Georges Cowell, The Lancet, 1881, t. II, p
VERNF.UIL. V. — 48
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Charles H..., trente-neuf ans, ancien soldat. En 1870, au côté droit de l'anus, grosseur qui augmenta graduellement et s'ouvrit deux à trois mois après; puis ulcération qui persista et fut excisée. La guérison survint, mais, quelque temps après, l'ulcération reparut, s'agrandit, et fut cautérisée plusieurs fois avec l'acide nitrique et la potasse. En 1874, entrée à l'hôpital pour un rétrécissement considérable de l'anus, empêchant l'émission des matières fécales solides : incision cruciale et introduction de bougies.
État actuel. — Pâleur des téguments; apparence de cachexie. Une large surface ulcérée, saillante, à base indurée, entoure l'anus, enveloppant tout le périnée et une portion des deux fesses. En arrière elle dépasse la pointe du coccyx; en avant elle va jusqu'à la base du scrotum ; deux bandes saillantes et étroites, de même aspect, s'étendent de chaque côté entre le scrotum et les cuisses, et se rencontrent au-devant du pubis. Une ulcération semblable, à concavité tournée vers l'ombilic, forme un demi-cercle parallèle au ligament de Poupart : ainsi l'ulcération, exactement symétrique, entoure complètement les bourses et la racine de la verge, la plus grande partie étant en arrière du scrotum, autour de l'anus. Les granulations de la tumeur sont pâles et irrégulières ; peu de suppuration.
Cowell rejette le papillome simple et le lupus, et discute le diagnostic de la syphilis et du cancer; il invoque en faveur de celuici l'apparence cachectique du malade, la couleur grise, sale, l'irrégularité des granulations, le caractère envahissant de l'ulcération, sans tendance à la réparation, et enfin l'absence d'antécédents syphilitiques; mais contre le cancer : l'absence d'antécédents héréditaires et de complications ganglionnaires, l'âge du malade et ce fait que son aspect cachectique peut être ^expliqué par le séjour aux pays chauds et par la suppuration prolongée.
Malgré la négation d'antécédents syphilitiques, M. Cowell institue le traitement mixte, et la guérison survient.
Obs. LXVI (Résumée). — Gomme de Vaine droite prise pour un carcinome. — Extirpation incomplète. — Pyohémie. — Mort.
Femme de quarante-deux ans, bien portante; nie toute syphilis; chute des cheveux il a quatre ans. En juin 1879, tumeur indolore, de la grosseur d'un haricot, clans l'aine droite. En septembre, douleurs intenses, cuisantes, à la face interne de la cuisse, dont les mouvements sont gênés et douloureux.
En novembre, tumeur arrondie, grosse comme le poing, se prolongeant au-dessous de l'arcade crurale, inégale et immobile, de sorte
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qu'il est probable qu'elle adhère au paquet vasculo-nerveux crural.
Diagnostic : carcinome ou sarcome.
24 novembre. Extirpation incomplète, parce qu'il aurait fallu intéresser les vaisseaux fémoraux.
Mort de pyohémie le 18 décembre.
L'examen histologïque fait par Virchow prouve que c'était une gomme1.
Obs. LXVII (Résumée). — Gomme de la partie latérale du cou prise pour un carcinome. — Extirpation avec les veines jugulaires communes. — Guérison-.
Femme de cinquante-trois ans, issue d'un père mort de cancer de l'estomac. Nie tout accident syphilitique.
Tumeur sur la partie droite du cou, au niveau du cricoïde, dure, grosse comme un œuf de poule, adhérente aux parties profondes. Rougeur de la peau. Douleurs spontanées nulles, mais provoquées par la pression. Pas d'engorgement ganglionnaire.
Diagnostic : carcinome.
Extirpation. — Examen de la tumeur : couleur gris jaunâtre, pauvre en vaisseaux. Pas de suc à la coupe. Rien ne permettant de distinguer le syphilome et le sarcome, on crut à un carcinome.
Deux ans plus tard: langue gonflée; ulcérations sur le dos de l'organe et le voile du palais; perforation de celui-ci.
L'année suivante, sur la joue gauche, tumeur indolore un peu rougeâtre, qui se transforma en ulcère rongeant et guérit sans traitement médical.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES RAPPORTS DU CANCER ET DE LA SYPHILIS, ET SUR LEUR INFLUENCE RÉCIPROQUE.
Parmi les maladies constitutionnelles qui se rencontrent sur le même individu, quelques-unes suivent leur cours d'une façon tout à fait distincte ; on ne les voit jamais offrir entre elles de relations, ni subir de mutuelles modifications; par contre, certaines autres ne restent pas indépendantes et présentent une solidarité que l'on ne peut mettre en doute.
t. Langenbeck, Ueber Gummigeschwiïlsle, Granulome, Si/phUome, etc., 1881. 2. Ibid.
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Jusqu'à celte époque on a rangé le cancer clans la première catégorie, en se basant sur ce fait qu'il ne paraît guère influencé par la plupart des diathèses, ce qui est vrai en général, mais ce qui devient faux, lorsqu'il se développe sur un terrain syphilitique.
Comme dans toute combinaison morbide, la présence simultanée de ces deux diathèses soulève un certain nombre de questions, auxquelles il est actuellement, à peu près impossible de répondre, sous peine d'entrer dans le champ des hypothèses et de s'exposer à recevoir un démenti des faits ultérieurs.
Néanmoins, si ces connexions ont jusqu'à ce jour peu attiré l'attention, si leur élude n'est encore qu'à l'état d'ébauche, nous ne pensons pas encourir de reproche en faisant, dès maintenant, ressortir les conséquences qui découlent des observations précédentes et montrent comment le cancer et la syphilis s'influencent réciproquement.
Influence du cancer sur la syphilis. — La diathèse cancéreuse latente ou manifeste a-t-elle quelque action sur le développement de la syphilis ? Telle est la première question qui se présente. D'abord, en ce qui touche le développement des accidents syphilitiques héréditaires, on est réduit à un mutisme absolu, parce qu'ils se manifestent d'habilude à un âge peu avancé, par conséquent avant l'éclosion des lésions cancéreuses, et que rien n'indique dans la jeunesse que l'on soit en puissance de la diathèse maligne.
Mais lorsque les deux maladies ne sont plus héréditaires, ou du moins que la syphilis a été acquise, deux cas peuvent se présenter : tantôt l'infection vénérienne remontant à une époque éloignée, a été convenablement traitée, et pendant un temps assez considérable, aucun accident ne s'est fait jour; si le cancer survient alors, il se montre avec ses caractères ordinaires et évolue comme si le terrain n'avait jamais été syphilitique; il occupe seul la place, la première maladie étant depuis longtemps éteinte, ou bien il s'empare de l'organisme tout entier.
N'y a-t-il, au contraire, que quelques années d'intervalle entre la contamination vénérienne et l'apparition du carcinome, ce dernier peut rester apparemment solitaire ; mais c'est là une exception : le plus souvent il est une cause de rappel des manifestations spécifiques, qui apparaissent soit à distance, soit plutôt clans le point déjà envahi par l'autre dégénérescence. Ces cas constituent quelques variétés de l'hybridité, dont nous avons essayé de tracer le tableau.
Jusqu'alors nous n'avons eu en vue que les manifestations tertiaires, ce qui s'explique naturellement, les chances de coïncidence
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des deux maladies étant beaucoup plus fréquentes à cette période tardive de la syphilis. Cette dernière est primitive et le cancer secondaire, c'est là la règle. Cependant il peut arriver qu'un 3ancéreux contracte un chancre ou soit atteint d'accidents secondaires. Nous' en avons observé un exemple chez une femme, dont la mamelle était déjà le siège d'une tumeur épithéliale, C'est d'ailleurs le seul cas que nous avons pu recueillir, ce qui n'a pas lieu de surprendre, car l'âge du cancer n'est pas, sauf exception, l'âge des amours. Chez cette malade, la diathèse acquise tardivement n'a offert ni plus ni moins de gravité que chez tout autre sujet. Mais en revanche elle parait avoir donné un coup de fouet à la tumeur mammaire.
Influence de la syphilis sur le cancer. — Cette seconde partie renferme des données plus nombreuses sur l'influence que la syphilis exerce sur le développement et la marche du cancer.
De l'avis presque unanime des auteurs, le poison vénérien engendre dans l'économie une tare, dont les traces apparentes peuvent, il est vrai, disparaître, mais qui souvent persiste après avoir produit des altérations de nutrition générales ou locales. Bien qu'ayant été éprouvé dans sa jeunesse par la syphilis, si l'on ne recèle aucun germe de maladies héréditaires, on peut dans la suite rester exempt de toute manifestation morbide. Mais quand le contraire existe, et si l'on appartient à une famille cancéreuse, il y a des chances pour qu'un jour ou l'autre la tumeur néoplasique apparaisse là où la syphilis a sévi le plus longtemps et avec le plus d'intensité, c'està-dire dans les points devenus loci minoris resistentiœ . Dans quelques-unes de nos observations le fait paraît évident, et il est à remarquer que le néoplasme s'est développé peu de temps après la guérison des lésions syphilitiques, et s'est révélé sous forme de foyers multiples, mode rare de manifestation épithéliale, à la production duquel l'infection vénérienne n'a pas dû rester étrangère.
D'autres fois le cancer ne succède pas immédiatement aux accidents spécifiques; ainsi dans la région buccale, pendant une période plus ou moins longue, il peut être précédé de lésions psoriasiformes; mais dans les deux circonstances, il n'en faut pas moins accuser la syphilis d'avoir, par suite de l'altération locale qu'elle a provoquée, diminué la résistance des tissus qu'elle a atteints, et ainsi favorisé l'apparition du néoplasme.
Lorsque coexistent dans un organe les lésions des deux maladies, chacune d'elles perd son caractère d'individualité, et, en s'associant
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et se combinant, forment un tout qui représente leurs attributs réunis. Nous l'avons vu pour la langue, l'amygdale, etc., où l'entité morbide a une pbysionomie propre et franchement caractérisée; sur d'autres points du corps, les caractères physiques ne sont pas aussi distincts; ils sont, si l'on peut ainsi s'exprimer, moins la peinture d'un état mixte, que l'image amoindrie de chaque lésion.
Parmi les symptômes fonctionnels qui éprouvent des modifications, nous devons en premier lieu rappeler la douleur, dont l'atténuation est ordinairement très marquée, et dont il n'est même pas rare de constater l'absence complète. Il est vrai qu'on peut objecter qu'un certain nombre de cancers ne sont pas douloureux et qu'alors on ne doit pas accorder à la syphilis cette puissance anesthésiante. Nous ne contestons pas la valeur de cette objection, tout en faisant remarquer que l'indolence, très exceptionnelle pour les cancers de la langue en particulier, paraît être la règle chez les cancéreux syphilitiques. S'il en est quelquefois autrement, il faut alors rapporter les phénomènes douloureux soit à une compression ganglionnaire, soit à la syphilis, mais non au néoplasme, lorsqu'ils cèdent au traitement spécifique.
En notant encore que la tuméfaction ganglionnaire reconnait parfois une double origine, ce que prouve sa diminution sous l'influence de la médication iodurée, nous devons rappeler le ralentissement qu'éprouve la marche du cancer, quand les accidents tertiaires s'unissent à lui; quand la syphilis est plus jeune, peut-être est-ce le contraire, ainsi que le ferait supposer Tune de nos observations. Mais, sauf cette exception, elle semble, dans la majorité des cas, arrêter les progrès de l'autre maladie; il est vrai que son influence n'est que temporaire, car elle est bientôt vaincue par sa rivale, qui devient d'autant plus puissante que le traitement spécifique agit davantage, et qui bientôt reste maîtresse du terrain jusqu'au dernier moment.
En résumé, bien qu'il n'y ait pas entre le cancer et la syphilis un échange égal d'influences, il n'en existe pas moins entre les deux diathèses des relations intimes, qui consistent, en modifications apportées à l'évolution naturelle de chacune d'elles.
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1° L'association du cancer et de la syphilis constitue un état mixte, une hybridité pathologique bien définie.
2° Dans la cavité buccale (langue, amygdale, etc.), elle revêt trois formes anatomo-pathologiques :
A. Cancéro-scléreuse ;
B. Cancéro-gommeuse;