‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 166 sur 192 · Leçons sur la syphilis el les syphilides, p · texte numérisé non relu

Leçons sur la syphilis el les syphilides, p

secondaire ». Plus loin, parlant de la forme ulcéreuse grave de la même maladie: « L'impétigo rodens est toujours une manifestation grave. Cette forme de l'impétigo syphilitique trouve parfois son explication dans un tempérament lymphatique ou scrofuleux, dans une santé détériorée, etc. ». Nous devons déclarer, en effet, que la scrofule n'est pas une cause unique de manifestations malignes de la syphilis. L'alcoolisme, les fatigues, le chagrin, en un mot la misère physiologique et morale contribuent souvent au développement des syphilides graves. Mais la scrofule occupe certainement le premier rang parmi ces causes, puisque, sur une trentaine d'observations contenues dans la thèse d'Ory, on trouve dans presque la moitié la scrofule seule, ou associée à une de ces causes, pour expliquer l'évolution maligne de la vérole cutanée. A propos de Vecthyma profond, M. Fournier dit qu'on l'observe chez les sujets scrofuleux, lymphatiques, ou à constitution molle et délicate, à tendance pyogénique, chez lesquels tout est un prétexte à suppuration.

Pour ce qui a trait à la forme anatomique des syphilides scrofuleuses, nous renvoyons aux observations dont nous avons donné le résumé; on y note souvent le rupin-, les tubercules fongueux et ulcérés, Vecthyma.

2° Marche des syphilides chez les scrofuleux. — Sur ce point particulier, nous ne trouvons à peu près rien dans les auteurs, ils s'accordent seulement à considérer la scrofule comme appelant les accidents graves de la vérole. La thèse d'Ory montre surabondamment la précocité de ces accidents; nous voyons en effet qu'ils sont survenus, une fois au bout d'un mois, six fois entre six semaines et deux mois, deux fois au bout de trois mois; plus rarement il a fallu six mois, un an, deux ans pour que les manifestations cutanées graves fissent leur apparition. On peut dire, d'une façon générale, que des syphilides graves peuvent survenir chez les scrofuleux dans les six premiers mois de l'infection. Il n'en faudrait pas conclure que tout scrofuleux syphilitique aura rapidement des éruptions cutanées graves, pas plus que celles-ci n'indiqueront fatalement la diathèse scrofuleuse. Mais on peut dire que cette dernière prédispose plus que toule autre aux manifestations malignes et précoces de la syphilis du côté de la peau.

La strume d'ailleurs n'agit pas d'une façon uniforme sur les sy philides. Tantôt elle accélère seulement leur apparition, tantôt ell leur imprime un caractère de gravité exceptionnelle. On sait déjà que le processus ulcératif et suppuratif est fréquent dans le scrofulo-syphilides. Il est naturel, d'ailleurs, que la scrofule, dia

thèse ulcéreuse et suppurative par excellence, imprime son cachet sur les lésions de la vérole. Il ne nous parait nullement démontré quelaslrume ait une action localisatrice sur les syphilides, cependant les parties du corps le plus souvent atteintes sont, par ordre de fréquence : les membres inférieurs, les membres supérieurs, la face et le tronc. Enfin, la scrofule retarde la guérison des syphilides et leur imprime souvent le caractère de la chronicité. Bazin insiste avec raison sur cette prolongation des accidents, qui favorise singulièrement le développement des lésions viscérales de la vérole.

3° Valeur pronostique. — Le pronostic des scrofulo-syphilides est d'autant plus grave, qu'elles sont souvent influencées d'une façon fâcheuse par d'autres causes de débilitation : alcoolisme, misère, grossesse; aussi exigent-elles une médication énergique.

4" Diagnostic. — Le diagnostic des syphilides modifiées par la scrofule est, la plupart du temps, d'une extrême difficulté, si l'on ne peut constater l'exislence des deux diathèses. Bazin avoue ces difficultés pour différencier des manifestations similaires de la vérole, l'impétigo, l'ecthyma, le rupia scrofuleux, la scrofulide serpigineuse, les scrofulides malignes crustacées et ulcéreuses. M. Fournier constate que souvent la chose est impossible. « Le diagnostic réside moins dans l'appréciation d'une manifestation isolée que dans l'examen complet du malade, complet tant au point de vue de la diathèse que de la santé générale, de la constitution, du tempérament, des antécédents morbides, etc1. ».

Très difficile lorsqu'il s'agit de l'impétigo et de l'ecthyma, le diagnostic nous échappe lorsqu'il s'agit de distinguer les syphilides ulcéreuses des scrofulides ulcéreuses. « Il n'est même pas rare de rencontrer, sur certains malades syphilitiques de constitution lymphatique ou strumeuse, des éruptions de caractère extérieur absolument douteux, sur lesquelles il est impossible de formuler un diagnostic précis. Sont-ce des syphilides? Oui, de par telou tel attribut, mais non de par tel autre. Sont-ce des scrofulides? Oui, encore pour cette raison, mais non pour celle-là. Ces éruptions, en effet, quand on vient à les analyser, présentent à la fois certains signes propres aux syphilides, et certains autres qui appartiennent à la scrofule. Ce sont là, du moins à un point de vue purement objectif, des produits mixtes de deux diathèses, des produits métis y pour ainsi dire, qui participent de la syphilis comme cause première et de la scrofule comme réaction du terrain sur

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