TORSION DU PENIS
stater, à démontrer un point bien important de physiologie pathologique : peut-on établir dans l'épaisseur des tissus un canal et le maintenir indéfiniment perméable? J'en appelle, du reste, à l'expérience de Guersant, de qui je tiens que jamais il n'a pu maintenir un urèthre artificiel.
Guersant répondit que mes doutes n'étaient que trop fondés. « En recueillant mes souvenirs, dit-il, je crois avoir opéré dix hypospadias; chez la plupart l'ouverture siégeait à la base du gland; dans deux cas derrière les bourses. Sans doute j'ai pu renvoyer à leurs parents les enfants munis d'un canal artificiel, mais dès qu'on négligeait la sonde le canal se fermait. Bien que je n'aie pu suivre tous mes petits malades, je ne pourrais pas dire avoir constaté un seul succès réel et durable. »
Depuis 1857, j'ai vu bien des hypospadias ouverts à la base du gland et dans aucun cas l'opération ne m'a paru indiquée. Chez quelques-uns le jet d'urine fait à la vérité avec J'axe de la verge un angle obtus et tend ainsi à se diriger en arrière; mais il suffit, pour le projeter en avant, de soulever le pénis en tirant légèrement sur le prépuce. La fécondation est également possible, car j'ai vu plus d'un hypospade père de famille. La blennorrhagie n'est pas rare chez les sujets ainsi conformés; j'en ai revu encore au moins 3 ou 4 cas. (A. V. 1876.)
ECTOPIE CONGÉNITALE PARTIELLE DE LA PROSTATE ET DE SES CON- DUITS EXCRÉTEURS. — FISTULES CONGÉNITALES DU PÉNIS (1).
Parmi ies anomalies les plus rares, il faut compter les cas où le pénis est parcouru par deux canaux muqueux plus ou moins parallèles, indépendants l'un de l'autre, et s' ouvrant au dehors par des orifices distincts. L'observation de ces cas remonte à une époque assez éloignée. Les anciens croyaient y voir des exemples d'urèthre double. Les modernes ont, avec raison, rejeté cette interprétation; ils nient la duplicité de l'urèthre que l'embryogénie ne saurait expliquer, et qu'aucun fait ne démontre en dehors de la duplicité du pénis luimême. Mais, en admettant un seul canal urinaire, ils ne sont pas encore fixés sur la nature du canal accessoire.
Un fait récemment observé par le professeur Luschka, de Tùbingen, jette une vive clarté sur ce dernier point et sert à établir nettement une anomalie soupçonnée déjà, mais non prouvée. Je le publie donc dans le double but de guider l'observation ultérieure et d'expliquer certains cas antérieurement connus.
La présente note, purement critique, ne renferme aucun document qui me soit propre ; je me sers seulement des matériaux d'autrui pour éclairer la controverse relative aux urèthres accessoires, aux fistules congénitales du pénis, etc.
Le travail de M. Lusclika a surtout pour but, comme son titre l'indique : Das vordere Mitlclstiïek der Prostata unddie Aberration desselben (2), de démontrer l'existence fréquente d'un lobe prostatique médian antérieur contesté par certains anatomisles et qui, d'après les recherches de l'auteur, se trouverait environ dans le tiers des cas. En faisant un emprunt au savant anatomiste de Tùbingen, je compte laisser de côté le point de vue anatomique pur pour étudier seulement ce qui concerne la fistule ouverte sur le dos de la verge.
Observation I. — Sur la face dorsale du pénis d'ailleurs tout à fait normal d'un suicidé de dix-neuf ans, on remarque à la limite des poils
(1) Archives générales de médecine. VIe série, t. VII, 660; 1866.
(2) Archiv fiir pathologische Analomie, de Virchow, décembre 1865, p. 592.
ECTOPIE PROSTATIQUE, 707
du pubis une ouverture, large de 4 millimètres, dont la lèvre supérieure est formée par la réflexion de la peau, et dont la lèvre inférieure se continue sans ligne de démarcation avec le tégument de la verge. Cet orifice, très-dilatable, conduit dans un canal de 15 millimètres, revêtu d'une muqueuse humide, d'un rouge pâle, avec épilhélium stratifié composé de grosses cellules ànoyau. Il s'agit évidemment d'une fistule congénitale du dos de la verge, rappelant à l'esprit les cas signalés par J. Cruveilhier. (Suit l'analyse du fait bien connu de notre illustre compatriote.)
Dans mon observation, continue M. Luschka, le trajet fistuïeux ne résultait point de la fusion de deux canaux seulement, car, après l'avoir fendu longitudinalement, on découvrait à son origine quatre pores admettant une fine soie de sanglier qui s'enfonçaient encore aune certaine profondeur. D'ailleurs une dissection attentive montra que l'appareil séminal tout entier était conformé d'une manière tout à l'ail normale.
Les pores en question étaient les orifices, des conduits excréteurs d'une glande reposant immédiatement sur l'albuginée de la face dorsale du corps caverneux, à 2 centimètres de l'angle formé par la réunion de ses deux racines. La glande ovalaire, du volume d'un haricot, mesure 6 millimètres dans sa plus grande largeur; elle s'amincit en avant pour se continuer avec quatre conduits solidement réunis ensemble, longs d'un centimètre et qui s'ouvrent dans la fistule par les quatre pores déjà décrits. Quelques pressions sur le corps de la glande font sortir par ce pertuis un liquide filant où l'acide acétique forme un caillot.
L'extrémité postérieure également effilée de la glande, se continue avec les fibres musculaires longitudinales de la paroi antérieure de la vessie au moyen d'un filament très-élastique, véritable tendon qui, traversant le plexus veineux, rampe sur la face antérieure de l'isthme et de la portion prostatique de l'urèlhre. Cette connexion entre la glande et l'appareil musculaire de la vessie n'a rien de surprenant, car si la plupart des faisceaux du detrusor urinœ se perdent dans le sphincter interne de la vessie, d'un autre côté un bon nombre de faisceaux musculaires longitudinaux passent des couches périphériques du stroma de la prostate sur les parois vésicales. Or, la glande en question étant évidemment le lobe antérieur médian de la prostate déplacé sur le pénis, le tendon du faisceau du detrusor urinœ qui lui correspond s'était en conséquence développé simultanément.
Le tissu de la glande est consistant et d'un gris-rougeàlre, on y reconnaît une trame fibreuse riche en filaments élastiques, traversée