Héraud, Du syphilome bucco-lingual. Th. de Paris
HYBRIDITÉ CANCÉRO-SYPHILITIQUE. 697
forme cancéro-scléreuse. — Indolence complète. — Traitement mixte faovrable1 ,
N. . ., 48 ans, bien bâti, un peu pâle. Anémique dans sa jeunesse. En 1851, gonorrhée; en 1857, ulcères durs du frein, traités localement; le malade ne suit aucun régime; pilules de proto-iodure prises sans succès. Les ulcérations durent trois mois, un exanthème se montre sur tout le corps ; on le fait disparaître par la décoction de Zittman. En hiver 1858, condylomes de l'anus et des commissures labiales, qui s'améliorent sous l'influence de l'iodure de potassium.
Pendant cinq ans, aucun accident. En 1864, première manifestation sur la langue, qui prend un aspect tomenteux et augmente légèrement de volume. Sur les bords de l'organe, petites ulcérations douloureuses au moment des repas, et condylomes plats aux commissures des lèvres.
En 1866, eaux sulfureuses; deux cures à Kissingen pour congestion hépatique. Durant ce temps l'affection linguale s'améliore un peu, mais sans disparaître. La langue reste enflée et, de temps à autre, les condylomes labiaux reparaissent. En 1879, douleurs vives dans la bouche et les oreilles. Insomnies fréquentes.
Etat actuel. — Léger gonflement, de la langue, qui offre çà et là des fissures et un enduit très adhérent, blanc jaunâtre : sur sa face dorsale, on sent plusieurs points durs et sur sa face inférieure on constate l'existence d'une ulcération assez large, à bords calleux, extrêmement sensible au toucher, assez peu apparente et peu accessible à l'exploration, parce que l'organe est presque immobile sur le plancher buccal. Sur les parties latérales du cou, petits ganglions isolés, sensibles à la pression : sur la poitrine et sur le dos, ecthyma. Quoiqu'on pensât actuellement à un carcinome du plancher buccal, on n'abandonne pas le traitement spécifique (frictions mercurielles et Kl).
Au bout de trois semaines, disparition de l'éruption cutanée ; meilleur aspect de la langue, dont la muqueuse a perdu son revêtement tomenteux et son aspect fissuré. La partie gauche de l'organe, qui était çà et là dure, est devenue molle et beaucoup plus mince. Mais la tumeur sublinguale a augmenté de volume et occasionne toujours de la gêne et quelques souffrances. Un prolongement dur, qui s'étend jusqu'à la pointe, augmente la moitié droite de la langue, qui reste fixée au plancher buccal. L'examen microscopique prouve qu'on a affaire à un carcinome épithélial.
1. Langenbeck. Uber Gummigeschwulste (Granulome; syphilome), 1881, p. 265.
698 HYBRIDITÉ CANCÉR0-SYPHILIT1QUE.
Obs. VIII. — Stjphilis antérieure. Épithélioma de la langue consécutif à un ulcère syphilitique. Hybridité à forme cancer'o-scléreuse. Indolence complète1.
Henry C..., 59 ans, fumeur de pipes en terre, porte une ulcération de la face dorsale de la langue, qui, occupant la moitié gauche jusqu'à un tiers de pouce de l'extrémité, est profondément fissurée d'arrière en avant; sur le bord des fissures, les tissus sont soulevés, d'apparence papillaire et couverts d'une sécrétion grise tenace. La surface est insensible : la muqueuse de la partie antérieure de la langue est blanche, irrégulièrement fissurée sur le côté gauche, lisse sur le côté droit. Les papilles circonvoisines sont très hypertrophiées : pas de difficulté de la déglutition, pas d'engorgement ganglionnaire.
Antécédents, — Chancre il y a quarante ans, suivi d'un fort mal de gorge et d'une éruption cutanée. Oncle mort d'une tumeur maligne de la gorge.
Le 27 juin. Ablation avec l'écraseur linéaire des deux tiers de la angue, sans autres accidents qu'une légère hémorrhagie. L'examen microscopique confirme le diagnostic d'épithélioma.
Obs. IX (résumée). — Syphilis antérieure. Epithélioma de la langue. Hybridité à forme cancer o-sclèr eus e. Indolence complète. (Communiquée par M. Fournier.)
L..., 45 ans, entré à l'hôpital Saint-Louis, le 18 octobre 1879.
Chancre il y a quatre ans : à la suite, taches rouges sur la peau; plaques muqueuses buccales; laryngite et angine qui ont toujours persisté.
Il y a sept mois, apparition sur la langue d'un bouton qui, peu à peu, s'est agrandi et a envahi toute la surface de l'organe; le malade consulte d'abord au Midi, où la nature syphilitique de la maladie n'est pas reconnue. Plus tard, consultation à Saint-Louis, où l'on ordonne I'iodure de potassium et des gargarismes chlorates.
A l'entrée, toute la moitié droite de la langue est déchiquetée, à bords gris, séparée de la partie gauche par un grand sillon profond où s'appliquent les dents lorsque la bouche est fermée. Sur l'a face supérieure de cette portion malade, qui est d'une dureté inégale, on trouve un certain nombre de bosselures et sur la face inférieure de nombreuses ulcérations grises. La moitié gauche de