‹ Mémoires de chirurgie (volume 3)Chapitre 11 sur 124 · STATISTIQUE CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE CHIRURGICALE

DOCUMENTS STATISTIQUES CHIRURGICAUX EXTRAITS DES RAPPORTS OFFICIELS DE L'EMPIRE RUSSE (1).

Au moment où Ja statistique est à l'ordre du jour, et intervient dans l'importante question de la salubrité des grands hôpitaux, il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur les résultats constatés à l'étranger. Un mot d'abord sur la source à laquelle nous puisons aujourd'hui : un grand nombre d'hôpitaux russes sont sous la direction immédiate du ministre de l'intérieur; ils doivent chaque année adresser un rapport officiel au directeur du département médical du ministère, lequel les collige, les analyse, les condense, et en présente au ministre un résumé général. C'est de ces derniers travaux que nous extrayons ce qui a trait à la pratique des opérations. Pour donner une idée de la valeur des matériaux, disons que, d'après le docteur Otsolig, directeur du département médical, 494 hôpitaux civils ont concouru à la composition du rapport officiel de 1857. Après avoir parcouru les trois volumes que nous avons à notre disposition, nous restons convaincu que ces documents sont sérieusement composés et méritent toute confiance. Notons surtout que les statistiques qu'ils renferment sont intégrales.

Les opérations chirurgicales forment, dans chaque volume, un chapitre particulier; de plus un certain nombre des cas les plus importants sont rapportés avec détail à la suite des tableaux numériques, ce qui fournit ainsi quelques éclaircissements et une sorte de contrôle.

Voici d'abord le nombre total des opérations pratiquées chaque année, sans distinction :

Années.

Nombre de cas.

Avec succès :

Sans succès :

(1) Bericht ùber den Volksgesundheltszustand und Wirksamkeit der Civilhospitœler im Russlschen Kaiser reiche, auf Befehl des Herrn Ministers des Innern zuzammengestellt nom Medicinaldepartment nach den bei demselben eingegangenen officiellen Berichten, Saint-Pétersbourg, 1857, 1859, 1860 [Gazelle hebd. de méd. et de chir, 1862, p. 3).

Nous ne nous arrêterons pas à ces chiffres, qui sont beaucoup trop généraux, et pour cela sans utilité pratique immédiate. Lorsqu'on jette, en effet, les yeux sur les tableaux, on reconnaît sur-le-champ la nécessité d'y établir des divisions.

D'abord les termes avec succès, sans succès, ont évidemment des acceptions différentes dans un cadre qui réunit, d'une part, les amputations, la taille, la kélotomie; de l'autre, la cataracte, la pupille artificielle, etc. Pour les premières, insuccès veut dire mort; il en est autrement pour les secondes. Puis il ne faut pas davantage con-r fondre dans un même total les grandes mutilations et les opérations d'urgence avec la ténotomie, l'hydrocèle, le phimosis, et une foule de petites opérations sur les yeux, sans désignation. (Ces dernières atteignent le chiffre de 117, sur lequel un seul insuccès.)

On ne peut tirer parti de ces matériaux, assez importants du reste par le nombre, qu'en établissant des catégories; ainsi vais-je faire.

PREMIÈRE CATÉGORIE. — GRANDES AMPUTATIONS DES MEMBRES; DESARTICULATIONS;

RÉSECTIONS.

Total. Succès. Insuccès. Rapport de la mortalité.

A. Amputations (cuisse, jambe, bras, avantbras) 587 477 110 18,7 p. 100 ou 1 sur 5,25.

B. Désarticulations (é-

paule, main, pied).. 71 61 10 14 pour 100 ou 1 sur 7,1.

C. Résections dans la continuité et la contiguïté 24 17 7 29 pour 100, ou 1 sur 3,4.

Nous pouvons réunir en un seul tableau le résultat de toutes les grandes opérations sur les membres et le squelette ; car si les désarticulations dégrèvent le bilan des insuccès, les résections le chargent en sens inverse. En additionnant, pour les trois années, les totaux partiels, nous résumons ainsi la première catégorie.

Opérations. Succès. • Insuccès. Mortalité.

682 555 127 18 pour 100, ou 1 sur 5,37.

Il est certainement à regretter que les amputations, désarticulations et résections n'aient pas été distinguées en traumaliques et pathologiques, et qu'en même temps on n'ait pas pris soin de noter la

région opérée. La dernière de ces divisions a été faite pour une année seulement, 1856. J'ignore pourquoi elle n'a pas été continuée. Les nombres sont minimes, et par conséquent peu significatifs cependant ils s'accordent avec les notions générales que nous possédons sur la gravité des grandes mutilations, suivant les régions. C'est pourquoi nous donnons le tableau partiel de l'année 4856 :

Succès.

In uccès. Mortalité.

Amputations de cuisse. . . .

28 p. 100, ou 1 sur 3,6.

— jambe....

25 p. 100, ou 1 sur 4.

23 p. 100, ou 1 sur 4,3.

— avant-bras

12 p. 100, ou 1 sur 8,3.

Désarticulations de bras. . .

— de la main

— du pied . .

Ici les rapports se déduisent

d'eux-mêmes.

— de la mâchoire

inférieure. . . .

En revanche, dans chaque tableau annuel, on a pris grand soin de séparer des grandes opérations sur les membres, les petites amputations ou désarticulations, portant sur les doigts et les orteils, pratiquées pour des écrasements, des congélations, des panaris graves : elles atteignent le chiffre presque fabuleux de 520.

On sait que, dans nos hôpitaux, ces petites opérations sont loin d'être bénignes, et que leur gravité n'est en rapport ni avec l'éloignement du centre, ni avec la petite proportion des parties sacrifiées ; aussi notre chirurgie est-elle devenue singulièrement timorée, prudente et conservatrice, surtout quand il s'agit d'écrasements des doigts et des orteils. Nous avons appris combien il était dangereux de régulariser ces plaies contuses, et nous employons ou l'irrigation continue ou les pansements émollients, ou l'occlusion, etc., enfin la temporisation sous toutes ses formes. Cette pratique, qui sauvegarde la vie des blessés, n'est pas dépourvue d'inconvénients, et nous ne l'adoptons que faute de mieux.

La statistique russe est tout à fait favorable à l'intervention chirurgicale active ; en voici la preuve :

Succès. Insuccès. Mortalité.

Amputations cl désarticulations des doigts et des orteils ., 520 507 13 2,5 p. 100, ou 1 sur 40.

Il est évident, d'après «es chiffres, qu'on a bien fait de ne pas

confondre cette série avec celle des grandes amputations, désarticulations ou résections. La proportion des morts aux guérisons eût été, pour ces dernières, modifiée d'une façon beaucoup trop avantageuse. ,

Deuxième catégorie. — J'y place de grandes opérations qui, tout en se rapprochant des précédentes par leur gravité, en diffèrent toutefois sensiblement par les complications viscérales plus ou moins latentes qui les accompagnent et en décident si souvent l'issue. Ajoutons qu'il y a souvent urgence, et que, par conséquent, le chirurgien n'est pas maître d'agir en temps opportun (1).

A propos de ce dernier paragraphe, il est à regretter qu'on n'ait pas distingué entre elles les ponctions abdominales des ponctions thoraciques, la gravité étant très-dissemblable. Nous trouvons cette division partiellement faite pour 1856; elle représente probablement les proportions réelles des succès aux insuccès pour les trois années.

Nombre de cas. Succès. Insuccès. Mortalité.

15p.J00,oulsur6,4.

40 p.l 00, oui sur 2,5.

60p. 100, oui sur 1,7.

18 p. 100, oui sur 5,3.

(1) Les statistiques que j'examine n'ont pas seulement de l'intérêt au point de vue numérique, elles nous donnent une idée de l'état actuel de la chirurgie russe et des méthodes opératoires les plus fréquemment employées dans ce vaste empire. Ainsi, par exemple, quand nous comptons seulement cinq trachéotomies dans l'espace de deux années, nous pouvons en conclure que cette opération n'est pas encore passée dans la pratique générale de nos confrères du INord (quoique le croup soit loin d'être rare en Russie). De même pour la lithotritie : en regard des 207 lithotomies, nous voyons que, dans la seule année 1856, on broya cinq fois la pierre, et avec succès. Il n'en est plus question dans les deux années suivantes. 11 est donc probable qu'il s'agit là d'une pratique tout à fait isolée et individuelle. D'un autre côté, les opérations anaplastiques nombreuses, les résections variées, la paracentèse thoracique dans les épanchements pleuraux, la ponction du péricarde, prouvent que les progrès les plus récents de la médecine opératoire sont connus et adoptés. Du reste, le dépouillement complet des trois volumes que nous avons entre les mains fournirait matière à d'amples et curieux commentaires.

(2) Dans l'année 1857, on tailla 40 sujets dans le seul hôpital de Penza. La taille latérale fut exclusivement employée, et le chloroforme toujours administré, sans distinction d'âge. A l'exception de deux malades, âgés l'un de vingt-huit, l'autre de vingt-deux ans, tous les autres étaient compris entre onze ans au maximum

A. Lithotomie (2)...

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