‹ Mémoires de chirurgie (volume 2)Chapitre 8 sur 73 · RECHERCHES CRITIQUES SUR L'HISTOIRE DE L'AUTOPLASTIE · texte numérisé non relu

RECHERCHES CRITIQUES SUR L'HISTOIRE DE L'AUTOPLASTIE

Je l'ai dit en commençant, l'équité défend d'appeler française une méthode dont les règles se trouvent dans Gelse ; mais elle doit en revanche consacrer les titres indéniables de notre chirurgie qui a constamment sauvé du naufragé les débris de la tradition. Aussi peut-on dire de la roule facile que nous suivons aujourd'hui qu'elle a été jalonnée par Franco, Couillard, J.-L. Petit, Saviàrd, Chopart et Boyer.

En présence des faits nombreux que j'ai glanés dans la chirurgie des siècles passés, on se demande comment la rénovation a tant tardé. Peut-être faut-il en accuser le dédain que les grands chirurgiens de la fin du xvme siècle et du commencement du xix° ont affecté pour les recherches historiques. Si en l'année 1800, je suppose, quelqu'un se fût avisé du travail facile que je viens de faire, il aurait pu déjà donner un corps à la chirurgie restauratrice. Il aurait montré, en effet, comment, à l'aide de deux méthodes que l'on connaissait, on pouvait restaurer le nez, les lèvres, les oreilles, le prépuce, l'urèthre, c'est-à-dire réunir les parties trop étroites ou trop courtes,, oblitérer des fistules, etc. La généralisation était donc possible, facile même. Faute d'érudition, on ne la fit pas. Oublions pendant cinquante ans de lire nos prédécesseurs, et nous tomberons, nous aussi, dans l'ignorance.

Mais peut-être ce jugement est-il trop sévère; si le progrès a été lent, il faut sans doute en faire porter la faute au temps et dire avec un de nos vieux chirurgiens, Pierre Pigray : « le croy que chacun tombera d'accord avec moi que les arts et les sciences ne se jettent pas au moule, ainsi on les forme et figure peu à peu en les maniant et remuant plusieurs fois, tout ainsi que l'ours façonne ses petits en les leschant à loisir » (1).

(1) Epitome des préceptes de médecine et de chirurgie. Lyon, 1673. Au lecteur,. P- 1.

Page 1