‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 54 sur 73 · CANAUX MULTIPLES · texte numérisé non relu

CANAUX MULTIPLES

me soit permis d'en passer en revue toutes les variétés. L'ectopie des voies prostatiques est hors de doute ; en est-il de même de l'ectopie des voies séminales ; en d'autres termes, est-il démontré que le sperme puisse être charrié jusqu'au bout de la verge par un canal distinct de l'urèthre et excrété par un orifice autre que le méat? Deux ordres de preuves suffiraient : d'abord l'observation sur le vivant, facile à faire, puis la dissection des parties; or, ce double critérium existe, ce me semble.

Quand Vésale, anatomiste peu crédule et observateur sévère, dit avoir connu un étudiant en droit qui avait deux ouvertures faisant suite à deux canaux dont l'un donnait passage à l'urine et l'autre au sperme, pourquoi ne pas le croire? Pourquoi ne pas croire davantage Borelli quand il imprime : « Gondalus Burgundus apud Ruthenos degens anno 1633, duplicem in urethro foramen habuit unde urinam et semen in duas partes simul divisa effiinderet. » Qu'objecter à cette narration de Testa, qui cite l'exemple d'un père et d'un fils qui avaient tous deux au pénis deux orifices situés l'un au-dessus de l'autre, et servant, le premier à l'excrétion de l'urine, l'autre à l'éjaculation spermatique. (Voir, pour ces trois citations, Picardat, p. 35 et 36.)

Dira-t-on que ces faits sont mentionnés d'une manière trop concise? Mais c'est un tort commun à beaucoup de cas rares rapportés par les anciens, qui avaient toujours peur d'être prolixes; et d'ailleurs n'avonsnous pas le fait de Cruveilhier, trop connu pour que je le reproduise, mais qui est fort concluant?

Le scepticisme est une bonne chose, en science surtout, mais il ne faut pas le pousser trop loin, et je m'étonne de voir les modernes mettre encore en doute l'ectopie des voies séminales.

A la vérité, il serait à souhaiter qu'un fait nouveau, complet, observé sur le vivant et contrôlé par la dissection, mît le comble à une démonstration qui, dès aujourd'hui cependant, paraît suffisante. Je n'admettrais qu'une seule objection : elle consisterait à dire que Vésale, Borelli et Testa, ont pris le fluide prostatique pour du sperme et que M. Cruveilhier a pris pour les conduits éjaculateurs deux canaux prostatiques se réunissant en un seul. Au reste, avec la précision qu'affecte actuellement la science, un jour ou l'autre la question sera tranchée. Il suffira d'un fait comparable à celui de M. Luschka et aussi soigneusement étudié.

Une autre espèce de conduit sous-pénien, parallèle à l'urèthre, a été rencontrée par M. Monod sur un fœtus monstrueux, il est vrai; nulle difficulté pour la détermination; c'était une fistule stercorale dont le trajet suivait exactement le raphé inférieur de la verge et

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