‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 159 sur 192 · Leçons sur la syphilis chez la femme · texte numérisé non relu

Leçons sur la syphilis chez la femme

2. Leçons de clinique chirurgicale, tract, franc., 1877, p. 106.

modificatrice delà scrofule; bien que les observations détaillées soient trop peu nombreuses pour qu'il soit possible de décrire le chancre du scrofuleux, leur dépouillement nous a permis de faire les quelques remarques qui suivent.

Si la période de début du chancre est à peu près toujours la môme chez tous les sujets ; il n'en est pas de même de la période d'état. La scrofule paraît alors influencer d'une façon manifeste, Y aspect, Y étendue, la durée du chancre. L'ulcération spécifique a, dans ce cas, une grande tendance à suppurer; d'une façon générale, le chancre des scrofuleux est plus humide que celui des autres sujets. Il est souvent recouvert de croûtes mollasses, jaunâtres, laissant suinter du pus au-dessous d'elles, et tout à fait semblables à celles que l'on trouve communément sur certaines scrofulides ulcérées de la peau. Ce fait n'est pas étonnant a priori, lorsqu'on se rappelle que, chez les scrofuleux, la moindre blessure de la peau saine ou malade est presque fatalement exposée à la suppuration et à la formation de croûtes au-dessous desquelles le pus s'accumule, jusqu'à ce qu'il se forme une cicatrice intéressant plus ou moins profondément le derme.

L'étendue de l'ulcération paraît influencée par la scrofule ; on a noté souvent le tempérament strumeux ou lymphatique chez les sujets portant de larges chancres. Le fait est hors de doute pour les chancres mous; il est rationnel qu'il n'en soit pas autrement pour les chancres indurés, en tenant compte bien entendu de la nature différente des deux processus. Jullien cite un cas intéressant.

Un homme de vingt-huit ans, ayant une coxalgie datant de plusieurs années, contracte la syphilis, qui évolue d'une façon très rapide, ce qui est la règle chez les scrofuleux. 11 présente à la face deux chancres qui recouvrent presque toute la région mentonnière, chaque ulcération présentant au moins 3 centimètres de diamètre. La piaie est excavée, infundibuliforme ; le fond est formé de bourgeons charnus, recouverts de pus, autour desquels s'étend une zone concentrique d'autres bourgeons plus rouges, plus secs. Les ganglions sous-maxillaires sont très fortement engorgés l.

Dans nos observations de syphilis graves chez les scrofuleux, on trouve plusieurs exemples non douteux de chancre phagédénique. On comprend d'ailleurs que, sur un terrain scrofuleux, le chancre prenne la forme ulcéreuse et parfois même phagédénique, alors que les autres manifestations du côté de la peau et des muqueuses ont

1. Jullien, Maladies vénériennes, p. 560, en note. — Paris, 1879.

souvent aussi une tendance marquée à revêtir ces formes anormales.

L'action de la strume s'accentue à la période de réparation du chancre. On sait que celui-ci se recouvre habituellement de bourgeons charnus de bon aspect qui se cicatrisent comme dans une plaie simple. Chez les scrofuleux, les bourgeons exubérants saignent facilement et fournissent une abondante suppuration. Quelquefois même, ils n'ont aucune tendance à la cicatrisation et prennent l'aspect et la manière d'être des ulcères scrofuleux les plus tenaces.

On sait que le chancre induré, cicatrisé, récidive parfois, ou, ce qui est plus conforme à la vérité, se rouvre en prenant quelquesuns de ses caractères premiers. La cause de ce chancre redux peut souvent être attribué à la scrofule. Le processus est presque toujours le même. Il se produit au-dessous de la cicatrice une sorte de ramollissement du tissu morbide. Le chancre devient douloureux à la pression, puis fluctuant, et l'on voit sortir peu après, par une ouverture spontanée ou chirurgicale, une sérosité louche, plus ou moins purulente, contenue dans une ulcération caverneuse, de dimensions variables, en général fongueuse, qui ne marchera qu'à grand'peine vers la guérison et affectera une singulière tendance au phagédénisme.

Les statistiques de Bassereau prouvent, d'une façon indirecte, l'action du tempérament scrofuleux sur la marche clinique du chancre induré. En effet, si l'on admet que la scrofule est une cause fréquente des syphilides graves, nous devons trouver, chez les malades qui en sont affectés, les modifications que nous venons de signaler dans le chancre des scrofuleux et d'autant plus accentuées même que la manifestation cutanée sera plus grave. Or, d'après les chiffres de cesyphiliographe, sur215 chancres ayant précédé l'apparition de syphilides érythémateuses etpapuleuses, il y a eu seulement dix fois des ulcérations phagédéniques circonscrites. Au contraire, chez six malades atteints de rupia syphilitique, cinq avaient eu pour symptôme primitif un chancre phagédénique. Sur 68 chancres précédant les syphilides pustuleuses, 20 ont été phagédéniques et ^phagédéniques serpigineux. Point intéressant a noter, chezpresque tous ces malades, le chancre n'était pas cicatrisé au moment de l'apparition des syphilides. Sur 50 chancres, précédant les syphilides tuberculeuses, 18 avaient été phagédéniques. De plus, le nombre des bubons suppures croît avec la gravité des manifestations cutanées, et l'adénite suppnrée, dans la syphilis, est l'apanage presque exclusif des strumeux.

lli LA SYPHILIS CHEZ LES SCKOFULEUX.

Nous n'avons rien dit de Y induration du chancre syphilitique des scrofuleux. C'est en effet un des caractères presque constants de l'accident primitif, quel que soit le sujet. Mais on note assez souvent la strume dans les cas où celte induration est exagérée. Le fait est d'ailleurs naturel, au moins pour l'induration qui persiste après la cicatrisation, si l'on se rappelle la tendance du chancre à passer, chez les scrofuleux, à l'état d'ulcération chronique. L'induration du derme et du tissu cellulaire survient fatalement ici, comme au voisinage de toute phlegmasie strumeuse chronique : lésions osseuses, adénites, tumeurs blanches, etc. 11 s'agissait d'un strumeux dans le cas si remarquable de Puche, où le siège de l'accident primitif, qui remontait à neuf ans, se reconnaissait à la persistance d'une induration facilement appréciable1.

2° Tube digestif. — Nous devons consacrer un paragraphe à part aux lésions du tube digestif, à cause des considérations spéciales, d'ordre médico-chirurgical, que suggère leur étude. Quoique quelques-unes d'entre elles soient tout à fait tardives, nous les décrirons ici, pour ne pas les séparer des angines spécifiques, qui vont surtout nous occuper.

La syphilis porte fréquemment son action sur le tube intestinal et de préférence sur ses deux extrémités. Dans la cavité bucco-pharyngée, elle apparaît sous forme de stomatites et d'angines, classées soit d'après l'âge de la vérole, soit d'après leur aspect pathologique, enérythémateuses,papuleuses, pustuleuses, ulcéreuses, tuberculeuses, gommeuses, etc.; dans l'œsophage et le rectum, elle donne surtout naissance à des produits néoplasiques qui amènent le rétrécissement de ces conduits.

Ces lésions, et surtout les premières, sont loin d'avoir toujours les mêmes caractères cliniques et l'on a recherché, avec raison, la cause de ces modifications dans la constitution des sujets.

La scrofule et la tuberculose ont, ici, une place prépondérante.

Je n'insiste pas sur l'influence qu'elles peuvent exercer sur la syphilis buccale et pharyngienne comme cause déterminante mécanique. Il va sans dire que la scrofule à forme ulcéreuse peut offrir une porte d'entrée facile au virus syphilitique. Mais toute ulcération de la bouche,, traurnatique, inflammatoire ou diathésique, présente la même valeur étiologique. J'étudierai donc immédiatement l'action réciproque des deux diathèses, en évolution

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