Th. de Paris
leuse, est prédisposé aux kératites. En un mot, la syphilis n'évolue que sur un terrain tout préparé aux inflammations.
Du reste les kératites scrofulo-syphililiques ne diffèrent en rien des formes purement scrofuleuses. Le diagnostic en est impossible sans la connaissance des deux diathèses en puissance chez le même sujet. En résumé, nous croyons à l'existence de kératites développées par le fait de la syphilis; mais la condition presque indispensable de leur apparition est la prédisposition créée par la scrofule, qui dans cette association sur la cornée, tient évidemment le premier rang et dicte l'indication thérapeutique.
Iritis et [irido-choroïdite. — Si la vérole n'atteint pas volontiers la cornée, elle affecte au contraire fréquemment l'iris. L'historique de l'iritis syphilitique se trouve aujourd'hui dans tous les traités classiques. Mais, parmi les auteurs qui s'en sont occupés, nous devons mentionner particulièrement ceux qui ont fait entrer la scrofule comme élément important dans la production des maniestations iriennes de la vérole. Cette donnée étiologique est de date récente, car on ne s'est d'abord préoccupé que de la description anatomique et séméiologique de ces manifestations. Aussi, la plupart des observations ne sont-elles d'aucune utilité, car en dehors de la vérole, il n'est presque jamais fait mention des antécédents diathésiques du sujet. Cependant Mackensie a écrit : « Il est bon de se rappeler qu'une inflammation qui commence par être syphilitique peut devenir scrofuleuse, par suite de la prédominance de cette cachexie dans l'économie, ou être modifiée dès son début par la diathèse scrofuleuse. » M. Després a dit que : « Les iritis, chez les scrofuleux syphilitiques, sont presque aussi fréquentes que chez les rhumatisants syphilitiques. »
D'après M. Fournier « l'iritis est une manifestation secondaire assez rare, et qui paraît être liée à un état général mauvais, se traduisant souvent par des pustules d'ecthyma (Bateman, Rollet). M. Terrier l'a observée deux fois chez des syphilitiques manifestement scrofuleux. Mais cette simple notion étiologique a été singulièrement étendue par M. Yerneuil, sous l'inspiration duquel M. Popp a choisi comme sujet de thèse De l'iritis syphilitique chez les scroftdeux. L'auteur donne six observations d'iritis syphilo-strumeuse et tire de leur analyse des déductions importantes, au point de vue étiologique., séméiologique et thérapeutique.
La scrofule, comme cause déterminante des iritis syphilitiques, nous paraît un fait hors de doute. Les observations éparses montrent presque toujours la scrofule ou l'arthritisme en état de puis-
sance ou d'activité chez les sujets syphilitiques frappés d'iritis. Nous ne voulons pas dire par là que tout sujet scrofuleux, devenu syphilitique, sera frappé d'iritis; caria scrofule n'atteint que rarement l'iris, et tandis que, dans les kératites, nous la voyons primer la syphilis, dans les manifestations iriennes, au contraire, elle ajoute peu aux ravages de la vérole.
Voyons maintenant si le mélange des deux diathèses va modifier la séméiotique de l'iritis syphilitique. Nous rappellerons que la division la plus généralement adoptée est celle d'iritis séreuse et d'iritis parenchymateuse que, d'après les travaux de Grsefe et Colberg, Loring et Eno, Nitot, etc., on peut aussi appeler gommeuse.
Or, la forme dite séreuse paraît être la plus fréquente chez les scrofuleux. Sur cinq observations d'iritis chez les scrofuleux, rapportées par M. Popp, quatre foislaphlegmasie revêt cette forme. Le fait ne paraît pas étonnant, si l'on se rappelle que la marche ordinaire des manifestations scrofuleuses de l'œil est plutôt subaiguë que rapide, et qu'il y a tendance à l'envahissement et à la destruction des tissus, sans tendance appréciable à la réparation, tant que la diathèse est en action. Aussi voyons-nous l'iritis syphilitique des scrofuleux évoluer sans fracas. Les fausses membranes sont rares et n'ont aucune disposition à s'organiser; ce sont plutôt des exsudats séro-purulents que des fausses membranes véritables, organisées, comme dans l'iritis syphilitique des rhumatisants. La tendance au processus ulcéreux se manifeste souvent par une kératite ponctuée qui accompagne l'iritis, et qui a pour siège habituel la face profonde de la cornée. Le liquide qui remplit la chambre antérieure est en général louche et souvent purulent. Cet hypopion toutefois ne présente rien de^spéciai et peut être aussi bien attribué à la kératite concomitante'qu'à l'iritis elle-même (Arll).
Si la forme^séreuse esf presque la règle dans l'iritis syphilitique des scrofuleux, la forme gommeuse, quoique plus rare, s'observe aussi chez eux. Dans une excellente^ thèse sur les gommes syphilitiques de Viris et du corps ciliaire, M. Nitot a condensé en 1880 les travaux7aits sur'ce sujet. 11 reconnaît à la syphilis qui produit les gommes de l'iris une gravité exceptionnelle, et il ajoute: (( Les auteurs classiques considèrent l'iritis parenchymateuse comme appartenant à une syphilis maligne, probablement à cause du terrain sur lequel elle exerce ses ravages. »
Panas et Rollefpensent que l'iritis syphilitique se lie souvent à l'eethyma et à] d'autres manifestations graves de la syphilis, surtout chez les' individus cachectiques et| d'uir tempérament scrofuleux,
opinion d'autant plus acceptable qu'on a observé des condylomes chez les enfants scrofuleux non syphilitiques (Galezowski).
Nous regrettons seulement que les antécédents morbides de tous les malades n'aient pas été notés dans le travail de M. Nitot, alors surtout que chez plusieurs d'entre eux on signale les angines, les kératites, les adénopalhies qui se rattachent souvent à la diathèse scrofuleuse.
Dans l'observation IV, le sujet, jeune garçon de vingt et un ans, d'une constitution lymphatique, portait, outre une adénopathie cervicale aiguë, une gomme de l'iris, un exsudât purulent à la surface de la tumeur et une kératite ponctuée concomitante.
M. Tourmeau rapporte, dans sa thèse1, un cas de suppuration de l'iris chez un scrofuleux syphilitique. Ne s'agit-il pas là d'une gomme syphilitique suppurée? C'est l'opinion de l'auteur, qui ajoute : « Cette observation est très intéressante au point de vue du diagnostic étiologique. En effet, le malade est sous le coup de deux diathèses, scrofule et syphilis, qui toutes les deux peuvent amener des désordres oculaires graves. Evidemment les premiers symptômes : photopsie, mouches volantes, toiles d'araignée, survenus quelque temps après les accidents secondaires, roséole, plaques muqueuses, etc., sontde nature syphilitique non douteuse, età coup sûr, si l'exsudation pupillaire n'eût empêché de pratiquer l'examen ophthalmoscopique, on aurait trouvé une choroïdite syphilitique avec flocons filiformes du corps vitré. L'iritis, survenue plus tard, doit également être mise sur le compte de la syphilis et fait suite à la choroïdite. Mais à quoi faut-il rapporter l'abcès irien? On n'a jamais attribué les abcès de l'iris à la syphilis. Aussi faut-il accorder un grand rôle dans leur production à la diathèse scrofuleuse, dont les manifestations ont été si nombreuses chez ce malade. Le terrain avait été préparé par la diathèse syphilitique, et la diathèse scrofuleuse n'a pas eu de peine à s'y établir. D'ailleurs c'est l'explication qu'a donné Ammon dans un cas identique 2. » M. Galezowski parlant de ce malade disait: « Celte affection est sous la dépendance de deux diathèses, syphilis et scrofule. La syphilis a produit l'iritis ; mais, en raison de la constitution scrofuleuse de l'individu, un abcès avec hypopion est venu s'enter sur l'iritis. La syphilis produit quelquefois des iritis pustuleuses (Ricord), mais jamais d'irilis avec abcès et, dans le cas actuel, il a fallu la simultanéité des deux diathèses, pour expliquer la nature et la marche de l'affection. »