Duplay, Traité de path. ext., t. IV
HYBRIDITÉ CANCÉRO-SYPHILITIQUE. 723
dont il est impossible de préciser les limites, et qui occupe environ le quart antérieur de la moitié gauche de la langue.
Le pourtour' de l'ulcération et la pointe de langue présentent une coloration rouge vif et sont œdématiés; ils ont un aspect crénelé, produit par la pression des dents. Çà et là on note encore quelques exulcérations blanchâtres. En un mot, au pourtour de l'ulcère, on trouve des signes d'une inflammation de la muqueuse. L'aspect général de la langue rappelle celui de certaines glossites scléreuses, compliquées d'ulcérations. Les mouvements de l'organe sont libres et à peine douloureux, et le malade n'accuse aucune souffrance spontanée. Pas d'engorgement ganglionnaire.
Depuis plusieurs mois, amaigrissement, perte des forces et signes d'une tuberculose pulmonaire passant au deuxième degré.
Pas de traces manifestes de syphilis.
Ulcérations syphilitiques. — Si l'on ne s'occupait que de tumeurs ulcérées au sens littéral du mot, ces ulcérations ne devraient point trouver place ici; mais quelques-unes d'entre elles, comme le chancre et la gomme, tiennent une place si importante parmi les lésions linguales susceptibles de s'ulcérer, que l'on ne peut les passer sous silence. Il arrive rarement au clinicien attentif de confondre le chancre avec le cancroïde ; on reconnaît en effet le premier au siège et à la forme de l'ulcération, qui est arrondie, superficielle, à bords saillants, indurés, taillés à pic et à fond grisâtre ; l'engorgement ganglionnaire et l'apparition des accidents secondaires complètent le tableau.
L'ulcération gommeuse, de son côté, s'accuse en général par des caractères assez nettement tranchés, « de forme et d'étendue variables, elle est remarquablement creuse, encadrée par une aréole dure et rouge, à bords nettement taillés et à fond bourbillonneux1 ».
S'il en était toujours ainsi, il n'y aurait pas d'incertitude. Mais plus d'une fois ces ulcères gommeux, mal caractérisés, ont été pris pour des ulcères cancéreux, et traités par l'opération sanglante. Ce sont ces faux cancers dont on a proclamé la guérison, que l'on aurait obtenue sans intervention chirurgicale, avec le traitement des accidents tertiaires.
Pourtant l'on doit être prévenu que ce traitement n'est pas toujours efficace, ce qui conduit, sans qu'on puisse accuser l'opérateur, à faire l'ablation de tumeurs gommeuses, dont la nature est