Voy. Thèse de Longuet, Paris, 1877, p
se limite d'elle-même à la base du lambeau, et le reste de la plaie ne présente ni inflammation ni douleur.
Dix jours plus tard le lambeau mortifié se détaclie et la plaie commence à bourgeonner. La cicatrisation s'effectue lentement, il est vrai, mais de la façon la plus naturelle.
Déjà après l'ablation du premier appareil, j'avais jugé fort grave cette large plaie communiquant avec les espaces conjonctifs de la région postérieure delà cuisse et dont les parois étaient infiltrées de sang. Le lendemain mes craintes redoublèrent quand je vis la gangrène se mettre de la partie. Nous crûmes tous le malade perdu, et en vérité je ne crois pas qu'on eût pu le sauver par les anciens moyens. Le pansement antiseptique ouvert seul pouvait faire ce miracle, et non seulement il y parvint, mais dès les premiers jours de son applicacation simplifia tellement l'état local et l'état général, que bientôt nous n'eûmes plus la moindre inquiétude sur le sort de notre opéré.
DU LIEU OU IL CONVIENT DE PRATIQUER LES AMPUTATIONS SE- CONDAIRES ET LES AMPUTATIONS SUCCESSIVES APRÈS LES AN- CIENNES FRACTURES PAR ARMES A FEU1. — DE l'oSTÉOMYÉ- LITE GÉNÉRALISÉE.
Les trois articles de journal qui constituent le présent travail, écrits à main levée après les séances de l'Académie, présentent la forme un peu trop familière de ce genre de littérature 2 ; aussi ai-je hésité à les reproduire. Toutefois la discussion sur l'ostéomyélite m'a semblé pouvoir être conservée; elle montre en effet le rôle considérable qu'on faisait jouer, il y a vingt ans, à une lésion sérieuse sans doute, mais qui, en somme, n'était qu'une partie de ce tout funeste qui entraînait la mort d'un si grand nombre d'amputés.
Aujourd'hui nous ne nous effrayons guère de trouver dans le canal médullaire une moelle plus ou moins injectée, vasculaire, et ce n'est plus cette considération qui nous ferait préférer les désarticulations aux amputations dans la continuité.
1. Les termes d'amputations secondaires et d'amputations consécutives sont considérés comme à peu près synonymes. M. Larrey voudrait avec raison qu'on distinguât les cas où le membre est opéré pour la première fois par section ou résection, de ceux dans lesquels, les résultats de la première opération n'ayant pas procuré la guérison, on se voit forcé d'avoir recours à une seconde amputation plus près du tronc. L'épithète de consécutive indiquerait l'époque de l'opération, et si, après avoir déjà coupé ou réséqué, on faisait une seconde amputation, celle-ci serait dite secondaire. Je préférerais la dénommer successive, parce qu'il est toujours difficile de faire cesser la confusion des mots quand elle a passé dans l'usage. Mieux vaut, pour un fait spécial, avoir un terme spécial.
Il est bien entendu qu'une amputation successive est toujours secondaire quant à l'époque du premier accident, et consécutive à une première opération, amputation, désarticulation ou résection.
2. Gaz. hebd. de méd. et de chir, mai 1860, p. 289, 306, 321.
Si le parallèle tant de fois tracé déjà entre ces deux modes de mutilation devait être repris à nouveau, ce serait sur de tout autres bases qu'il faudrait placer la discussion. [A. Y. 1879.]
L'Académie de médecine, depuis assez longtemps plongée dans le sommeil en ce qui concerne la chirurgie, vient d'en être tirée par un des chirurgiens de province les plus actifs, les plus instruits,. M. Jules Roux, chirurgien en chef de la marine à Toulon.
Il a réveillé la vieille querelle non vidée du lieu d'élection dans les amputations secondaires, et remis en présence les amputations dans la continuité et les désarticulations.
Les lésions qui ont nécessité le sacrifice des membres provenaient d'anciennes blessures par armes de guerre, et les opérations avaient été pratiquées sur nos soldats revenant blessés d'Italie. C'est pourquoi les chirurgiens d'armée les plus autorisés, MM. Larrey et Legouest, ont relevé le gant jeté par leur confrère de la marine, et le débat s'est engagé.
La plupart des chirurgiens de Paris actuellement vivants, sans avoir été à la guerre, ont pu acquérir une certaine expérience sur les plaies d'armes à feu avec fracas des os. Sans doute ils interviendront. On peut d'ailleurs rapprocher de ces lésions à cause exclusive,, les fractures compliquées, si fréquentes dans nos hôpitaux, et qui, à défaut de similitude complète, offrent au moins une grande analogie avec les premières, parce qu'elles nécessitent parfois l'amputation secondaire. Enfin, les chirurgiens civils ont tous pratiqué des amputations successives très comparables à celles qu'a pu exécuter M. J. Roux, la cause de la première mutilation ayant alors perdu son influence spéciale.
En étendant un peu le cercle sans le déformer, chacun pourrait dire son opinion, ce qui ne serait pas un mal.
La discussion pendante présente un vice radical. Forcé de restreindre son travail aux proportions d'une lecture académique, M. J. Roux n'a pu indiquer que les points culminants sur lesquels il base ses conclusions, et les lacunes qu'on pourrait lui reprocher aujourd'hui n'existent ni dans son manus-crit complet ni dans les observations qui confirment ses doctrines. Toujours est-il que la salutaire coutume s'étant établie de ne juger les procès scientifiques que sur pièces, faute de celles-ci, le verdict peut être erroné ou injuste. Nous ferons cependant de notre mieux; nous avons d'ailleurs eu la bonne fortune de passer plus d'une heure avec l'auteur,
il a eu l'obligeance de nous montrer ses dessins et ses pièces analomiques, il a bien voulu répondre à nos objections, et si nous ne lui donnons pas raison entière sur tous les points, au moins conviendrons-nous volontiers, qu'après examen, nous avons trouvé beaucoup moins singulières qu'à première lecture les propositions doctrinales qui résument son travail.
J'invite les lecteurs à relire le mémoire de M. J. Roux1, la lettre que M. Legouest a adressée à l'Académie, et le discours très bien pensé que M. Larrey a prononcé. Maintenant, sans suivre la discussion pas à pas, nous allons poser la question à notre manière, et pour chercher à la résoudre autant qu'elle le puisse être, nous prendrons les arguments partout où ils nous sembleront solides.
Soit la fracture d'un membre par une balle. Le blessé échappe aux accidents primitifs : hémorrhagie, inflammation phlegmoneuse, suppuralionabondante, mais la guérison ne s'achève pas. Le membre est tuméfié, sillonné de fistules et de clapiers entretenus par l'ostéite, la carie, la nécrose; l'état général est plus ou moins altéré, et l'on craint, dans un temps plus ou moins éloigné, une issue funeste. L'amputation est indiquée, où faudra-t-il la pratiquer?
Telle est la question à laquelle la discussion académique doit répondre. En la circonscrivant ainsi, on la simplifie, car on évite d'y mêler les amputations immédiates et les amputations primitives, puis les arguments pour ou contre la conservation imprudente ou le sacrifice prématuré du membre, enfin on se met sur le terrain même du demandant, dont tous les malades, ayant précisément couru les chances de la conservation et échappé aux accidents primitifs, étaient blessés depuis deux mois en moyenne, lorsque le problème de l'amputation a été de nouveau posé pour eux.
A cette demande : où faut-il amputer? la chirurgie classique répond d'une manière vague (je ne dis pas erronée) qu'il faut faire la section à un endroit quelconque, à la condition d'enlever toutes les parties malades et de s'éloigner cependant le plus possible du tronc.
M. Jules Roux dit au contraire: Amputez, comme règle, clans l'articulation supérieure de l'os blessé, de manière à retrancher cet os en totalité, quand bien même la lésion porterait dans son tiers moyen et même au-dessous, et que l'état des parties molles dans le tiers supérieur permettrait de songer à une section proche de Vépiphyse supérieure.
Yoici un premier sujet de dissidence : il faut en accepter lea