‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 175 sur 192 · Journal d'ophthalmologie, 1872, p · texte numérisé non relu

Journal d'ophthalmologie, 1872, p

la marche, et lorsque celle-ci est enrayée par un traitement énergique, et qu'il n'y a pas de complications cornéennes ou rétiniennes, la scrofule ne continue pas isolément son action et tout rentre dans l'ordre.

Nous n'avons pas à faire le diagnostic de l'iritis syphilitique, lorsqu'elle existe chez les scrofuleux, les déductions diagnostiques sont les suivantes : la forme séreuse se rapproche beaucoup de l'iritis séreuse simple des scrofuleux; mais cette dernière est fort rare ; l'iritis rhumatismale simple ou syphilitique se distingue par la douleur qui domine la scène. La constatation d'une iritis séreuse isolée, à forme subaiguë, indolente, fera penser à l'existence des deux diathèses sur le même sujet et conduira à une thérapeutique rationnelle, s'adressant aux deux états constitutionnels. La forme gommeuse, qui s'observe aussi chez les scrofuleux, se caractérisera par la suppuration interstitielle de l'iris.

De ce qui précède, on peut conclure que le pronostic de l'iritis syphilitique est peu modifié par la scrofule, celle-ci disparaissant presque toujours avec la syphilis par un traitement rationnel. Tout au plus est-il un peu assombri par la tendance des manifestations syphilo-strumeuses de l'iris à se compliquer de désordres du côté des membranes profondes de l'œil.

Choroïdite. Rétinite. — Nous serons très bref sur ces affections. Leur histoire clinique, leurs caractères, comme lésions syphilitiques, sont encore entourés de trop d'obscurité pour que l'on puisse savoir quelles modifications la diathèse scrofuleuse peut leur imprimer. Seulement ces affections compliquent souvent les iritis (Fournier, Panas, Jullien) et surviennent presque toujours chez des sujets lymphatiques, alcooliques, affaiblis par l'âge et la maladie. D'après M. Panas, d'accord avec la plupart des opththalmologistes : « La rétinite ne se montre qu'à titre d'exception chez les sujets syphilitiques. Les causes adjuvantes sont une constitution faible, le lymphatisme, et un état cachectique auquel s'ajoute l'âge avancé des malades. » Il accentue cette opinion dans l'article Rétinite syphilitique du Dict. de raéd. et de chir. pratiques.

Dans cette étude des affections de l'œil, nous avons surtout trouvé la scrofule aux prises avec la vérole. La tuberculose peut unir aussi son action à celle de la syphilis. Mais presque toujours, lorsque la syphilis suscite la tuberculose oculaire, cette dernière prend une place prépondérante et amène des accidents graves du côté des

i. Leçons sur les rétinites, 1878, p. 123.

membranes profondes (B. Anger) et quelquefois dans tout l'organisme.

6° Productions gommeuses. — Les gommes sont, de tous les accidents tertiaires, ceux qui se prêtent le plus à des considérations sur les rapports de la syphilis et de la scrofule, et encore savonsnous actuellementpeu de chose sur ce sujet. Nous trouvons cependant dans l'ouvrage de M. Desprès une description succincte, mais nelte de la gomme syphilitico-scrofuleuse.

La gomme est une manifestation si fréquente de la syphilis, qu'il est impossible de dire si la scrofule entre pour une part dans son étiologie. Cette question ne pourra être vidée qu'avec des faits nombreux et bien observés. Cependant, d'après l'action manifeste de la strume sur les syphilides, on peut admettre qu'elle favorise tout au moins la production des manifestations gommeuses de la peau et du tissu cellulaire, qui sont de véritables syphilides tertiaires, à forme néoplasique et ulcéreuse. Mais il n'est pas permis d'aller au delà. La suppuration de la gomme est très fréquente. La strume la favorise-t-elle et dans quelle proportion? « Les gommes de la syphilis modifiée par la scrofule, dit M. Després, ont un caractère spécial ; elles ont un volume relativement énorme et leur contenu est formé par un bourbillon de tissu conjonctif imprégné d'une substance caséeuse, renfermant de la graisse, des globules de pus et quelques éléments fibro-plastiques fusiformes. La peau qui les recouvre est rose, rarement plus foncée. »

L'influence de la strume sur la gomme ouverte et suppurée apparaît d'une façon plus évidente. Ces gommes ulcérées ont souvent une tendance manifeste à envahir les tissus voisins.

Ce que nous avons dit des difficultés du diagnostic des syphilides scrofuleuses de la peau, à forme ulcéreuse, est applicable aux productions gommeuses ulcérées chez les strumeux.

Dans ce qui précède, nous avons eu surtout en vue les gommes du tissu cellulaire, de la peau et des muqueuses. Mais la scrofule exerce sur elles une action variable suivant leur siège. Le fait est aisé à comprendre si on se rappelle que les manifestations strumeuses ont des lieux de prédilection dans lesquels le mélange des deux diathèses pourra s'effectuer dans les meilleures conditions.

7° Système ostéo-fibreux. — Les manifestations périostiques de la vérole subissent l'influence de la strume. Les deux diathèses se favorisent mutuellement. « C'est chez les sujets scrofuleux, misera-

bles, qu'on observe le plus souvent — après les scorbutiques — les abcès sous-périostiques ou même ces périostites qui ne suppurent point et sont susceptibles de se résoudre. La carie et la nécrose qui suivent les gommes sous-périostiques formées par un pus caséeux analogue au pus des abcès froids, sont étendues » (Després). On lit dans Bazin : « La carie et la nécrose sont quelquefois les conséquences de la périostite et de l'ostéite syphilitiques. Pour la carie, elle reconnaît bien plus souvent une origine scrofuleuse qu'une origine syphilitique. C'est à tort que Melchior Robert considère la carie des côtes comme étant souvent d'origine syphilitique; car je l'ai toujours vue appartenir à la scrofule. Je pense même que la carie du rocher est presque toujours scrofuleuse. »

L'accord est donc loin d'être complet entre les syphiliographes sur les manifestations osseuses de la syphilis. Nous croyons, avec la plupart des modernes, que la vérole peut créer, à elle seule, l'ostéite, la carie, la nécrose, etc., mais nous n'en retenons pas moins que tous s'accordent à donner à la scrofule une part importante dans ces manifestations. Aussi croyons-nous que souvent il s'agit d'un processus à la fois vérolique et strumeux.

L'alliance des deux diathèses est parfois si intime que le diagnostic présente des difficultés presque insurmontables. On partagera notre avis en lisant plus loin deux observalions de tumeur fluctuante, sous-musculaire, de la fosse sous-épineuse, et celle d'une gomme suppurée présternale, chez un tuberculeux. Dans ces cas, la lésion revêt à la fois les caractères de l'abcès froid et de la gomme, sans qu'il soit possible de se prononcer pour l'un ou pour l'autre. Il paraît bien plus naturel, dans des cas semblables, d'admettre avec M. Verneuil des gommes syphilitiques, prenant un caractère particulier sur un terrain scrofuleux. Le traitement tonique et spécifique vient, dans beaucoup de cas, confirmer cette manière de voir.

8° Articulations et synoviales. — Nous avons peu de chose à dire de la syphilo-strume des bourses séreuses et des articulations. Dans les travaux récents: de MM. Bordes-Pagès2, Bouilly3, Méricamp et Defontaine sur la Syphilis articulaire, le classement séméiologique, et surtout anatomo-pathologique est étudié avec le plus grand

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