C0NIC1TÉ DU MOIGNON
Les causes sont locales, mésologiques ou constitutionnelles.
Parmi les causes locales je note la mauvaise qualité des tissus. En se rapprochant trop de la lésion qui nécessite le sacrifice du membre, on garde dans le moignon des parties plus ou moins altérées. L'amputation, il est vrai, agit souvent comme moyen antiphlogistique et résolutif puissant; mais cette action favorable n'est pas constante. Parfois l'inflammation traumatique récente s'ajoute à l'ancienne, et de cette réunion résulte un phlegmon intense. Dans d'autres cas les choses marchent d'une façon insidieuse : la phlegmasie antérieure parait s'éteindre; le moignon tout d'abord est indolent et bien conformé; mais, spontanément ou par suite des premiers essais de fonctionnement du membre, l'inflammation assoupie se réveille et produit ses fâcheux effets. C'est du côté des os que ceci s'observe; j'en ai donné maintes preuves en parlant des amputations partielles et totales du pied et de l'amputation susmalléolaire.
Dans les cas d'amputations pour blessures de guerre, un corps étranger oublié, une esquille secondairement mortifiée, constituent une menace continuelle et une imminence d'inflammation tardive.
Faisons surtout une place large aux mauvais pansements . Jadis, quand on manipulait pendant un ou deux quarts d'heure la plaie avec des mains sales, des instruments sales et des éponges plus sales encore, on inoculait comme à dessein les matières septiques sur une immense surface; on mettait le comble à cette pratique détestable par la réunion immédiate incomplète, créant un foyer sinueux à issue étroite et mal située, incapable de se débarrasser des liquides malsains qu'il produisait. A cette époque, le phlegmon, fort ou faible, du moignon, était en quelque sorte la règle; du deuxième au quatrième jour, à la vérité, on enlevait le plus souvent les sutures; la résolution survenait tantôt complète, tantôt imparfaite, et de là dépendait l'absence de déformation ultérieure ou au contraire les degrés plus ou moins considérables de conicité. La fréquence de cette terminaison, étant grande et jointe à une mortalité considérable, avait conduit une foule de praticiens à rejeter la réunion immédiate, parce que l'inflammation inévitable dans les plaies tenues ouvertes avait au moins le mérite d'être peu profonde et de se résoudre entièrement avant la fermeture du foyer.
J'ai admis des causes mésologiques. Je désigne par là les influences épidémiques qui, en temps de guerre et dans les hôpitaux insalubres ou encombrés, frappent si terriblement sur les blessés en
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général et les amputés en particulier. On a décrit l'ostéomyélite épidémique; de même on aurait pu, il y a 15 ans, décrire le phlegmon épidémique des moignons. Nous avons vu l'une et l'autre de ces complications infectieuses en 1870-1871, pendant les longs mois de la guerre et de la Commune. A la vérité, l'énorme mortalité ne nous laissait pas souvent l'occasion d'examiner les mauvaises cicatrices des moignons. Toutefois, avant la mort, on voyait déjà les manchettes et les lambeaux en quelque sorte fondus et rétractés, de manière à laisser saillir de plusieurs centimètres le bout de l'os coupé. Chez ceux qui survivaient, la forme conique du moignon était la règle.
Enfin il faut faire une part aux causes constitutionnelles et aux maladies intercurrentes.
Voici ce que j'ai observé trop souvent : Chez les scrofuleux, pendant quelque temps tout paraît aller bien, les parties molles recouvrent l'os, la cicatrice même s'achève, lorsqu'un beau jour quelques douleurs se manifestent au sommet du moignon. Dans le point correspondant au bout de l'os coupé, la peau devient sensible au toucher, rougit, s'enflamme, s'amincit de dedans en dehors; il se forme tantôt un abcès, tantôt une perforation, en tout cas une ouverture au fond de laquelle apparaît soit une arête osseuse tranchante (cas ordinaire à la jambe), soit le bout de l'os tout entier.
Les douleurs cessent d'ordinaire quand l'os a fait issue, mais le travail morbide ne s'arrête pas toujours pour cela. Les parties molles, n'étant plus retenues par la résistance que leur opposait le bout osseux, le laissent à découvert dans une étendue plus ou moins grande en se rétractant librement vers la racine du membre.
Ceci m'est arrivé à l'articulation tibio-tarsienne chez un tuberculeux. (Voy. p. 703.) J'ai vu aussi, à ma grande surprise, la saillie osseuse et la rétraction extrême des parties molles se produire en silence et sans aucune douleur.
Il s'agissait d'une femme d'une quarantaine d'années, atteinte de phtisie commençante et reçue dans mes salles à Lariboisière. Ayant amputé la cuisse à la partie moyenne pour une ostéo-arthrite du genou, j'avais employé la méthode circulaire et appliqué soigneusement le bandage ouaté d'Alph. Guérin. Les suites furent très bonnes : nulle souffrance, fièvre traumatique insignifiante. Vers le quinzième jour je voulus renouveler le pansement, et quel ne fut pas mon étonnement en voyant le fémur proéminer de 2 ou 3 centimètres au-dessous du bord libre de la manchette considérablement remontée vers la racine du membre. La phtisie ayant fait, à partir de