‹ Mémoires de chirurgie (volume 4)Chapitre 27 sur 192 · Dupuytren, Clin, chir., 2e éclit., t. V, p · texte numérisé non relu

Dupuytren, Clin, chir., 2e éclit., t. V, p

le son des cloches de Notre-Dame, occasionner le tétanos chez des blessés. La physiologie enseigne encore que des contractions musculaires peuvent succéder aux impressions des organes des sens, ainsi qu'aux impressions morales, telles : la contraction des fibres vaso-motrices (pâleur), l'horripilation, la syncope causée par l'effroi.

On a signalé comme cause du tétanos l'abus des boissons spiritueuses, la présence des vers dans l'intestin (Laurent, de Strasbourg, a surtout attribué une grande importance à cette dernière cause), la constipation, la rétention du méconium chez les enfants *, la présence de corps irritants dans les intestins, comme les noyaux de cerises dont parle Heurteloup 2.

Dans tous ces cas, il est facile d'expliquer le spasme tétanique en invoquant le mécanisme de l'action réflexe. Toutes les causes que nous venons d'énumérer agissent en irritant les extrémités périphériques des nerfs sensitifs qui se distribuent à l'intestin (Plexus d'Auerbach et de Meissner.) Le travail de la dentition et la carie dentaire peuvent encore déterminer le tétanos ; ici encore nous trouvons une irritation nerveuse. D'ailleurs il est reconnu que la plupart des causes que nous venons d'énumérer peuvent produire par action réflexe des convulsions éclamptiques chez les enfants et épileptiformes chez les adultes. Or, le tétanos étant caractérisé par des accès convulsifs surajoutés à une convulsion généralisée, nous ne voyons pas pourquoi l'on refuserait d'expliquer par le même mécanisme des effets qui ne diffèrent que par leur intensité.

Nous ne dirons qu'un mot du tétanos des nouveau-nés, qui ne diffère en rien, quant au mode pathogénique, du tétanos des adultes. S'il succède à la ligature du cordon, il peut être considéré comme un tétanos traumatique. Dans tous les autres cas, ses causes sont celles du tétanos des adultes. L'impressionnabilité plus grande des petits êtres explique sa fréquence.

Nous croyons avoir démontré qu'il est toujours possible d'expliquer les spasmes tétaniques par le mécanisme des actions réflexes, mais nous prévoyons une objection.

Pourquoi, dira-t-on, le tétanos débute-t-il par le trismusV Nous répondrons que le tétanos ne débute pas toujours par le trismus; qu'il est assez fréquent de voir les spasmes tétaniques limités à un membre; que dans les cas de tétanos traumatique

1. Bouchut, Traité des maladies des nouveau-nés, 5e édit.,p. 106. Paris, 1867. '2. Précis du tétanos che% les adultes. Paris, 1793, p. 2.

généralisé, le trismus a souvent été précédé de raideur musculaire ou de douleur dans le membre blessé; que le malade de M. Cusco ressentit des fourmillements dans le bras blessé avant l'apparition du trismus (Obs. XII); et enfin que l'apparition rapide de celte contracture des mâchoires s'explique très bien si l'on se rappelle ce que nous avons dit de la dispersion des irritations dans la substance grise de la moelle. L'origine des deux racines du trijumeau dans le bulbe, les nombreux prolongements qui mettent ces racines et les cellules auxquelles elles aboutissent en relation avec les nerfs voisins, expliquent comment l'excitation motrice est transmise au nerf masticateur.

Si, avec Schrœder van der Kolk et Stilling, on admet que le bulbe est le siège de la perception sensitive, on comprend encore mieux la facilité et la rapidité avec laquelle une irritation partie d'un point quelconque du corps sera transmise dans cette partie de l'axe cérébro-rachidien et transformée en incitation motrice.

Voyons maintenant s'il est possible, étant admise la nature réflexe du tétanos, d'expliquer les lésions trouvées sur le cadavre.

La contracture violente et permanente des muscles explique la stase sanguine, la rougeur, la rupture des capillaires, les épanchements sanguins qui en résultent et enfin la rupture des fibres musculaires. Les congestions, lesépanchements sanguins que maints observateurs ont constatés dans les différents viscères de la poitrine et de l'abdomen, dans le médiastin postérieur, reconnaissent pour cause le genre de mort auquel succombent le plus souvent les tétaniques. La raideur musculaire, la contracture des muscles respirateurs et de ceux de la glotte déterminent effectivement la mort par asphyxie. C'est pourquoi nous ne devons pas nous étonner de trouver dans certains cas des hémorrhagïes méningées ou rachidiennes, de la rougeur et même des ecchymoses de la muqueuse des voies aériennes. Toutes ces lésions sont évidemment le résultat et non la cause des spasmes tétaniques.

Quant aux lésions inflammatoires de la moelle qu'on a constatées dans certains cas, nous pensons avec Blizard Curling1, que souvent on a eu affaire à de véritables myélites ou à des méningites, auxquelles sont venus s'ajouter des symptômes tétaniques. Ce que nous savons d'ailleurs des effets de l'irritation réflexe permet encore de considérer ces lésions comme des altérations secondaires. La physiologie apprend, en effet, que sous l'influence d'excitations pro-

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