Jaumes, Traité de palli. génér., p
728 HYBRIDITÉ CANCÉRO-SYPHILITIQUE.
les malades en deux catégories : chez les uns, le traitement palliatif est seul indiqué; chez les autres, l'intervention chirurgicale ne doit pas être rejetée, sans préjudice dans les deux cas de la médication antisyphilitique.
Ainsi, toutes les fois que la lésion ulcéreuse de la cavité buccale occupe une trop grande étendue, l'ablation du mal ne doit pas être tentée : il en est de même, si l'infection ganglionnaire a envahi la zone carotidienne et si a fortiori la cachexie s'est emparée de l'individu. Mais cette abstention opératoire ne contre-indique nullement l'emploi des médicaments iodurés, auxquels on adjoindra la médication palliative ordinaire qui s'adresse au néoplasme.
En s'attaquant à l'élément syphilitique, on procure fréquemment une amélioration notable, soit en calmant et même en faisant disparaître les phénomènes douloureux, imputables à la syphilis ou à la compression due à la tuméfaction ganglionnaire ; soit encore en diminuant le volume de la langue, ce qui lui rend une certaine mobilité. De plus, la lésion ulcéreuse peut elle-même prendre un meilleur aspect, et subir des modifications assez avantageuses, sinon pour en imposer au médecin et lui faire espérer un succès, du moins pour donner au malade quelque espérance, et atténuer la tristesse de ses derniers jours.
Néanmoins, si le traitement spécifique produit des résultats un moment favorables, s'il agit efficacement sur l'un des facteurs de l'hybridité, il faut en user avec précaution, car bientôt, après s'être rendu maître de la syphilis, il porterait son action sur le cancer, dont il exaspérerait la marche. Malgré les avantages que l'on en retire, on est dès lors en droit de se demander si, tout en étant favorable au point de vue syphilitique, il ne donne pas en même temps un coup de fouet à l'autre diathèse? Nous ne pouvons trancher la question, mais ce qui est indubitable, c'est l'amélioration passagère qui survient dans l'état de la maladie mixte.
Si l'on a à traiter un malade chez lequel l'ablation de la tumeur hybride est praticable, il paraît logique de s'adresser d'abord aux préparations iodurées, et dès qu'elles ne produisent plus aucun effet, se décider à pratiquer l'opération. M. Verneuil a préconisé cette manière d'agir au congrès de Londres : « Un néoplasme compliqué de syphilis n'est pas soustrait pour cela à l'action chirurgicale, et peut être opéré comme un autre. Il est utile toutefois de n'agir qu'après avoir tiré parti du spécifique, dont rien d'ailleurs n'empêche l'emploi après l'opération. »
Ces dernières paroles indiquent que l'on doit se préoccuper, après
HYBRIDITÉ CANCÉRO-SYPHILITIQUE. 729
l'opération, d'éteindre le plus possible l'action de la syphilis. Cette dernière annihilée, la cause d'appel, qui lui est inhérente, disparaîtrait aussi et la récidive du cancer en serait probablement d'autant moins à craindre.
Terminons ces considérations thérapeutiques en rappelant que, la question de l'intervention mise à part, le mercure est nuisible au cancer et en particulier au cancer de la cavité buccale; aussi le traitement mixte doit-il être proscrit d'une façon générale. Seule la médication iodurée sera mise en usage, employée à doses légères, aussi longtemps prolongée qu'il sera nécessaire, mais rapidement supprimée dès qu'elle deviendrait inutile.
PRONOSTIC
Malgré l'amélioration que l'on obtient par le traitement ioduré, la terminaison n'en est pas moins fatale. Tout au plus survient-elle tardivement. S'il est possible de se rendre maître de la syphilis, on reste désarmé devant le cancer. Aussi pouvons-nous répéter avec M. Verneuil l :
« Le pronostic est malheureusement toujours celui du néoplasme, et dans ce duo morbide, le dernier mot reste toujours au cancer. »
Obs. XXVI (résumée). — Syphilis antérieure — Cancroïde indolent de la langue. — Excision et cautérisation. — Absence de récidive locale. — Récidive dans les ganglions".
En octobre 1867, M. R.., négociant, vint trouver M. le D> Labbé. Il se plaignait d'une gêne au niveau de la partie moyenne du bord droit de la langue. On y constatait une légère modification de consistance ; en raison des antécédents syphilitiques du malade, un traitement mixte par le mercure et l'iodure et potassium fut institué ; au bout de trois semaines, M. Labbé revit le malade avec M. Nélaton,qui pensa qu'on devait continuer pendant quelque temps encore le traitement spécifique. Au commencement de décembre, aucune amélioration; le noyau induré est resté très petit et les tissus environnants présentent une grande souplesse. Plus d'engorgement ganglionnaire, santé générale excellente.