‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 108 sur 192 · DES ULCERATIONS SYPHILITIQUES DES MEMBRES INFÉRIEURS · texte numérisé non relu

DES ULCERATIONS SYPHILITIQUES DES MEMBRES INFÉRIEURS

J'ai observé deux variétés curieuses d'ulcères des membres inférieurs d'origine syphilitique, l'une accompagnant presque toujours les varices, l'autre en étant le plus souvent indépendante.

J'avais remarqué depuis longtemps que les ulcérations syphilitiques de cette région étaient beaucoup plus graves chez les individus affectés de varices. Lorsque je fis mention de ce fait en 1874 à la Société anatomique1, je considérais les varices comme créant un lieu de moindre résistance, sur lequel la syphilis se localisait de préférence et avec plus de ténacité que sur le reste du membre.

Un de mes élèves, M. le D. Lorimy, dans sa thèse inaugurale2, sembla vouloir reprendre question ; mais bien qu'il eût, dans le cadre de son travail, réservé une place aux ulcères syphilo-variqueux, il oublia de les décrire dans la suite.

La thèse plus récente de M. Gauvin n'est pas plus explicite3. La question fut reprise depuis lors par deux de mes meilleurs élèves, M. Nepveu (1884), dont je reproduirai la note plus loin, et M. A.Broca, dont j'analyserai l'importante thèse (1886).

La seconde variété d'ulcère de jambe à laquelle je faisais allusion a été désignée par moi en 1877 sous le nom à'ulcus elevatum tertiaire. Outre la note que j'ai publiée sur ce sujet et que je vais reproduire, on trouvera encore un fait du même genre dans la thèse plus récente de M. Mirpied (1882), fait que nous avons inséré in extenso dans la note de M. Nepveu, au lieu du simple résumé qui en était donné.

1. Verneuil, Bull, de la Société anatomique, novembre 1871, p. 775.

2. Lorimy. Des ulcères et en particulier des ulcères syphilitiques siégeant aux membres inférieurs. Th. de doct. Paris, 1876.

3. Gauvin, Etude sur Vétiologie des ulcères de la jambe. Th. de Paris, 1883.

NOTE SUR L'ULCUS ELEVATUM TERTIAIRE1.

Chacun sait que la syphilis a le pouvoir de détruire etd'hypertrophier nos tissus, de procéder par ulcération et par prolifération, et d'engendrer enfin soit des pertes de substance, soit des tumeurs.

Ce double travail peut s'effectuer en un même point : on voit tous les jours à l'hyperplasie succéder la destruction, et réciproquement. Dans ce dernier cas, sur lequel je veux aujourd'hui rappeler l'attention, la perte de substance est successivement comblée, puis remplacée par des produits de nouvelle formation. Le fait est bien connu pour l'accident primitif. La métamorphose en plaque muqueuse du chancre, et surtout de l'érosion chancreuse, est chose vulgaire. La lésion qui en résulte a même reçu le nom d'ulcus elevatum, que tous les nosographes ont accepté. Semblable transformation n'est pas rare pour les syphilides ulcéreuses, comme il m'a été donné d'en voir récemment un bel exemple, à l'hôpital de la Charité, chez un cachectique dont les quatre membres étaient couverts de rupia à tous les degrés ; en plusieurs points, à la place des croûtes et des ulcérations, s'élevaient des tumeurs fongueuses d'un rouge livide, saignant au moindre contact, débordant de plusieurs millimètres le pourtour de la perforation cutanée.

Enfin, j'ai vu assez souvent lakéloïde syphilitique, pour m'étonne r qu'elle ait été longtemps contestée.

Je viens de rencontrer dans cet ordre de faits deux cas remarquables que je crois bon de faire connaître, car jusqu'à ce jour je n'ai rien observé de semblable.

Le premier cas avait laissé dans mon esprit quelques doutes que le second a complètement dissipés.

Obs. I. — Un homme de cinquante ans environ entre dans mon service au printemps de 1876, pour une singulière affection de la jambe droite. Le mal, disait-il, remontait à plus d'une année, mais s'était aggravé particulièrement depuisquelquesmois. Il avait débuté par des ulcérations circonscrites peu étendues et peu profondes qui s'étaient réunies et avaient formé une vaste plaie occupant la partie antérieure et inférieure de la jambe. Peu à peu cet ulcère, qui

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