C. Gancéro-scléro-gommeuse
et se caractérise par des symptômes fonctionnels particuliers.
3p Le diagnostic en est le plus souvent facile ; il se déduit de la solution des questions suivantes :
a. Quelle est la nature de la tumeur?
b. Quelle est la nature de l'ulcération ?
c. Si cette dernière est multi-diathésique, quelle est la variété d'hybridité?
4° Le traitement ioduré produit parfois une amélioration momentanée évidente.
5° Dans les autres régions du corps, l'hybridité se rencontre également, mais ses caractères paraissent moins accusés.
6° Il existe, dans quelques cas, une relation intime entre le cancer et la syphilis : les deux diathèses, en s'infïuençant réciproquement, donnent lieu à des manifestations hybrides.
Le cancer rappelle la syphilis, sans paraître lui communiquer de gravité.
La syphilis crée des lieux de moindre résistance, qui favorisent le développement du cancer, dont elle modifie la physionomie habituelle et agit sur les troubles fonctionnels, en particulier sur la douleur, qu'elle atténue ou abolit. Après avoir provoqué l'apparition du néoplasme, elle semble en retarder pendant quelque temps la marche. Mais, plus tard, elle disparaît de la scène et laisse le champ libre au cancer, qui reprend toute sa gravité i.
1. M. Ozenne fait suivre sa thèse d'un index bibliographique étendu dans lequel il rappelle tous les auteurs qu'il a cités, tous les mémoires et recueils périodiques qu'il a consultés avec ou sans résultats. Nous ne reproduisons pas ce document, que le lecteur désireux de remonter aux sources retrouvera facilement dans l'a thèse originale.
760 IIYBRIDITÉ CAiNCÉRO-SYPHILITIQUE.
APPENDICE
[J'ai reproduit en entier, ou en la condensant à peine dans certains points, l'importante thèse du Dr Ozenne, parce que la majeure partie des observations ont été tirées de mes cartons ou recueillies clans mes salles, et surtout parce que la question de l'hybridité cancérosyphilitique y est clairement exposée et judicieusement discutée.
Désormais cette forme pathologique doit prendre droit de domicile dans nos cadres classiques; c'est du moins l'opinion d'une grande autorité dans la matière, je veux parler de mon élève et ami le professeur Fournier, qui partage complètement mes opinions sur les hybrides syphilitiques, qui les reconnaît à première vue, et qui les montre quotidiennement à ses élèves (ce dont je lui sais grand gré, comme on peut le croire).
J'ai également converti la plupart de mes élèves et plusieurs de mes collègues, deux au moins à qui, en 1884, est arrivé ce qui suit.
Un malade atteint simultanément à la langue d'épithélioma et de gomme ulcérée, c'est-à-dire de la seconde forme d'hybridité, était couché à l'hôpital de la Charité, où on passait le cinquième examen de doctorat. Un premier agrégé en chirurgie, fort instruit d'ailleurs et faisant fonctions d'examinateur, vit le patient, le déclara nettement affecté de cancer de la langue et le donna comme tel au candidat.
Deux jours après, le même malade servant à un autre examen fut catégoriquement considéré comme affecté de glossite gommeuse par un autre agrégé en chirurgie, non moins distingué que le premier. Instruit de ce désaccord, j'allai voir le sujet, qui offrait un exemple parfait de la forme cancéro-gommeuse.
Plusieurs fois déjà, de simples docteurs qui avaient suivi mon service m'ont adressé des malades chez lesquels ils avaient parfaitement reconnu l'hybridité. Voici l'un de ces cas, attestant que le plus ordinairement il suffit d'être prévenu pour porter sûrement et promptement le diagnostic]
Obs. I. ■ — Syphïlo-épithélioma du voile du palais ; amélioration de l'ulcération par Viodure de potassium; 'ablation avec le thermo-cautère. — Récidive. — Généralisation. — Mort.
Un boulanger, de trente-neuf ans, vigoureux et présentant les
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apparences de la santé, me fut envoyé en 1885 par un jeune médecin du quartier. Il portait à la face antérieure, inférieure et droite du voile du palais, une ulcération d'un centimètre et demi de diamètre, saillante à la circonférence, plane au centre et ne dépassant pas l'épaisseur delà muqueuse; d'ailleurs indolente ou gênant à peine la déglutition; elle datait au plus de quatre semaines. Peu après son début, elle semblait plus creuse, avec des bords taillés à pic et festonnés simulant tout à fait une gomme récemment ouverte. D'après l'indolence, l'absence d'engorgement ganglionnaire, l'existence avouée d'une syphilis contractée vers 1882 et imparfaitement soignée, le médecin consulté diagnostiqua une ulcération tertiaire et institua le traitement par le proto-iodure et l'iodure de potassium.
Les premiers effets furent très satisfaisants. En quelques jours l'aspect de la plaie devint meilleur, le fond se détergea et se combla; les bords se changèrent en un bourrelet papîlliforme un peu ferme au toucher et la tuméfaction de la muqueuse se dissipa aux alentours. Malheureusement les choses en restèrent là et l'ulcération métamorphosée ne fit plus aucun progrès vers la guérison. Notre jeune confrère, soupçonnant un cas d'hybridité comme il en avait vu dans mes salles, suspendit le traitement spécifique et m'envoya le malade.
L'ulcération ressemblait plus alors à un épithélioma qu'à une gomme; pour ne point faire d'erreur, je fis examiner au microscope des bourgeons de la circonférence, qui furent trouvés formés d'épithélium.
Sans perdre de temps, je fis avec le petit thermocautère courbe l'ablation large de l'ulcération en détruisant la muqueuse dans toute son épaisseur. Une belle cicatrice, lisse et bientôt souple, se forma et pendant plus de quatre mois l'opéré, qui venait nous voir de temps en temps, parut complètement guéri.
Mais alors la cicatrice se tuméfia et devint un peu livide ; en même temps une induration de mauvaise nature apparut à son pourtour, se propagea à la racine du pilier antérieur et s'enfonça dans l'épaisseur même du voile. Un ganglion de la gaine carotidienne s'indura en même temps.
Au début de la récidive, le patient, sans demander conseil, avait repris le traitement spécifique, mais s'en était mal trouvé.
Après quelques hésitations, je fis une seconde tentative opératoire portant à la fois sur la tumeur du voile et sur le ganglion: le résultat fut détestable.
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Une seconde récidive se développa très rapidement, avec resserrement spasmodique des mâchoires, difficulté extrême d'avaler, douleurs intenses dans les oreilles, tuméfaction du cou, etc. La mort survint trois mois à peine après ma seconde opération.
La maladie a suivi dans ce cas la marche la plus ordinairement observée dans l'hybridité syphilo-cancéreuse; le traitement delà syphilis tertiaire, forme revêtue par la lésion buccale, avait d'abord très amélioré j cette lésion; mais l'élément cancer, continuant sa marche progressive, n'avait pas tardé à se manifester sous forme d'une récidive qu'on crut d'abord syphilitique et qui malheureusement était cancéreuse. Le traitement spécifique fut dès lors impuissant, aggrava même le mal, et l'intervention chirurgicale elle-même ne donna pas un meilleur résultat.
Des particularités à peu près semblables furent constatées encore dans le cas suivant :
Obs. II. — Syphilo-épithélioma de la langue apparu à la suite d'une brûlure; amélioration passagère par l'iodure de potassium; puis aggravation rapide. — Mort.
François, cordonnier, soixante-six ans, entre dans mon service à la Pitié, le 22 février 1887. Mère morte à soixante-douze ans de bronchite aiguë, père mort à cinquante-cinq ans de cause inconnue ; trois frères ont succombé à la phthisie. Santé habituellement bonne; a beaucoup fumé jadis. En 1840, chancre traité avec des pilules; plus tard, éruption jaunâtre sur le cou et le front.
En novembre 1886, brûlure de la langue en mangeant; pendant quelques jours, douleur et difficulté de la mastication, puis apparition sur la partie latérale droite de la langue d'un bouton blanchâtre, qui augmente progressivement de volume, ainsi du reste que l'organe entier. Un pharmacien délivre un gargarisme qui augmente le mal.
État actuel : haleine d'une odeur insupportable; la langue, considérablement tuméfiée, présente à la vue et au toucher plusieurs nodosités dures. La surface reste normale à gauche et à la pointe. A 3 centimètres de cette dernière, sur la ligne médiane, ulcération très superficielle de la largeur d'un franc et siégeant sur le sommet d'une nodosité; plus en arrière encore, toute la partie latérale droite de la langue est recouverte d'une fausse membrane assez épaisse, d'un blanc jaunâtre, adhérente au tissu lingual sous-jacent, lequel paraît un peu ramolli. Le plancher de la bouche est intact; la langue n'y est point fixée et sort sans peine au dehors ; aux régions
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sus-hyoïdiennes et sous-maxillaires des deux côtés, plusieurs ganglions engorgés; l'un d'eux, à droite, est très dur.
Dans. les jours qui suivent, la partie recouverte d'une fausse membrane, et où avait paru le premier bouton, s'ouvre spontanément en donnant issue à d'abondantes matières puriformes; il en résulte, à droite et vers le tiers moyen, une ulcération à bords irréguliers, déchiquetés, sorte de caverne admettant le bout du doigt, dont le fond est plus large que l'orifice et dont les parois bien qu'inégales ne sont point végétantes. La formation de la Caverne a amené une diminution dans le volume total de la langue, qui reste cependant indurée sauf sur le bord gauche et la face inférieure. Les douleurs sont à peu près nulles; le toucher, bien supporté, ne provoque point d'écoulement sanguin comme en cas d'épithélioma ulcéré.
Les avis sont très partagés sur le diagnostic; presque tout le monde affirme l'existence d'une gomme et d'une glossite tertiaire. Je soutiens qu'il s'agit d'un hybride, c'est-à-dire d'un épithélioma modifié par la syphilis.
Ie1 mars. — On prescrit l'iodure de potassium à la dose de 4 grammes ; au bout de quelques jours, le malade se trouve beaucoup mieux : la langue a notablement diminué ; elle est seulement devenue plus sensible au toucher.
9 mars. — L'amélioration continue; l'induration, en certains points, a diminué ou disparu; la caverne est presque comblée; en revanche le ganglion sous-maxillaire droit a beaucoup augmenté dans l'espace d'une seule nuit, d'après le malade. Je vois là un effet de l'iodure de potassium, qui agit si défavorablement sur l'adénopathie épithéliale.
26 mars. ■ — François, ne souffrant plus et se croyant guéri, demande sa sortie.
— Il rentre à l'hôpital le 17 mai. L'état général est mauvais, l'appétit perdu par suite de l'ingestion continuelle des matières septiques formées dans la bouche et qu'aucun moyen hygiénique ne neutralise. L'étal local s'est beaucoup aggravé. La langue fixée au plancher buccal est indurée dans toute son étendue, la partie antérieure seule a peu changé d'aspect, parce que la muqueuse y a conservé ses caractères normaux. L'excavation dorsale a repris sa marche et s'est agrandie parla destruction de son bord droit; elle se continue à présent avec une ulcération profonde du sillon linguo-gingival; toute cette surface est le siège d'une sorte de gangrène moléculaire : enfin une nouvelle caverne s'est creusée à gauche, vers la base de l'organe.
Les ganglions sous-maxillaires à droite adhèrent à la face profonde delà peau. Ils sont fixés à la mâchoire; à gauche, les glandes
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forment un amas volumineux : les douleurs, sans être vives, se sont pourtant montrées à la longue ; l'iodure de potassium repris à forte dose les fait disparaître presque immédiatement, mais l'ulcération gagne rapidement jusqu'aux parties antérieures; des fragments de tissu morbide sont frappés de sphacèle, l'état général devient pire que jamais.
Mort le 25 mai. Autopsie interdite.
Cette observation est intéressante à plus d'un titre. Je ferai remarquer d'abord la longue période pendant laquelle la syphilis est restée latente, de 1840 à 4886, ou du moins n'a pas donné de signes manifestes de sa présence.
Puis la cause occasionnelle qui a réveillé le mal, une brûlure à la langue. Ce pouvoir excitateur de la brûlure sur la réapparition de la syphilis a déjà été constaté par plusieurs observateurs, et Kôbner en a même fait un moyen de diagnostiquer cette diathèse, en pratiquant des cautérisations qui provoquaient l'apparition de manifestations syphilitiques1. Chez notre malade, la brûlure a été suivie d'une augmentation immédiate du volume de la langue, qui a fait place ensuite à plusieurs nodosités dures, bientôt ulcérées à leur surface, on ne put plus alors douter de l'existence de gommes de la langue.
Mais, outre les caractères propres aux gommes, on en constatait un autre qu'on ne trouve que rarement dans les manifestations superficielles de la syphilis tertiaire : c'est la douleur, qui a augmenté alors que le volume de la langue et l'induration diminuaient; puis s'y est ajouté l'engorgement des ganglions sous-maxillaires. Alors mon diagnostic, qui avait paru un peu hasardé d'abord à mes élèves, a été pleinement confirmé.
L'administration de l'iodure de potassium a eu des résultats passagers et assez contradictoires; au début, ce médicament paraît augmenter les douleurs; à la fin il les fait disparaître alors que l'état du malade est désespéré; au début également, il semble faire augmenter l'adénopathie épithéliale, bien qu'il conservejusqu'à la fin le pouvoir de diminuer l'induration propre à la syphilis, sans arrêter pour cela l'extension de l'ulcération cancéreuse.
L'emploi de la médication spécifique m'a donné de meilleurs résultats dans l'observation suivante, où il s'agissait d'une tumeur gommeuse, développée à la suite d'une contusion sur un sein atteint