Funk, Med. Times and Gaz., p
HYBRIDITÊ CANCÉRO-SYPHILITIQUE. 683
En somme, à part quelques exceptions, l'opinion presque unanime des auteurs est que, quand le cancer apparaît chez un sujet déjà infecté par la syphilis, il n'est pas rare qu'il se montre dans les points où celle-ci a porté son action. Donc, à côté des irritations mécaniques, dont l'influence sur la production du cancer a été bien mise en relief par Broca, Virchow, Billroth, Leclerc, il faut placer les irritations morbides, et, parmi ces dernières, les manifestations prolongées de la syphilis, qui crée des loci minoris resistentiœ, sur lesquels la diathèse cancéreuse latente aura un jour ou l'autre tendance à se localiser. Dès lors, rien d'étonnant de voirie cancer de la cavité buccale chez les syphilitiques, cette région étant un siège de prédilection pour les accidents secondaires et tertiaires.
Ces données reconnues vraies, on s'en tint là pendant quelque temps, moins avancé sur ce point que sur d'autres combinaisons de maladies constitutionnelles, par exemple l'association de la syphilis et de la scrofule, état mixte que Ricord et Lebert avaient si nettement caractérisé. Pourtant il serait injuste de ne pas mentionner le nom d'Yvaren, qui, dès 1854, avait entrevu la combinaison syphilo-cancéreuse. Après avoir rappelé que les manifestations syphilitiques sur la verge peuvent devenir la cause occasionnelle de la diathèse cancéreuse jusque-là inactive, il ajoute : « Je me demande quelle serait, dans ces cas mixtes, dans ces dégénérescences hybrides, l'action des mercuriaux, des iodiques et autres spécifiques qu'on emploie contre la vérole? Irais-je trop loin dans le champ des hypothèses en pensant que, par le mélange des deux principes qui constituent le cancer et la vérole, la diathèse cancéreuse, au contact avec le virus vénérien, serait dépouillée en partie de son incurabilité, et deviendrait accessible aux agents qui triomphent de la syphilis? Les faits pratiques manquant, ces idées théoriques restent encore à l'état de conjecture. »
On voit qu'Yvaren avait songé à cette hybridité pathologique, et nous montrerons que les faits que nous avons recueillis, s'ils ne réalisent pas entièrement son hypothèse, lui donnent pourtant quelque peu raison. La question d'Yvaren resta sans réponse pendant vingt ans.
Aussi Paget1 en 1877, tout en recommandant l'étude attentive des formes mixtes des maladies constitutionnelles, était-il encore en droit de faire la remarque suivante : « Certaines maladies constitutionnelles paraissent très rarement marcher en même temps. 11 en est ainsi pour le cancer et la syphilis, même lorsque le cancer