‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 171 sur 192 · Annales de Dermatologie · texte numérisé non relu

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oula chronicité que vers le phagédénisme, si fréquent dans le bubon ehancreux. La connaissance des deux diathèses chez le même sujet lève en général les difficultés du diagnostic. Mais, et c'est ici le point important, en dehors de toute notion sur les antécédents scrofuleux du sujet, la formation d'une adénite suppurée fera penser de suite à la strume, héréditaire ou acquise, et conduira à une thérapeutique rationnelle.

Les adénopathies syphilo-strumeuses peuvent, elles aussi, créer des incertitudes dans le [diagnostic. Elles seront facilement levées si l'on reconnaît la coexistence des deux diathèses; mais souvent, soit par défaut d'interrogatoire, soit parce que l'on cache la vérité, cette notion fait défaut au chirurgien, qui risque alors de commettre des erreurs graves. « Supposez, dit M. Fournier, que de telles lésions se présentent à un médecin qui n'est pas éclairé sur les antécédents diathésiques de son malade (etles syphilitiques ne s'empressent pas toujours de vous renseigner sur les antécédents spéciaux); dans ce cas, l'origine spécifique de ces adénopathies courra risque d'être méconnue. Elle l'est souvent, en effet. C'est pour cette raison que les adénopathies secondaires, déforme strumoïde ou inflammatoire, passent pour beaucoup plus rares qu'elles ne sont en réalité. On les rapporte facilement à des causes banales. On les prend pour de simples bubons inflammatoires ou strumeux, sans remonter à leur origine véritable. On ne soupçonnepas assez la vérole de pouvoir les déterminer. La vérité cependant est que la vérole leur sert fréquemment d'origine, car il ne se passe pas d'années où une dizaine de cas de cet ordre ne se présentent ici à notre observation. »

Mais il est une forme d'adénite syphilitique tertiaire qu'il est presque impossible de différencier des adénites syphilo-strumeuses ; je veux parler de cette infiltration poly-ganglionnaire, probablement de nature gommeuse, à marche chronique, à processus à la fois ulcéreux et hyperplasique, qui paraît se développer en dehors de tout antécédent héréditaire ou acquis. Comme ces lésions sontla plupart du temps observées sur des sujets minés depuis longtemps par la diathèse syphilitique, on peut admettre que l'action prolongée de la vérole produit une déchéance organique analogue à la dyscrasie scrofuleuse, ou croire que la scrofule latente chez le sujet et qui ne se serait jamais manifestée, a été mise en activité par la syphilis.

Ce qui complique encore le diagnostic, c'est que, si le traitement à la fois tonique et anti-syphilitique fait souvent disparaître rapidement ces accidents, ceux-ci présentent parfois à toute action médicamenteuse une résistance invincible. C'est évidemment des faits

de ce genre que Bazin avait en vue lorsqu'il écrivait1 : « On ne trouve nulle part mentionnés les ulcères lymphatiques tertiaires qui ressemblent d'une manière frappante à des ulcères scrofuleux. Dans un cas, la ressemblance était parfaite ; mais comme il existait en même temps que les ulcères lymphatiques des gommes du voile du palais et de la face antérieure du sternum, je fus mis aisément sur la voie du diagnostic. J'ajouterai que les résultats du traitement confirmèrent mon appréciation, puisque au bout dix semaines le malade sortit complètement guéri. » Eu résumé, dans la troisième période, on trouvera de véritables bubons syphilitiques suppurants, analogues aux bubons scrofuleux. Enfin, pour terminer ce qui a trait au diagnostic, rappelons qu'il existe, chez les sujets syphilo-strumeux, une forme d'hypertrophie poly-ganglionnaire avec leucocytose qui peut en imposer pourl'adénie.

Pronostic. — Ces développements nous permettent d'être bref sur le pronostic. La scrofule aggrave toujours les adénopathies syphilitiques. La syphilis primaire, sans gravité par elle-même, peut devenir sérieuse par le fait de la suppuration rendue possible. La guérison cependant est la règle. La secondaire est singulièrement aggravée par la suppuration, la dégénérescence strumeuse et les désordres dans les parties voisines, phlegmons, phlébite, etc.

Enfin l'adénopathie syphilo-strumeuse a une valeur pronostique grave, car le grand nombre, le développement exagéré et la dissémination des glandes sur plusieurs régions, les lésions inflammatoires et fongueuses, coïncident fréquemment avec des manifestations syphilitiques plus ou moins sérieuses, notamment avec des troubles intéressant les organes splanchniques (Fournier).

5° Œil. — La syphilis et la scrofule prennent souvent le globe oculaire pour terrain d'évolution; il n'est donc pas étonnant, a priori, que les deux diathèses s'influencent réciproquement. Mais ici leur fusion ne paraît pas aussi intime que dans d'autres organes ou systèmes organiques, comme les ganglions lymphatiques par exemple. C'est que la syphilis et la scrofule frappent de préférence certains points qui ne sont pas les mêmes pour les deux maladies. On sait en effet que la scrofule a une prédilection pour la cornée, puisque les 9/10 des affections cornéennes primitives s'observent chez les strumeux. L'iris n'est au contraire que fort rarement occupé par la strume, et ne l'est presque jamais que

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