M. Verneuil, le Praticien, n
mercure, inutilement, car rien n'avait pu arrêter le mal dont la marche, avait été rapide. A l'exception d'un certain degré d'induration à son pourtour, l'ulcère ressemblait à une gomme ulcérée avec eschare jaune nankin ; pourtant les parois de larcavité, au lieu d'avoir une certaine tendance à revenir sur elles-mêmes, restaient écartées.
J'avais déjà remarqué cet aspect spécial dans les cas d'épithélioma chez des syphilitiques, et j'avais même observé qu'alors le cancroïde cessait d'être douloureux. Or, c'était bien à un épithélioma que nous avions affaire : mais l'infection syphilitique avait modifié l'aspect ordinaire de la lésion locale. On notait encore la présence de deux ganglions carotidiens assez volumineux.
Un bon diagnostic dans ces cas est fort important, car s'il est indispensable de donner l'iodure de potassium à un syphilitique tertiaire, en revanche ce médicament, produisant des effets déplorables chez les cancéreux, est alors tout à fait contre-indiqué.
Obs. XIII (résumée). — Syphilis antérieure. — Épithélioma de la joue. — Hybridilé à forme cancer o-gommeuse. — Douleurs calmées d'abord par Viodure de potassium*.
Homme, quarante-trois ans, vigoureux, atteint autrefois de manifestations slrumeuses. Il y a six ans, syphilis, très intense à la bouchelangue grosse, fendue, ulcérée, psoriasis buccal. Il y a quatre mois, douleur à la partie profonde de la bouche, qui disparaît par l'iodure de potassium à haute dose. Actuellement, ulcération de la joue droite, présentant l'aspect d'une gomme ulcérée ou d'un épithélioma à marche rapide. Pas de douleurs.
M. Verneuil porte le diagnostic d'épithélioma buccal, modifié dans sa marche et ses caractères de manière à faire croire à une affection syphilitique; le traitement spécifique n'a fait qu'aggraver la maladie.
Ors. XIV. — Syphilis antérieure probable. — Épithélioma de la langue. — Hybridité à forme cancer o-gommeuse. — Douleurs d'oreille rebelles à l'iodure de potassium (personnelle).
M. X..., soixante-huit ans, habitant Vincennes, vient, le 22 juillet 1883, consulter M. Verneuil pour une ulcération située à la face inférieure de la langue.
Les antécédents héréditaires ne fournissent aucun renseignement ; le malade lui-même n'a eu d'autre affection qu'un érysipèle de la
1. Noël. De V hybridité morbide. Th. de Paris, 1878, obs. XXXI.
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face en 1882, et il y a nombre d'années plusieurs hémorrhagies. Il affirme n'avoir pas eu la syphilis, dont on ne voit du reste aucune trace.
L'affection actuelle a débuté, il y a deux mois, sur le bord droit de la langue, à 2 centimètres de la pointe, par une grosseur assez saillante, non ulcérée, qui ayant atteint à un moment le volume d'une aveline, aurait en grande partie disparu sous l'influence de l'iodure de potassium et de gargarismes chlorates. Quelques jours après le début de l'affection, des douleurs continues apparurent au niveau de la langue, s'irradiant aux deux côtés de la face jusque dans les deux oreilles, principalement du côté droit. Les mouvements de la langue furent rapidement entravés ; la mastication devint difficile, la déglutition gênée et la parole embarrassée. Ces troubles persistèrent malgré la diminution de la petite tumeur linguale et se sont accentués depuis un mois, en même temps que se montrait une ulcération à la face inférieure de la langue, à droite du filet.
M. X..., de constitution moyenne, a maigri depuis quelques mois; ses forces ont notablement diminué; son teint est jaunâtre.
Etat aclitel. — Le volume de la langue a un peu augmenté : la face dorsale et le bord gauche n'offrent rien d'anormal ; la pointe est libre, intacte, mais ne peut être sortie de la bouche ni portée à la voûte palatine, à cause de son adhérence au plancher.
En relevant cette pointe, on aperçoit à un centimètre et demi en arrière une ulcération de 2 centimètres de diamètre environ, occupant une grande partie de la face inférieure, toute la moitié droite et la ligne médiane, au niveau de laquelle le frein est détruit. Elle est remarquablement creuse : sa surface est recouverte d'une couche de détritus adhérents jaune nankin, et offre une certaine analogie avec le fond d'une gomme; ses bords sont réguliers, indurés, mais peu saillants, sans être taillés à pic. La portion voisine de l'organe présente une rougeur vineuse, qui repose sur un fond dur; à droite, cette induration se prolonge en arrière dans l'étendue de 3 centimètres sur le plancher.
Le doigt atteint facilement les limites de l'induration, et l'extirpation serait très aisément pratiquée : mais tous les ganglions sousmaxillaires, sus-hyoïdiens des deux côtés et même carotidiens supérieurs du côté droit sont indurés.
L'ulcération est peu douloureuse au loucher et ne saigne jamais; mais M. X... y ressent presque constamment des élancements et des douleurs qui se propagent en arrière jusqu'aux oreilles, où elles
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atteignent leur maximum d'intensité. Ces douleurs dominent la scène et tourmentent le plus le malade, bien que les fonctions de la langue soient assez profondément atteintes. En effet, la mastication est entravée, ce qui ne permet que l'usage des aliments liquides; la déglutition est également difficile et la phonation est gênée par l'immobilité relative de la langue. Il y a exagération de la sécrétion salivaire, à laquelle se mêle du pus ichoreux et fétide.
Traitement : iodure de potassium; gargarisme au chlorate de potasse ; vésicatoire morphine à la tempe.
La maladie fait des progrès rapides : la langue tout entière envahie est convertie en une vaste ulcération excavée, dont les bords très indurés se confondent avec les tissus du plancher de la bouche également atteints. L'engorgement ganglionnaire augmente; des hémorrhagies surviennent bientôt et le malade succombe dans le marasme.
Obs. XV. — Syphilis antérieure. — Épithélioma du voile du palais et de la voûte palatine. — Hybridité à forme cancérogommeuse. — Douleurs calmées par Viodure de potassium (personnelle).
Louis FI..., cinquante-sept ans, entre le 21 février 1883 à la Pitié, service de M. Brouardel.
Aucun renseignement sur la mort des parents. .
Scorbut en 1870; nul souvenir d'avoir contracté la syphilis. Cependant il y a cinq ou six ans, sans cause connue, la jambe droite présente plusieurs ulcérations qui, pansées avec le vin aromatique, disparurent au bout de deux mois, en laissant des cicatrices sur lesquelles nous allons revenir.
État actuel. — Le malade, fort, de constitution robuste, prétend cependant qu'il a perdu de sa vigueur et qu'il a maigri depuis plusieurs semaines. Il porte, depuis une quinzaine de jours, au niveau des dernières molaires supérieures du côté droit, une ulcération gingivale, de la largeur d'une pièce de cinquante centimes, qui n'offre pas nettement les caractères de l'épithélioma; elle est peu profonde, à bords saillants très réguliers; pas d'engorgement ganglionnaire; le seul signe qui plaide en faveur du cancer est une très vive douleur dans le côté droit de la face.
Sur les faces interne et postérieure de la jambe droite, cicatrices, les unes noirâtres, les autres moins colorées, froncées et rétractées à leur centre, ayant toute l'apparence de cicatrices syphilitiques. Sur la face antérieure de la poitrine, cinq ou six taches blanchâtres de