a été traitée par les injections saturnines et la tisane de salsepareille. Elle a persisté quatorze mois, mais sans complications.

Il y a cinq semaines, nouvelle blénnorrhagie aiguë qui n'est pas encore terminée.

Les organes génitaux présentent un singulier aspect : le scrotum et la verge, assez bien développés, sont tigrés de larges taches pigmentaires, qu'on retrouve d'ailleurs sur toute la surface du corps et surtout au visage; le tégument pénien est décoloré,- comme si le pigment y manquait complètement. Des taches noires sur un fond blanc mat produisent un aspect tout à fait bizarre. Ce qui frappe, au premier abord, c'est la conformation du gland.

Il n'existe qu'un prépuce très-rudimentaire, qui manque tout à fait en avant et à gauche. De ce côté, le gland est aplati; il présente une gouttière longitudinale bien marquée, qui occupe toute sa face uréthrale, et s'étend depuis le collet jusqu'au point où devrait se trouver le méat : celui-ci manque; à 3 ou 4 millimètres en arrière de l'extrémité postérieure de la gouttière, on voit un orifice arrondi de 2 à 3 millimètres de diamètre, qui n'est autre que l'ouverture antérieure de l'urèthre bordée par la muqueuse. Il y a donc hypospadias rétro-glandaire avec atrophie de la région uréthrale du gland, et absence de réunion de la gouttière uréthrale à sa terminaison antérieure.

Jusqu'ici rien d'extraordinaire; mais voici en quoi consiste l'anomalie : la gouttière et l'orifice dont je viens de parler s'offrent tout d'abord à la vue, parce qu'ils paraissent situés cà la face antérieure du gland; mais lorsqu'on examine les choses de plus près, on re-

(lj Bull, de la Société de chirurgie, lie série, t. VIII, p. 68.

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connaît que ce dernier organe est renversé, car ce qui représente sa face dorsale regarde le scrotum, tandis que sa face uréthrale regarde en avant et un peu à gauche.

C'est pour cela que l'hypospadias s'aperçoit sur-le-champ. Pour bien faire comprendre cette déviation, on dirait que la verge a été tordue sur son axe jusqu'à ce que la face inférieure du gland regardai en avant.

L'urèthre a subi une déviation correspondante; on s'assure par le cathétérisme qu'à partir de son orifice antérieur, il se porte de droite à gauche et d'avant en arrière, contourne en spirale la face latérale du corps caverneux gauche, pour venir reprendre sa position inférieure et. médiane normale au niveau de la racine des bourses.

Cette anomalie pourrait peut-être être rapprochée de quelques cas où l'on a décrit un urèthre s'ouvrant sur le dos du pénis.

Voici, du reste, comment l'organe fonctionne : malgré la position vicieuse de l'orifice uréthral, l'urine et le sperme sont projetés à une distance convenable et dans le prolongement de l'axe de la verge. Toutefois la torsion de l'urèthre dirige ce jet un peu latéralement vers le côté droit, ce qui se comprend aisément. Tout ce qu'on a dit sur la direction vicieuse de l'urine et du fluide séminal chez les hypospades de cette variété est aussi erroné dans ce cas que clans les autres. Ici, pas plus qu'ailleurs, on ne pourrait justifier une opération ayant pour but de prolonger artificiellement l'urèthre jusqu'au bout du pénis. La verge n'est point tirée en bas vers le scrotum, comme cela s'observe assez fréquemment dans l'hypospadias, et, au dire du sujet, les érections sont très-convenables.

L'ouverture large du méat urinaire est considérée comme une circonstance favorable à la contagion blennorrhagique. L'étroitesse très-grande de l'orifice anormal n'a pas préservé notre malade d'une double contamination.

Chez lui, du reste, il n'y a rien à faire; il urine bien et facilement. Je crois, au contraire, que dans d'autres cas on est autorisé à agir, et que, pour chacune des variétés, les indications doivent être différentes. Par malheur tout ce qui a été fait jusqu'ici n'est guère encourageant.

J'ose même dire, en réservant toutefois un fait de M. Ripoll (de Toulouse), qu'il n'existe pas jusqu'ici une seule observation concluante d'urélhrogénie par perforation. Je dis concluante, parce que vous connaissez certainement les faits de Dupiiylren, de Bégin, etc. ; mais les opérés n'ont pas été suivis et ces prétendus succès sont illusoires. Il y a, du reste, outre le succès thérapeutique à cou-

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