‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 52 sur 73 · ANOMALIES DU PÉNIS · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU PÉNIS

terminait très-probablement en cul-de-sac entre les racines du bulbe, en avant de la prostate qui lui envoyait quelques conduits; 2° que ce canal communiquait peut-être autrefois avec l'urèthre, mais qu'il n'en était plus de même actuellement; car l'urine qu'on y injectait ne revenait pas par l'urèthre; de plus, un jour, pendant la miction, on ferma inopinément le méat par la pression : cela donna lieu à une distension douloureuse de l'urèthre, sans faire apparaître la moindre goutte de liquide au méat supérieur.

En l'absence de constatation directe, M. Picardat interprétant avec sagacité les phénomènes pathologiques, avait prévu ce que la dissection de M. Luschka a démontré. Ces deux observations se complètent donc merveilleusement, et par leur réunion ôtent tout prétexte au doute. A ces deux faits s'ajoute encore celui que Marchai communiqua un peu trop sommairement par malheur à l'Académie.

Observation III. — Il s'agissait d'un militaire de 28 ans, qui présentait deux urèthres : l'un normal, admettant une bougie n° 6, et se rendant jusque dans la vessie; l'autre anormal, qui ne reçoit qu'une bougie n° 1; il est situé à 14 millimètres de l'autre, et sur la même ligne. Sa longueur est de 78 millimètres; il s'arrête au niveau du ligament supérieur de la verge. En 1810, blennorrhagie ; l'écoulement se fit par les deux urèthres; le traitement intérieur par les balsamiques, et les injections dans le conduit normal guérirent l'écoulement de l'urèthre proprement dit; celui du canal persista.

Il y a trois mois, à la suite de rapports sexuels, l'écoulement par le canal anormal augmente ; on donne les balsamiques à l'intérieur sans succès; les injections d'eau tiède, mêlée de baume de copahu, à faible dose, amenèrent la guérison. (Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVII, 1852, p. 640.)

Non-seulement ces faits établissent clairement la déviation des canaux prostatiques^ mais ils permettent déjà d'admettre deux variétés principales de l'anomalie. Dans la première (Picardat, J. Marchai), celle-ci ne porte que sur le canal excréteur, qui est dévié et considérablement allongé pour arriver jusqu'au gland. La prostate occupe toujours sa position naturelle. Dans la seconde (Luschka), il y a de plus ectopie glandulaire. Quelques granulations se séparent du corps de la prostate et s'avancent vers la partie antérieure du pénis; au lieu de parvenir jusqu'au méat, le canal anormal s'ouvre en chemin et reste assez court. Mais on entrevoit déjà l'existence prohable de deux variétés nouvelles et intermédiaires : l'une sans ectopie glandulaire, et dans laquelle l'orifice excréteur s'ouvrirait non plus

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sur le gland, mais sur la face dorsale du pénis, plus ou moins près de l'arcade pubienne; l'autre avec ectopie, et prolongement du conduit jusqu'à l'extrémité de l'organe copulateur. L'une de ces variétés reste encore à l'état d'hypothèse; à l'autre, au contraire, se rapporteraient plusieurs cas dans lesquels un orifice étroit juxtaposé à l'ouverture uréthrale et situé au-dessus d'elle, conduirait un stylet fin dans un cul- de-sac profond de plusieurs centimètres. Tels sei"aient les cas : 1° de Baillie, qui a vu un canal long de 2 pouces, se terminant d'une part dans un cul-de-sac, et de l'autre à l'extrémité du gland, où finit ordinairement l'urèlhre dont il était indépendant (cité par Picardat, p. 39); 2° de Malgaigne, qui, ayant souvent observé à l'angle supérieur du méat une dépression en cul-de-sac capable d'admettre un stylet, a vu entre autres une de ces lacunes qui mesurait 27 millimètres de profondeur (Anatomie chirurgicale, l. II, page 290, lrc édit.)

Je n'ignore pas qu'on a donné de ces derniers faits une autre interprétation, et que ces lacunes ont été considérées comme de simples déviations des follicules tubuleux de l'urèthre; mais il me paraît difficile que ces derniers puissent mesurer 3 ou 6 centimètres, et je crois plus volontiers que la dissection soignée du cul-de-sac aurait montré sa continuation avec quelque glande égarée, comme dans le cas de M. Luschka. On doit regretter la concision de Baillie et de Malgaigne; aussi, en pareille occurrence, il y aurait lieu d'observer, physiologiquement et anatomiquement surtout, si la chose était possible, ces anomalies intéressantes.

Ce n'est pas que je nie l'ouverture anormale des follicules uréthraux antérieurs et l'existence de méats accessoires borgnes ou communiquant avec l'urèthre de façon à donner issue, pendant la miction, à un mince filet d'urine. Les exemples n'en sont pas rares. Fabrice de Hilden en rapporte un (cent. lre, obs. 76.) Vidal, Marchai et Jarjavay en citent d'autres. Ce dernier auteur, qui nie la duplicité du méat, n'a jamais rencontré de ces lacunes ayant plus de 3 à 4 millimètres de profondeur. (Anatomie de Vurèthre de l'homme, 1856, page 167.) J'ai vu moi-même deux cas de ce genre : l'un d'eux me fut amené récemment cà l'hôpital.

C'était un garçon de 20 ans qui, pour la première fois, quelques jours auparavant, s'était aperçu de son anomalie; il en était fort tourmenté. A 4 ou 5 millimètres à droite du méat se voyait un pertuis très-fin ressemblant à l'orifice un peu dilaté d'un point lacrymal. Un stylet d'Anel y pénétrait à 4 millimètres de profondeur en se dirigeant vers l'urèthre, mais sans parvenir dans la cavité de ce der-

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