RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS DE M. GELLÉ
1° Dans la syphilis héréditaire, on peut observer :
a. Chez les nouveau-nés, deux ordres de lésions : des décollements épiphysaires et des fractures soit juxta-épiphysaires, soit au milieu même de la diaphyse, lésions qui donnent lieu à des pseudo-paralysies ;
b. Chez des enfants plus âgés, des fractures qui évoluent et se
consolident sans traitement spécifique, comme des fractures chez des individus sains, bien que dans certains cas l'enfant ait présenté quelque temps après des lésions spécifiques (gommes). 2° La syphilis acquise, presque toujours dans sa période tertiaire :
a. Constitue une cause prédisposante aux fractures, cause qui apparaît des plus nettes dans nombre de fractures spontanées, soit que la syphilis ait engendré une altération générale du système osseux, comme paraissent le démontrer quelques rares observations, soit qu'elle ait déterminé une lésion locale qui a diminué en ce point la résistance de l'os ;
b. Retarde, dans un certain nombre de cas, la consolidation des fractures; quelquefois est une cause de pseudarthrôse, bien que, dans la majorité des cas, la fracture se consolide à la suite d'un traitement approprié;
c. Peut causer l'ulcération spécifique de la plaie en voie de cicatrisation en cas de fracture compliquée;
d. Dans quelques cas, se manifeste au niveau de cicatrices, de cals, qui constituent unlocus minoris resistentiœ.
Conclusions. La syphilis semble donc avoir un rôle nettement établi dans la genèse et l'évolution des fractures; elle parait pouvoir se manifester tardivement au niveau d'une fracture ancienne; aussi, dans tous les cas où l'on observera soit une fracture qui ne parait pas en rapport avec l'intensité du traumatisme, soit un retard ou un manque dans la consolidation, on devra songer à la syphilis, la rechercher, la traiter, en même temps qu'on mettra en œuvre les autres moyens dont on dispose pour amener la consolidation.
[Les citations qui précèdent montrent suffisamment les progrès faits depuis quelques années, et surtout depuis la thèse de M. L.-H. Petit, sur une question encore si obscure et si controversée il y a vingt ans. Aujourd'hui l'accord est bien près de se faire entre les observateurs, et les sceptiques deviennent bien rares. — A. V. 1887.]