‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 51 sur 73 · ANOMALIES DU PÉNIS · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU PÉNIS

en divers sens par des faisceaux ténus de cellules contractiles, et qui sert de slroma aux grains glanduleux aussi bien qu'à leurs vaisseaux et nerfs.

Les parties fondamentales de cette prostate accessoire formées par des lobules nombreux de forme conique, dont les embouchures sont visibles à l'orifice du trajet fistuleux, constituent donc une glande agrégée comme la vraie prostate; chaque lobe possède un conduit excréteur distinct qui résulte de la réunion d'autres conduits plus fins, qui proviennent à leur tour de petits lobules lâchement unis, composés d'acini de 0, 09 de millimètre, exactement piriformes, et parfois si longuement pédicules que leur isolement est facile.

La membrane fondamentale anhiste de ces vésicules glandulaires, soutenue extérieurement par une couche fibreuse munie de noyaux oblongs, est tapissée à l'intérieur d'une couche de cellules épithéliales polygonales. Dans quelques vésicules on retrouve même des corps clairs formés de couches concentriques, qu'on rencontre aussi dans les acini et les conduits excréteurs de la vraie prostate (globes épitbéliaux).

La prostate est ordinairement dépourvue de lobe antérieur; en constatant donc que ce dernier manque à sa place naturelle, on ne peut en conclure qu'il soit nécessairement représenté par tout corps granuleux siégeant sur le dos de la verge; il est cependant difficile de donner une autre signification à cette anomalie si on tient compte de la nature de la sécrétion, des connexions avec les fibres musculaires de la vessie, et enfin des caractères et du groupement des acini.

Cette prostate accessoire qui, par son déplacement considérable en avant, ne peut plus s'aboucher dans l'urèthre, reçoit ses vaisseaux artériels exclusivement d'un rameau de la honteuse commune qui présente elle-même une anomalie.

Les nerfs viennent du grand sympathique.

La prostate étant en rapport fonctionnel, non pas avec les organes urinaires, mais bien avec l'appareil génital, il est probable que dansl'excitation de ce dernier la prostate accessoire excrétait son produit sur le dos de la verge.

Je disais, en commençant cette note, que le fait de M. Luschka était péremptoire, et qu'à l'avenir il faudrait nécessairement admettre l'ectopie d'un conduit excréteur prostatique, comme variété de fistule du dos de la verge. 11 n'a manqué à cette observation, pour être absolument complète, que la conslatation, pendant la vie, d'une excrétion de fluide prostatique provoquée par l'excitation génésique. Or, cette particularité a été constatée clans un autre fait auquel manque r

ÉCTOPIE PROSTATIQUE. 709

il est vrai, la consécration anatomique, mais qui cependant a donné naissance déjà à l'hypothèse d'une déviation des voies prostatiques. Je tais allusion à l'observation remarquable de M. Picardat (1), dont je demande la permission de reproduire ici les traits principaux.

Observation II. — Jeune militaire. Ecoulement blennorrhagique peu intense; il y a deux méats à la verge; le supérieur seul est le siège de l'écoulement, et c'est précisément celui qui n'est point perméable à l'urine.

Des renseignements fournis par le malade, intelligent d'ailleurs, résulte qu'après Féjaculation le méat supérieur laissait sourdre un liquide filant, limpide (c'était sans doute l'humeur prostatique), tandis que le méat inférieur seul donnait issue à la partie la plus consistante du sperme. Il y a trois ans, première blennorrhagie qui a envahi les deux canaux. Guérison prompte. Nouvelle blennorrhagie bornée au canal supérieur et qui fournit l'occasion d'examiner cette curieuse anomalie.

Le pénis est normalement développé ; le méat occupe sa place ordinaire au bout du gland. Celui-ci, à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs de sa face externe, présente un orifice de 2 millim.de diamètre environ, qui laisse continuellement échapper le pus blennorrhagique. Sur toute la longueur du dos de la verge on sent très-bien une espèce de cordon induré, qui, à la pression, cause une assez vive douleur, surtout au niveau de la symphyse pubienne, et probablement du cul-de-sac du conduit.

L'urèthre n'offre absolument rien de particulier : il est du reste sain. La blennorrhagie s'amende, mais surviennent des érections nocturnes très-douloureuses, dans lesquelles la verge présente une incurvation supérieure très-prononcée.

M. Picardat se proposait de sonder le canal anormal, pour en préciser la longueur et le trajet; mais le malade partit brusquement. Il fit savoir plus tard qu'après des marches forcées le canal accessoire s'était échauffé de nouveau, qu'il ne laissait pas couler d'urine, mais, après le coït seulement, quelques gouttes d'un liquide clair un peu filant.

M. Picardat conclut de ce fait : 1° qu'il existait, outre le canal normal, un conduit surnuméraire occupant le sillon longitudinal supérieur du corps caverneux, s'infléchissant un peu à son extrémité antérieure pour venir perforer le gland, et dont la portion reculée se

(i) Recherches sur les anomalies congénitales dî l'urèthre-. Thèse de Paris, 1858, no 91, p. 41.

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