THÉRAPEUTIQUE
I. Thérapeutique générale. — Le traitement des manifestations syphilo-strumeuses est une conséquence importante de leur étude clinique. La première indication est de s'attacher, la plupart du temps, presque autant au traitement antiscrofuleux qu'au traitement antisyphilitique.
Cette notion est ancienne, car Ricord disait : « Ai-je besoin d'ajouter d'ailleurs que ce n'est pas à une médication exclusive qu'il faut avoir recours ? Lorsque la syphilis se complique d'autres maladies, les complications doivent être d'autant moins négligées qu'elles peuvent en recevoir elles-mêmes une impulsion ou une excitation fâcheuse. Il faut alors attaquer ensemble les deux affections concomitantes, sans négliger aucun des éléments particuliers qui peuvent servir aux indications thérapeutiques. » Les mêmes opinions sont émises par sir James Paget (p. 105) : « Dans un cas donné quelconque, il peut être très difficile ou impossible d'analyser l'état constitutionnel complexe qui résulte de l'hérédité, de la syphilis, du traitement, d'une foule de circonstances. Mais on peut poser en toute sûreté la grande règle de pratique suivante : dans chaque cas de syphilis, il est essentiel de découvrir, si possible, la constitution héréditaire du sujet et de traiter cette constitution au degré nécessaire en même temps que l'on traite le syphilis. Ainsi, à tout malade qui a une scrofule évidente ou la tuberculose, ou une tendance à cette affection, le mercure ne doit pas être administré ; il vaut souvent même mieux abandonner la syphilis primitive à elle-même que de le donner et, quand on le donne, il doit être associé à l'huile de foie de
morue ou au fer, à une bonne alimentation et à tous les autres moyens nécessaires pour éviter le risque de hâter la marche de la scrofule ou de la tuberculose. Les mêmes règles doivent être observées dans les périodes plus avancées de la syphilis. La tuberculose, la scrofule, ou toute autre diathèse, doivent être traitées en même temps que la syphilis, non seulement pour leur propre compte, mais parce qu'elles empêchent l'action régulière des médicaments spécifiques de la syphilis. »
Après ces indications générales, voyons les indications de thérapeutique journalière. On peut dire que le mercure, sous ses différentes formes chimiques et pharmaceutiques, devra être administré, mais être manié avec ménagement : en effet, si dans certaines formes graves de syphilis strumeuse, il doit être employé à dose presque massive, dans d'autres formes, au contraire, il devra être admimistrè à petites doses, sous telle ou telle forme particulière et surveillé avec le plus grand soin.
Viodure de potassium est en général indiqué dâ*hs les formes tertiaires et même secondaires des manifestations syphilo-strumeuses; il présente moins de contre-indications que le mercure. Mais ces deux médicaments ont une action souvent fâcheuse sur la marche de la tuberculose qui subit, à un moment donné, l'influence désastreuse de la vérole. On se trouve alors presque complètement désarmé, et la terminaison fatale de la syphilo-tuberculose est la règle habituelle.
Si le traitement spécifique est nécessaire aux scrofuleux véroles, le traitement tonique et reconstituant est plus indispensable encore. Tout le monde est aujourd'hui d'accord sur ce point. M. Fournier esquisse ainsi ce traitement : « Vous aurez souvent à prescrire les divers agents de la médication tonique et reconstituante : en premier lieu, le fer éminemment précieux pour combattre la chloroanémie, l'asthénie syphilitique et tous ces phénomènes de langueur, de dépression générale, qui sont si communs chez la femmependant la période secondaire : le quinquina, les amers, Y huile de foie de morue, les bains salés, sulfureux, les eaux minérales (Uriage, Cauterets, Aix en Savoie, Luchon, etc.), les douches froides et l'hydrothérapie, qui ont souvent donné d'excellents résultats; les bains de mer, le séjour à la mer et à la campagne. » Enfin, il va sans dire que si jamais les soins hygiéniques doivent avoir une place en thérapeutique, ce sera ici qu'on devra les employer.