‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 19 sur 192 · Bull Soc. de chir., séance du 30 mars 1870, p · texte numérisé non relu

Bull Soc. de chir., séance du 30 mars 1870, p

2. Berlin, Min. Woch., 1869. p. 365. — Obs. reproduite par Liebreich., 17/;/drate de chloral, trad. franc., Paris 1870, p. 61.

Il s'agit d'un garçon de sept ans qui, en juillet 1869, quelques jours après une plaie de la joue gauche avec corps étranger et paralysie faciale de ce côté, fut pris de trismus, puis de contracture des muscles de la face, du cou, du pharynx et des grands droits de l'abdomen. A l'aide de la sonde œsophagienne on lui administra 2 grammes d'hydrate de chloral, ce qui le fit dormir toute la nuit jusqu'à trois heures du matin ; de trois heures à neuf heures, il resta éveillé mais calme ; à neuf heures, nouvelle crise assez intense. Une seconde dose de chloral fut administrée avec la sonde, dont l'introduction provoqua encore un accès. L'enfant redevint alors calme et s'endormit, bien que le sommeil ne fût pas bien profond.

La relation s'arrête là.

Dans un article postérieur, Jastrowitz rapporte dix cas de delirium tremens, traités avec plus ou moins de succès par le même médicament, à la clinique du professeur Westphall (Berl. klin. Woch., 1869, p. 425).

M. Chapman relate, dans le Médical Times du 2 novembre 1869, l'histoire d'un homme de soixante ans, ivrogne de profession, et qui déjà avait eu cinq attaques de delirium tremens en cinq ans.

L'opium réussit tout d'abord, mais une rechute étant survenue quelques jours plus tard, et l'opium devenant insuffisant, Chapman administra trente grains d'hydrate de chloral, puis vingt, en tout cinquante, qui firent cesser définitivement le délire.

Relativement à Véclampsie, Rabl-Rùckard (Voy. Berlin, klin. Wochenschrift, 1869, p. 543j a fait connaître deux faits de guérison par le chloral.

Dans le premier cas, les attaques qui s'étaient montrées au début du travail et se répétaient depuis six heures déjà, cédèrent à une injection sous-cutanée de 2 grammes de chloral, suivie de quatre autres injections de 1 gramme, faites dans l'espace de vingt heures.

Dans un second fait, l'éclampsie durait depuis vingt heures. Une double injection de 2 grammes chacune de chloral mit fin aux attaques. Mais, dans un troisième fait, l'auteur n'a pas été aussi content des résultats fournis/par le chloral.

Revenant au tétanos, je rappellerai que dans certaines localités, et sous certaines latitudes, on observe plus souvent qu'à Paris cette redoutable complication des plaies.

C'est ainsi que mon ancien condisciple, M. Thomas, a eu l'occasion d'observer à Nevers quatorze cas de tétanos à lui tout seul, alors que, à Paris, tant en ville qu'à l'hôpital, je n'ai eu à traiter jus-

qu'ici que cinq à six tétaniques. Il paraît que dans le département des Deux-Sèvres, en particulier, le tétanos sévit fréquemment.

Tout le monde sait, d'ailleurs, combien le tétanos est commun dans le Nord, et aussi dans les contrées équatoriales. Mais laissant de côté toutes ces questions de localité, j'arrive aux objections qui ont été faites à ma communication.

M. Desprès nous a dit que la guérison spontanée du tétanos subaigu est aux insuccès comme un est à neuf. Je ne sais véritablement pas où il a pu puiser les éléments de cette statistique, attendu que si l'on s'empresse de publier les cas de guérison de tétanos, il n'est pas douteux que le plus grand nombre de ceux qui se sont terminés par la mort restent dans l'ombre.

Notre collègue semble croire que la forme chronique guérit toute seule, ce en quoi il est en communion d'idées avec Billroth. Mais il oublie, sans doute, que souvent le contraire a lieu ; à preuve, l'exemple cité dans la dernière séance par M. Demarquay, et terminé par la mort; à preuve encore, mon malade et celui de MM. Dubreuil et Onimus, qui ont manqué périr plusieurs fois, et qui seraient morts très certainement si on n'était pas intervenu à temps.

M. Desprès ne voudra pas, sans doute, abandonner les tétaniques sans secours, mais sommes-nous déjà si armés contre cette terrible affection pour qu'il soit inutile de chercher à mieux faire?

Les succès que j'ai obtenus, ceux de Langenbeck et d'Onimus, nous encouragent à poursuivre l'emploi du chloral, et c'est à l'avenir qu'appartient de juger définitivement la valeur réelle de cet agent thérapeutique.

M. Desprès fait du chloral un soporifique tout comme un autre. Qu'il me permette de lui faire observer que ce médicament est en outre analgésique et anti-convulsif, et c'est précisément parce qu'il réunit ces trois qualités qu'il paraît devoir convenir au traitement du tétanos.

Notre collègue semble vouloir admettre deux espèces distinctes de tétanos : l'une, à forme lenle et susceptible de guérison ; l'autre au contraire, à marche rapide et essentiellement mortelle. Pour mon compte, je crois qu'il y a des tétanos variant quant au siège et à l'étendue, mais non par leur nature, qui est toujours la même, à savoir une action excito-motrice réflexe. Tantôt, en effet, il s'agit d'un simple spasme au voisinage de la partie lésée; d'autres fois on a affaire au tétanos plus ou moins généralisé. Tant que le tétanos se borne aux muscles extérieurs et h ceux des membres, il n'offre aucune gravité. Mais supposez un instant que les muscles de la

mastication et de la respiration viennent à se prendre, alors le pronostic devient des plus fâcheux.

Je ne veux point soutenir ici que dans le tétanos il n'y ait aucune altération matérielle soit dans la composition du sang, soit dans les centres nerveux. Au contraire, la température peut, dans le tétanos à marche rapide, monter jusqu'à 40°, et des altérations des centres ont été rencontrées alors que la maladie avait duré depuis quelque temps. Seulement, ainsi que je le disais dans la dernière séance, il est à croire qu'il s'agit plutôt là de lésions consécutives.

Quoiqu'il en soit, trois éléments doivent être pris en considération dans le traitement du tétanos, à savoir : la douleur, la. prolongation de la contracture; enfin les altérations du sang et des centres nerveux.

Le chloral s'adresse à l'élément douleur et à l'excitabilité réflexe de la moelle; de là, le calme et la détente musculaire qu'il procure à la longue.

Si des muscles importants à la vie sont tétanisés, le malade est sous le coup d'un danger imminent, auquel cas il faut, à l'exemple de MM. Lavaux, Dubreuil et Onimus, faire cesser la contracture surle-champ, à l'aide des courants continus.

Les objections émises dans la discussion qui suivit sur le rôle du chloral dans la guérison du tétanos sont résumées dans la thèse de M. Soubise, dont nous allons donner de longs extraits.

SON TRAITEMENT PAR L'iiYDRATE DE CIILORAL

Par M. le Dr A. Soubise » .

Pensant que les spasmes tétaniques sont des phénomènes réflexes, M. Soubise étudie ces phénomènes dans une première partie de sa thèse, sur laquelle nous n'insistons pas ici.

Dans la seconde partie, il pose la question de savoir ce que c'est que le tétanos; avant d'aborder l'étude de la pathogénie, il dit quelques mots de l'anatomie pathologique, parce que les différentes lésions que l'on a trouvées sur le cadavre ont donné naissance à des opinions variées sur la nature du mal.

Tout le monde, dit-il, est d'accord pour chercher dans une modification du système nerveux la cause de la maladie, mais quelle partie de ce système est atteinte, quelle est la lésion? Avons-nous affaire à une maladie primitive du système nerveux, ou à une intoxication primitive du sang qui agirait ensuite sur le cerveau ou sur la moelle?

L'intégrité de l'intelligence et de toutes les fonctions sensoriales, l'absence de lésions dans le cerveaji, ne permettent pas de placer dans les centres nerveux le siège du tétanos. Cependant, Rose'2 dit que l'insomnie, l'augmentation de température dans le tétanos doivent engager les anatomo-pathologistes à chercher les lésions tétaniques au niveau de la protubérance. Peut-être le cerveau est-il

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