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l'état constitutionnel des blessés
Nous avons déjà fait allusion, à propos du pronostic de la contusion (Voir plus haut, p. 113 à 115) aux résultats immédiats ou éloignés de la contusion chez les enfants, les vieillards, les arthritiques, les syphilitiques, les scrofuleux, el nous avons vu qu'ils variaient non seulement suivant l'état du blessé, mais encore suivant la nature des tissus atteints.
Nous avons depuis cette époque recueilli un certain nombre de faits tendant à confirmer les opinions que nous avions émises dans cet article; nous allons les rapporter ici.
On sait avec quelle facilité le traumatisme éveille les maladies constitutionnelles latentes ou réveille les propathies plus ou moins anciennes; or, de toutes ses formes, la contusion est peut-être celle qui possède au plus haut degré cette fâcheuse propriété.
Le cas suivant, dont les pareils se rencontrent tous les jours dans la pratique, est un vrai type du genre.
Obs. I. — Chute sur les genoux chez une rhumatisante. Nouvelle attaque de rhumatisme généralisé.
Caroline T..., dix-huit ans, belle constitution, bonne santé antérieure, entre une première fois dans mon service en septembre 1878 pour une arthrite rhumatismale mono-articulaire du genou droit, dernier vestige d'un rhumatisme polyarticulaire d'origine puerpérale, survenu un mois après l'accouchement. Les lésions sont assez sérieuses, la synoviale est épaissie et il existe une hydarthrose considérable. Traitement par la révulsion, l'immobilisation absolue avec compression, etc. La cure paraissant très avancée en janvier, la malade va en convalescence au Vésinet, y reste six semaines et en revient guérie en apparence, sauf persistance de quelques craquements articulaires dans les mouvements étendus et d'un peu de faiblesse du membre, avec retour de quelques douleurs légères après un marche trop prolongée.
T... avait repris son travail, lorsqu'on mars 1879 elle fait une chute sur les genoux. Le droit étant redevenu rouge, gonflé et douloureux dès le lendemain, elle rentre à l'hôpital. On revient à l'immobilité et on électrise le triceps qui est notablement atrophié. Celte attaque combattue dès l'origine dure à peine vingt jours, au bout desquels T... demande à servir clans la salle à titre d'infirmière, profession assez fatigante, comme on sait.
Tout allait au mieux lorsque, le 24 mai, eut lieu une nouvelle chute encore légère sur les deux genoux. Le soir même le droit redevient douloureux; le lendemain la fièvre se rallume et la malade reprend un lit dans la salle. Le 26 mai, je trouve l'articulation gonflée, rouge, douloureuse à la moindre pression et au plus petit mouvement. Le genou gauche lui-même commence à devenir sensible. Il y a fièvre modérée avec anorexie et état gastrique.
Les jours suivants, le rhumatisme se généralise et envahit successivement les deux poignets et l'épaule gauche. On prescrit des bains de vapeur et le salicylate de soude; ce dernier étant mal toléré est remplacé par le sulfate de quinine.
Le 10 juin, l'accès est à peu près fini; le genou droit, envahi le premier, reste douloureux le dernier; cependant le 15, T... reprend son service d'infirmière.
Si l'on considère le rhumatisme puerpéral comme une maladie infectieuse ou microbienne, le fait précédent conduit à admettre qu'une articulation prise une première fois reste habitée par le microbe, lequel y repullule à l'occasion d'une cause déterminante directe, refroidissement ou contusion, et même quand cette cause porte sur un point différent de l'économie comme une autre jointure par exemple.
Si dans une rechute la maladie envahissait une articulation qui n'aurait point été atteinte dans la première attaque, il faudrait admettre ou que cette articulation avait recelé le microbe à l'état latent, ou qu'elle l'a reçu de date récente par colonisation ou émanation du foyer d'où la récidive est partie.
Ces hypothèses semblent peut-être un peu subtiles, sinon singulières, mais il faut bien les soulever si l'on veut arriver à expliquer la réapparition d'ailleurs incontestable des propathies provoquée par le traumatisme.
138 COiNTUSION CHEZ LES DIATHÉSIQUES.