CITÉES DANS LE MÉMOIRE PRÉCÉDENT
Écrasement du pied; hémorragie considérable; amputation de la jambe au tiers inférieur ; pansement ouaté; mort 10 heures après (obs. citée p. 202).
Le 8 janvier 1872, un jeune homme de dix-huit ans, à formes grêles, mais de bonne constitution et d'une excellente santé, eut l'imprudence, étant en état d'ivresse, de descendre d'un wagon entrant en gare et non encore arrêté. La roue passa sur le pied droit, qu'elle broya, et ouvrit largement l'articulation tibio-tarsienne. Le blessé, aussitôt transporté à l'hôpital Lariboisière, y fut admis à 10 heures du soir; il paraissait tranquille et souffrait peu. Dès qu'il fut pansé et couché, il s'endormit. On constata qu'il avait perdu beaucoup de sang, mais l'hémorragie était arrêtée, sauf un suintement en nappe peu considérable, qui cessa par l'application de charpie sèche et d'une bande roulée.
La nuit fut calme, mais à 5 heures du matin le sang partit. L'interne de garde appelé ne put trouver de vaisseau jaillissant dans cette plaie anfractueuse, mais seulement une rosée sanguine, suintant de toutes parts et surtout du tissu spongieux du calcanéum brisé. On appliqua à la cuisse, au niveau du troisième adducteur, une compression circulaire qui arrêta l'hémorragie. La perte de sang avait été considérable.
Je vois le malade à 9 heures ; il est très affaibli et d'une extrême pâleur; les extrémités sont froides, la température axillaire est à 36°, 9; dans le rectum, à la vérité, le thermomètre accuse 39°, 2; le refroidissement est donc surtout périphérique.
L'état de la blessure ne permettait pas de songer un instant à la conservation; il fallait de toute nécessité amputer. Mais devait-on agir dans l'état où se trouvait le blessé ou attendre que la réaction fût établie et la température remontée au moins à 37°, 5? Je me décidai pour le dernier parti, sachant toute la gravité des opérations pratiquées dans la période d'algiiité ou d'hypothermie. Malheureusement, pendant que je continuais la visite dans les salles, l'hémorra-
gie reparut, malgré le maintien de la bande roulée sur la cuisse. Un élève du service l'arrêta aussitôt par la compression de la fémorale au pli de l'aine et en même temps me fit avertir. Je songeai à replacer la compression circulaire ou à établir la compression digitale continuée pendant plusieurs heures par mes aides; mais la première était très douloureuse et la seconde eût été rendue impossible par l'état d'agitation extrême où se trouvait le jeune homme, encore sous l'influence des vapeurs alcooliques 1 .
Après avoir vainement cherché dans la plaie les vaisseaux ouverts, je dus me décider à pratiquer l'amputation de la jambe au tiers inférieur.
Je ne crus pas devoir employer le chloroforme, dans la crainte d'une syncope, et aussi parce que la stase du sang veineux dans le membre me semblait avoir dû rendre celui-ci presque insensible. Toujours est-il que la douleur parut à peine renaître et que, grâce à l'extrême perfection de la compression inguinale par M. Thaon, mon interne d'alors, la perte de sang par la plaie d'amputation fut à peu près nulle.
Dès que le membre fut tombé et les artères liées, on administra au patient une potion renfermant de l'eau-de-vie, de la teinture de cannelle et de l'acétate d'ammoniaque; puis le pansement ouaté fut appliqué, après quoi on plaça l'opéré dans un lit bien chaud et on l'entoura de boules d'eau chaude.
Deux heures après la connaissance était revenue, les douleurs étaient nulles, et il y avait une sorte de bien-être et de tranquillité.
Le reste de la journée se passa sans autre accident que quelques vomissements. Cependant la réaction ne s'établit pas et la tempéra-
') . Je me suis trouvé depuis en face d'un cas analogue et j'ai pu temporiser à l'aide d'un expédient qui m'a fort bien réussi. Voici le fait en quelques mots. On amena à la Pitié, le 25 septembre 1873, un ouvrier de chemin de fer qui venait d'avoir la cuisse écrasée au niveau des condyles du fémur par une roue de wagon. Le membre était presque entièrement détaché et une amputation immédiate était indispensable. Elle était d'autant plus urgente que le sang coulait en nappe de divers points de cette vaste plaie. Toutefois le blessé était pâle et froid, dans cet état particulier qui s'observe si souvent après les grandes blessures. Opérer dans de telles circonstances eût été courir après un revers certain.
Pour conjurer néanmoins le danger de l'hémorragie et gagner du temps, j'entourai le membre, immédiatement au-dessus de la blessure, avec plusieurs circulaires du tube de caoutchouc de l'appareil d'Esmarch. Cette manoeuvre causa d'abord quelques douleurs qui s'apaisèrent peu à peu. Le sang cessa de couler, et quelques heures après, quand la réaction fut établie, j'amputai la cuisse au tiers inférieur.
-Le tube de caoutchouc m'a rendu encore le même service dans un cas d'écrasement du bras près de l'épaule.
ture, au lieu de s'élever, baissa encore; dans l'après-midi l'opéré tomba dans une sorte de somnolence. A 9 heures du soir il appela l'infirmier, poussa un faible cri et mourut.
A l'autopsie nous trouvâmes tous les organes sains, mais exsangues au plus haut degré. La plaie sous le coton était aussi fraîche que si elle venait d'être pratiquée *,
Fracture comminutive de la jambe droite avec plaie. — Pansement ouaté. — Gangrène -de la partie inférieure de la jambe et du pied. — Mort le huitième jour. — Autopsie. — Lésions multiples.
— Athérome très prononcé des artères de la jambe et du pied. — Compression de la tibiale antérieure par une esquille déplacée
— Par MM. Verneuil et Cauchois 2.
G. Reine, soixante-quatorze ans, d'une forte constitution et jouissant d'une bonne santé, est apportée le 25 mai 1872 à Lariboisière, salle Sainte-Jeanne, n° 10, pour une fracture des deux os de la jambe au tiers inférieur, avec plaie transversale à la région externe. Au moment de l'accident, l'extrémité d'un fragment osseux, probablement du péroné, a dû faire saillie au dehors, puis être réduit, car en reprenant sa place il a entraîné la portion voisine du bas, qui, profondément enfoncée dans la plaie, n'a pu en être dégagée que par un nouveau déplacement des fragments. Il n'y a pas eu d'hémorragie importante.
En conséquence on recouvrit la plaie d'un morceau de baudruche fixé avec le collodion, et la jambe d'une épaisse couche d'ouate disposée en bandes imbriquées et maintenues par deux attelles latérales.
Tout se passe sans accident pend' Ml les trois premiers jours. Au quatrième, le 28 mai, quelques douleurs surviennent dans le pied, et la température axillaire s'élève à 40°,8. Néanmoins on ne croit pas devoir lever l'appareil. Le lendemain, les mêmes symptômes persistent : douleurs du membre fracturé; thermomètre à 39° le matin. On prit alors le parti de découvrir la fracture, et l'on trouva un sphacèle du membre qui débutait par une tache brunâtre à la face dorsale du pied. La coloration livide s'étendit rapidement, ainsi que le refroidissement et tous les signes de la gangrène. Pendant ce
1. Nous aurions peut-être réussi à obtenir la réaction par les injections stimulantes hypodermiques, avec l'éther, par exemple; mais à cette époque le moyen n'était pas encore vulgarisé.
2. Bull. Soc. anat., 1872, 47" année, 2<= série, t. XVII, p 298. — Citée plus haut, p. 202.
temps la malade tombait dans l'abattement, la prostration, le coma, et finalement succombait le 2 juin, huit jours après l'accident.
Autopsie. — Rien de remarquable dans les viscères, sinon les altérations habituelles de la sénilité; dans le système artériel la dégénérescence athéromateuse est en grand nombre de points assez avancée.
Toutes les artères de la jambe et du pied sont dures et rugueuses au toucher. Quand on les comprime vivement entre les doigts on produit un bruit de crépitation particulier, causé par l'écrasement de nombreuses petites plaques athéromateuses. Dans d'autres points la lésion est moins avancée et n'existe encore que sous forme de taches opaques blanchâtres. Sur le trajet de l'artère tibiale postérieure, on remarque un certain nombre de taches foncées, noirâtres, comme ecchymptiques ; cette artère, qui a conservé son calibre, ne renferme ni sang, ni caillot.
L'artère tibiale antérieure est le siège d'altérations analogues qui, au voisinage de la fracture, ont'amenédes complications particulières. En effet, une esquille assez volumineuse, détachée du fragment inférieur du péroné et dirigée en avant, de manière à se placer perpendiculairement à l'axe du membre, est venue soulever l'artère et exercer sur elle d'arrière en avant une certaine compression. A ce niveau la paroi vasculaire est rugueuse et rendue inégale par la présence de petites plaques d'athérome saillantes vers l'intérieur du vaisseau. Or, tandis que le bout périphérique est complètement vide, le bout cardiaque est obstrué par deux caillots séparés et de date différente. Le plus rapproché du point où l'artère était infléchie sur l'esquille est long de 5 à 6 millimètres, adhérent, fibrineux et déjà un peu décoloré; il semble remonter à 4 ou 5 jours environ; à ce niveau la paroi artérielle est visiblement ramollie; quelques millimètres plus haut se voit un second caillot, à peu près aussi volumineux, mais d'un rouge brun assez foncé, beaucoup moins adhérent et certainement moins ancien.
Il était donc manifeste que l'artère tibiale antérieure avait été oblitérée par une thrombose développée au niveau d'une inflexion du vaisseau soulevé par une esquille osseuse ; à cette condition déterminante était venue s'ajouter l'altération de la paroi artérielle, c'està-dire l'athéromasie antérieure. Ce résultat de l'autopsie était d'ailleurs en rapport avec l'observation clinique, montrant que le sphacèle avait débuté à la face dorsale du pied, dans le territoire dépendant directement de l'artère tibiale oblitérée. On conçoit en outre que l'arrêt du cours du sang dans l'artère tibiale antérieure n'ait pas été
compensé par une activité plus grande de la circulation collatérale, en raison de la participation de toutes lesartérioles à la dégénérescence athéromateuse.
Dans de pareilles conditions, une circulation supplémentaire ne pouvait pas s'établir d'une manière suffisante pour s'opposer à la mortification des tissus.
Tumeur fibro-colloïde du creux poplité. Ablation. — Pansement à la ouate. — Mort l.
Doré (Marguerite) trente-quatre ans, salle Sainte-Jeanne, n° 32, est opérée le 29 juin 1874 d'une tumeur volumineuse du creux poplité, datant de quatre mois et ulcérée depuis six semaines environ.
La production d'une grande quantité de pus infect amena peu à peu des signes d'infection putride avec perte d'appétit, peau chaude, sueurs profuses, pouls fréquent, etc. A ces causes d'affaiblissement vinrent se joindre coup sur coup deux hémorragies copieuses; l'état de la malade était donc très mauvais au moment de l'opération. L'ablation de la tumeur, faite au bistouri, donna lieu à une plaie ovalaire, à grand diamètre vertical de 24 centimètres et à petit diamètre transversal de 10 centimètres. Le pansement consista en une triple couche d'ouate recouvrant tout le membre et fixée au moyen d'une bande méthodiquement roulée. Au moment de l'opération, la malade avait 39°, 2 de température.
Le 30, pouls 110, temp. 37°, 2, peau fraîche, quoique pâle, pas de céphalalgie, langue belle; léger appétit. Un peu de sérosité fétide s'est écoulée par la partie inférieure du bandage.
1er juillet. Peau chaude, sueurs profuses ; frisson à 5 heures du matin ; langue blanche ; pas de nausée ; œdème de la jambe et du pied. La sérosité a traversé la ouate et la bande à la partie supérieure de la plaie, et, en bas, s'est glissée entre la ouate et la peau; soif vive, pas d'appétit, pas de diarrhée; température 40°, 6, pouls, 140. Nouvelle couche d'ouate. Le soir à huit heures, frisson de trois quarts d'heure, suivi d'abondantes sueurs profuses.
Le 2, même état général, lèvres fuligineuses, soif vive, sueurs profuses, congestion de la face ; l'ouate n'est pas traversée. A quatre heures de l'après-midi, violent frisson.
Le 3, même état local et général; violent frisson à quatre heures.
1. Thèse de Lasalle, Paris, 1871, p. 38. — Observation eilée déjà à la page 203.
Le 4, affaiblissement progressif; le gonflement de la jambe et du pied persiste. Plaie indolente, frisson vers le soir.
Le 5, coma; pâleur de la face, lèvres et dents fuligineuses. Mort dans la journée.
Autopsie, le 6. — La plaie de l'opération est rose, granuleuse, à bords nets. Peu de pus à la surface.
Epanchement séreux dans les deux plèvres. Infarctus suppures dans les deux poumons. Foie un peu gras; pas d'abcès. Rate normale. Rein droit sain; dans le rein gauche, petits abcès métastatiques de la grosseur d'un pois.
La veine poplitée et quelques veines musculaires sont remplies d'un liquide puriforme. Caillot récent dans la veine fémorale à sa partie supérieure. L'articulation du genou est saine.
La mort ne doit être mise sur le compte ni de l'opération ni du pansement, mais du mauvais état général au moment de l'opération. En effet tout porte à croire que la pyolïémie existait déjà le 29, car, la malade n'ayant survécu que 6 jours, nous trouvâmes à l'autopsie les lésions d'une infection purulente assez ancienne déjà.
Apparition des leucocytes dans les plaies récentes et établissement de la suppuration sans fièvre traumatique i.
Observation I. — P... (Etienne-Joseph), quarante-huit ans, salle Saint-Augustin, n° 18. Épithélioma de la glande parotide gauche, datant de dix ans, ulcérée seulement depuis cinq mois environ. Le malade dit avoir perdu beaucoup de pus depuis l'ouverture de cette tumeur.
Opération le 14 février 1872.
Dans cette région, l'emploi du bistouri pouvant occasionner des hémorragies considérables, M. Verneuil le rejeta complètement et se servit exclusivement de l'écraseur linéaire, du galvano-cautère et des cautères ordinaires. Commençant par circonscrire la tumeur par une incision avec le galvano-cautère, le chirurgien éteignit successivement plusieurs cautères ordinaires sur les endroits qui donnaient un peu de sang. L'incision galvano-caustique circulaire avait environ
1. Observations recueillies dans mes salles de Lariboisièrc, en 1872, par M. Lebel, et extraites de sa thèse intitulée : Essai sur le moment où s'établit la suppuration dans les plaies exposées; Paris, 1874.
de dix à douze millimètres de profondeur; à l'aide d'une sonde cannelée, l'opérateur passa sous la partie médiane de la tumeur une chaîne d'écraseur en continuant à énucléer la partie supérieure; ayant ensuite dégagé l'oreille, il passa une seconde chaîne, afin de détacher la partie inférieure. L'opération fut alors continuée sans difficulté. Au bout d'environ vingt minutes, la tumeur était complètement enlevée ; le malade avait perdu environ deux cents grammes de sang. Quelques artérioles furent liées. Le maxillaire inférieur était complètement dénudé et l'on voyait battre la carotide externe à la surface de la plaie.
Il ne restait plus une seule parcelle de la glande parotide.
Comme l'appareil ouaté eût été d'une application assez difficile dans cette région, on recouvrit simplement la plaie d'un léger gâteau de charpie sur lequel on pulvérisa plusieurs fois dans la journée une solution aqueuse d'acide phénique au centième.
Le lendemain 15, vingt-deux heures après l'opération, le pouls marquait 75 et. la température 36,°7.
On examina alors le liquide qui se trouvait à la surface de la pîaie, et le microscope permit d'y constater des quantités considérables de leucocytes.
Le 16, le pouls donnait 74 et la température 36,°7.
Le 17, le pouls n'était plus que de 72 pulsations, et la température était à 37°, 3.
Fièvre tramnatique nulle.
Depuis ce moment, le thermomètre ne s'éleva pas d'un demidegré au-dessus de la température normale, et le travail de réparation s'opéra dans les meilleures conditions; on continua simplement l'emploi de la solution phéniquée pulvérisée sur la plaie plusieurs fois dans le courant de la journée. Fait remarquable et très rare, le nerf facial avait été complètement enlevé, puisque le maxillaire était entièrement dénudé, et cependant le malade fermait presque complètement l'œil de ce côté en regardant en haut et en dedans.
Cette observation démontre : l'établissement rapide de la suppuration (formation des leucocytes au bout de vingt et quelques heures) et l'absence complète de toute fièvre tramnatique, malgré une plaie très anfractueuse et très large (diamètre de 12 centimètres environ).
Observation II. — D... (Antoine), garçon marchand de vins, trente ans, salle Saint-Louis, n° 1. Mordu par. un chien à la paupière inférieure droite, le 24 décembre 1871, il se présenta le soir même à l'hôpital, et l'interne de garde pratiqua deux petites sutures sur les plaies, qui se cicatrisèrent promptement. Le malade sortit guéri le
5 janvier, mais pour y rentrer bientôt après, c'est-à-dire le 16du même mois. Une petite tumeur s'était formée à la partie interne de la paupière, où les sutures avaient été pratiquées.
La paupière était comme dédoublée; M. Verneuil pensa que cette tumeur était constituée par une partie du cartilage tarse et des glandes de Meïbomius hypertrophiées, diagnostic que l'examen ultérieur confirma complètement.
Opération le 21 février. La lumeur, qui avait environ le volume d'un petit pois, fut saisie avec un ténaculum- et enlevée sans peine au moyen de deux ou trois coups de ciseaux. Pansement à l'eau froide.
Le lendemain, vingt heures après l'opération, on recueillit, au moyen d'un stylet, un peu de liquide à la surface de la plaie et on l'examina au microscope ; on y trouva une quantité considérable de leucocytes et presque pas de globules rouges. Le malade avait le pouls normal et pas d'élévation de température : il sortit guéri quinze jours environ après l'opération.
Je tirerai de cette observation des conclusions analogues à celles de la précédente : formation rapide des leucocytes et absence complète de fièvre traumatique; cette dernière est toute naturelle, vu l'exiguïté du traumatisme.
Observation III. — L... (Aglaé), quarante-trois ans, cuisinière, entra à l'hôpital, salle Saint-Jean n° 4, le 2 mars 1872, dans un état complet d'ivresse ; elle fut admise d'urgence à trois heures pour des coups de couteau qu'elle venait de recevoir au bras droit et à la main droite.
Plaies peu graves, du reste, sur lesquelles on appliqua quelques compresses imbibées d'eau fraîche.
Le lendemain 3, à dix heures du matin, vingt heures après l'accident, on fut obligé de gratter les plaies presque sèches, afin de pouvoir examiner les matières au microscope; on trouva une grande quantité de leucocytes. Pouls normal, température ordinaire.
Obsebvation IV. — D... (Adolphe), chauffeur, entra à l'hôpital, salle Saint-Louis n° 25, le 3 mars 1872 à six heures du matin, ayant été renversé sur la voie par sa machine et blessé à l'nidex de la main droite. Immédiatement, l'interne de service lui fit le pansement ouaté classique.
Le lendemain 4, vingt heures après l'accident, on leva le pansement et on examina les liquides de la plaie, du reste très vermeille. On ne trouva que quelques leucocytes disséminés et pas en plus grand nombre que ceux que l'on rencontre normalement dans le
sang. Sur l'autre main, une petite plaie, datant de la même heure et négligée à cause de son exiguïté, était restée exposée à l'air ; un peu de liquide de cette plaie, examiné au microscope, renfermait un grand nombre de leucocytes.
Dans cette observation, le pansement ouaté de l'index semble avoir exercé une grande influence sur la production tardive des leucocytes. Observation V.— D..., trente-cinq ans, menuisier, blessé légèrement à la main droite par une fraise, vint à l'hôpital seulement pour se faire panser. Environ seize heures après l'accident, on examina le liquide de la plaie au microscope et on trouva une quantité considérable de leucocytes.
Observation VI. — T... (Jean-Baptiste), cinquante-six ans, journalier, entra à l'hôpital, salle Saint-Louis, n° 24, le 5 mars 1872, pour un épithélioma de l'angle droit du maxillaire inférieur, et fut opéré huit jours après son entrée.
Six mois auparavant, ce malade ?vait été opéré pour un cancroïde de la lèvre inférieure du même côté et datant de dix-huit mois.
Le 13, résection de la partie de l'os à laquelle la tumeur était adhérente, au moyen du perforateur et de la pince de Liston. Le chirurgien conserva l'arcade alvéolaire et enleva seulement le bord inférieur du maxillaire, en respectant avec le plus grand soin la cavité buccale, qu'il n'ouvrit pas. Il fut obligé de lier la faciale, qui donnait beaucoup de sang.
Le lendemain 14, à dix heures du matin, vingt-quatre heures après l'opération, le pouls marquait 85 et le température 38°, 3.
L'examen microscopique du liquide de la plaie permit de constater une quantité considérable de leucocytes. Comme pansement, on appliqua simplement un léger gâteau de charpie, sur lequel on pulvérisa de temps en temps une solution phéniquée au centième.
Fièvre traumatique insignifiante. La cicatrisation marcha rapidement et un mois après le malade sortit guéri.
Observation VII. — M... (Pierre), soixante-six ans, journalier, entra à l'hôpital le 26 mars 1872, salle Saint-Augustin, n° 15. Épithélioma siégeant sur le maxillaire inférieur (côté droit), état général excellent; opération à l'aide du galvano-cautère le 3 avril, à onze heures. Le chirurgien fit la résection de la moitié du maxillaire, n'ouvrant la cavité buccale qu'au dernier moment pour couper la muqueuse gengivale, afin de pouvoir terminer l'opération en arrachant le maxillaire par un mouvement de torsion (Maisonneuve).
Le malade perdit très peu de sang et on ne fut pas obligé de lier de gros vaisseaux.
Le lendemain matin, à neuf heures, vingt-deux heures aprèsl'opé. ration, on examina au microscope le liquide de la plaie, dans lequel on trouva une quantité considérable de leucocytes. Pour pansement, léger gâteau de charpie sur.lequel on pulvérisade temps à autre une solution phéniquée au centième. Pas d'élévation de température ; peu ou pas de fièvre traumatique. Le malade sortit guéri au bout de six semaines.
Observation VIII. — N... (Albert), trente-six ans, employé, entra à l'hôpital, salle Saint-Augustin, n° 22, le 21 mars 1872 et fut opéré le 3 avril à dix heures du malin, d'un sarcocèle du côté gauche, datant de deux ans et demi.
Castration au bistouri. Pansement à l'eau phéniquée. Le lendemain 4, à neuf heures du matin, vingt-trois heuresaprès l'opération, on examina les liquides pris dans différentes parties de la plaie. Le microscope y fit découvrir une très grande quantité de leucocytes.
Fièvre traumatique très légère; le malade sortit guéri un mois après l'opération.
Observation IX. — - S... (Alphonse), trente-cinq ans, entra à l'hôpital le 22 avril 1872, salle Saint-Louis, n° 19 bis.
Chute dans un escalier, d'une hauteur d'environ deux mètres, plaies de la face et de l'arcade sourcilière. L'accident était arrivé la veille à cinq heures et demie du soir, et seize heures environ après l'accident on examina les liquides de la plaie; le microscope y décela une grande quantité de leucocytes.
Comme pansement, compresses imbibées d'eau fraîches ; absence de fièvre traumatique. Ce malade jouissait d'unebonne santé et sortit guéri quelques jours après.
Observation X. — L... (Julie), quarante-sept ans, journalière, entra à l'hôpital le 26 avril 1872, salle Sainte-Jeanne, n° 11.
Adénome des glandes sudoripares, développé dans un nœvus maternus siégeant sur la joue droite.
Le lor mai, opération au bistouri, sans ouvrir la cavité buccale. Deux ou trois ligatures sans importance furent pratiquées. Plaie ayant environ cinq centimètres de largeur et un centimètre de profondeur.
Pansement avec un morceau de tarlatane, sur lequel on plaça un gâteau de charpie imprégnée d'eau phéniquée.
Le lendemain, à dix heures du matin, vingt-quatre heures après l'opération, on examina au microscope le liquide de la plaie et on y trouva une grande quantité de leucocytes.
La malade était dans les meilleures conditions possibles.
La température, deux heures après l'opération, était à 37°, 4, et le pouls marquait 84.
Le lendemain, la température s'élevait à38° et le pouls à 86; fièvre traumatique très légère.
La malade sortit guérie trois semaines après l'opération.
Observation XL — V... (Mathieu), quarante-six ans, entré salle Saint-Louis, n° 25, pour une hématocèle du côté droit datant de douze ans. Petit homme d'un aspect malingre, cachectique tellement prononcé, que M. Verneuil hésita d'abord à l'opérer.
Castration le 8 mai 1872 à 10 heures du matin. Dans la crainte d'une hémorrhagïe, on eut recours au galvano-cautère.
Ce procédé, beaucoup plus lent que le bistouri, donna néanmoins presque autant de sang.
Le lendemain à neuf heures du matin, vingt-trois heures après l'opération, on examina microscopiquement le liquide de la plaie et l'on y constata une quantité très considérable de leucocytes. Pansement avec de la charpie imbibée d'eau phéniquée.
Observation XII. — C... (Adolphe), trente et un ans, employé, entra à l'hôpital, salle Saint-Louis, n° 15, le 8 avril, pour un sarcocèle du côté droit datant du commencement de l'année, et fut opéré le 8 mai, à onze heures du matin. Homme très robuste et jouissant d'unebonnesanté.Castrationaubistouri. Lelendemain à neuf heures, vingt- deux heures après l'opération, on examina au microscope le liquide de la plaie et on y constata une grande quantité de leucocytes.
Pansement avec de la charpie imprégnée d'eau phéniquée. Fièvre traumatique insignifiante.
Observation XIII. — D... (Joseph), quarante-quatre ans, contremaître menuisier. Cet homme, d'un tempérament sanguin, très robuste et jouissant d'une bonne santé, se fit, le 21 mai, à neuf heures et demi du matin, une entaille très profonde dans l'éminence thénar droite; il se présenta immédiatement à la consultation, et M. Bourdon, interne de service, lia une artère qui donnait un peu de sang. Traitement par l'irrigation continue d'eau froide. Le lendemain à dix heures du matin, vingt-trois heures après l'accident, on examina le liquide de la plaie et on n'y trouva pas plusde leucocytes que dans le sang; cette absence de leucocytes était probablement due à l'irrigation continue pratiquée depuis la veille: la plaie était presque fermée, Le surlendemain, les leucocytes y étaient en plus grande quantité.
Pouls normal, température ordinaire, pas de fièvre traumatique. Le malade sortit cinq jours après en bonne voie de guérison.
remarques génërales. — Les treize cas relatés ci-dessus démontrent clairement, à mon avis, surtout les observations IV et XIII, que le pansement ouaté et l'irrigation continue retardent l'apparition des leucocytes. En outre, si l'on examine les liquides des plaies traitées par les pansements ordinaires, tels que charpie sèche, charpie alcoolisée ou imprégnée de solution phéniquée, seize, dix-huit ou vingt-quatre heures après le traumatisme, on trouve alors peu ou pas de globules rouges de sang, et on ne voit pour ainsi dire au microscope que des leucocytes parfaitement conformés.
Les leucocytes se produisent abondamment dans les plaies, sans fièvre ou élévation de température appréciable.
Les leucocytes, comme M. Robin le démontre péremptoirement, apparaissent en assez grande quantité très peu de temps après le traumatisme ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'on en rencontre des quantités considérables seize ou vingt heures après.
Conclusions. 1° — La suppuration apparaît presque immédiatement après le traumatisme, aussitôt l'hémostase terminée.
2° — L'établissement de la suppuration n'influe en rien sur la production de la fièvre traumatique.
3° — L'apparition du pus est retardée d'une façon constante par l'appareil ouaté.
4° — L'irrigation continue semble retarder l'apparition du pus, peut-être parce que les matériaux septiques sont en partie éliminés.
5° — Les topiques qui retardent la suppuration favorisent l'établissement de la barrière néoplasique.