E. Follin, Traité élém. de path. externe, t. Ier, p
4. Claude Bernard, Leçons sur les substances toxiques, p. 376,
ne guérirait pas pour cela. » Si l'on admet cette opinion, il faut renoncer à l'emploi du curare contre le tétanos. Si d'un autre côté, comme MM. Martin-Magron et Buisson, on ne croit pas à l'antagonisme du curare et de la strychnine, la raison qui avait fait employer le poison des flèches dans le tétanos n'existe plus.
Trousseau et Pidoux1 rapportent plusieurs cas de guérison obtenus par l'administration de Vésérine, alcaloïde de la fève de Calabar, mais s'il est vrai, comme le disent ces auteurs, que les nerfs sensitifs conservent leurs propriétés tant que la moelle n'est pas complètement paralysée et que jusque-là leur sensibilité tactile est augmentée, ce médicament ne répond guère à l'indication.
Après avoir établi le bilan des différentes méthodes de traitement du tétanos, étudions les effets d'un médicament dont l'action physiologique nous paraît remplir toutes les indications, et cherchons par l'examen des faits à en déterminer la valeur. — Ce médicament, c'est Yhydrate de Moral.
Le chloral, découvert en 1830 par Liebig, forme avec l'eau une combinaison cristallisable (chloral hydraté), qu'on emploie en médecine. Il a été bien étudié par M. Oscar Liebreich2 qui après avoir expérimenté sur les animaux, en a fait application à l'homme. Ses expériences tendent à démontrer que le chloral arrivé dans le sang se dédouble en acide formique et chloroforme. 11 est donc à peu près certain qu'il agit comme le chloroforme, que son action s'exerce sur les cellules ganglionnaires du cerveau, puis sur la moelle épinière, et qu'enfin dans les cas terminés par la mort, elle atteint les cellules ganglionnaires du cœur. La décomposition en chloroforme ne se faisant que lentement dans l'organisme, le chloral ne donne pas lieu à la période d'irritation que déterminent les inhalations chloroformiques,
Le chloral agit comme hypnotique et comme anesthésique. La période d'hypnotisme survient rapidement après l'ingestion, et, si la dose a été suffisante, cette période est suivie d'une anesthésie qui peut devenir complète. Il résulte, en effet, des expériences de M. Liebreich que, sous l'influence de cet agent, l'irritabilité réflexe disparait entièrement.
Comme hypnotique, le chloral diffère de la morphine par la rapidité avec laquelle il agit et par son innocuité sur les organes diges-
1. Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique. Paris, 1869, p. 273 et 289.
2. 0. Liebreich, l'Hydrate de chloral, trad. franc, par Levaillant. Paris, 1870, p. 65.
tifs ; la morphine n'exerce, en effet, son action soporifique qu'après plusieurs heures, et de plus elle a l'inconvénient d'amener souvent des troubles gastriques.
Les travaux de M. Liebreich ont encore démontré qu'il existe entre la strychnine et le chloral un véritable antagonisme.
Cette influence du chloral sur les spasmes strychniques, ses propriétés anesthésiques, l'abaissement de température qu'il détermine, devaient nécessairement engager les cliniciens à essayer son action dans le tétanos. M. Liebreich y avait déjà pensé, et M. Langenbeck, après en avoir retiré de bons effets dans le delirium tremens, l'employa avec succès dans un cas de tétanos traumalique.
M. Yerneuil de son coté y eut recours, le 29 janvier 1870, et obtint une guérison. Depuis lors, l'attention a été mise en éveil, et nous avons pu réunir quatorze observations de tétanos traité par le chloral. Si nous y ajoutons celle de M. Langenbeck, nous arrivons à quinze cas.
Pour le malade de M. Verneuil (Obs. I), la durée du traitement a été d'un mois environ. L'administration du médicament a toujours été suivie d'un calme rapide; le matin, au moment le plus éloigné de l'ingestion du chloral, le malade accusait de vives souffrances, et il eut trois rechutes qui coïncidèrent avec la suspension momentanée du remède. Nous croyons pouvoir en conclure que la guérison et la marche lente de la maladie doivent certainement être attribuées au chloral ; le mode d'administration du médicament, dont les doses furent espacées de telle façon que le malade pût être constamment sous son influence, paraît avoir eu une grande part dans la guérison. C'est bien certainement à cette continuité d'action qu'il faut attribuer en grande partie les bons effets obtenus, et c'est aussi la possibilité de produire une action non interrompue qui constitue la supériorité du chloral sur le chloroforme en inhalations. M. Verneuil n'a pas craint de donner des doses considérables, et c'est probablement pour n'avoir pas suivi cet exemple que M. Waren Tay (Obs. VII) a vu périr sa malade. En effet, M. Dufour (de Lausanne) qui fit prendre à son tétanique jusqu'à 16 grammes de chloral dans une journée, parvint à se rendre maître du mal. Nous verrons bientôt que, dans toutes les observations, les variations de doses ont amené des variations dans l'état du malade.
Donc, pour obtenir de bons effets du chloral il faut : 1° le prescrire dès l'apparition des premiers spasmes; 2° le donner à dose considérable (de 8 à 12 grammes dans les vingt-quatre heures) et n'abaisser cette dose que quand les spasmes ont cessé complètement
depuis un certain temps; 3° le faire prendre dans une potion administrée par fractions jusqu'à ce que la malade s'endorme.
Voyons si ces règles ont été suivies dans toutes les observations que nous rapportons.
Dans l'observation II, le chloral administré régulièrement el à hautes doses par M. Dufour enraye les accidents et produit la guérison.
Dans l'observation III, MM. Dubrueil, Lavaux et Onimus ayant suspendu l'administration du chloral, le malade fut pris d'une crise violente à laquelle il faillit succomber et tomba dans un état de mort apparente dont on ne put le tirer que par l'application des courants continus. Une seconde suspension du médicament provoqua le retour des spasmes et d'une contracture généralisée ; il fallut, pour les faire cesser, 16 grammes de chloral et l'emploi de l'électricité.
Ici l'influence du chloral a été bien nette, puisque la contracture a disparu ou reparu suivant qu'on l'a donné ou supprimé.
Dans l'observation IV, le chloral a été prescrit dès l'apparition des premiers symptômes, puis continué régulièrement et sans interruption jusqu'à cessation complète des accidents.
Dans l'observation V, tandis que la morphine et le chloroforme ne diminuaient en rien les spasmes, une amélioration immédiate succéda à l'administration du chloral. Le bromure de potassium que l'on prescrivit simultanément a pu jouer le rôle d'adjuvant, mais la cessation brusque des accès convulsifs sous l'influence du premier dit assez que l'honneur de la guérison lui revient.
Dans l'observation VI, le malade, tenu constamment sous l'influence du chloral à doses graduées, éprouve un soulagement progressif qui le conduit à la guérison ; il a pris, dans l'espace de vingt-deux jours, 178 à 180 grammes de chloral.
Dans l'observation VII, le malade entra à l'hôpital dans un état des plus graves. Le chloral, quoique donné à petites doses, produisit une amélioration immédiate; une période de calme suivait toujours son ingestion. Impossible, dans ce cas, de nier ses effets bienfaisants, et si la terminaison a été fatale, cela tient à ce que l'on a donné des doses insuffisantes et à des époques trop éloignées. L'insuccès s'explique encore par la difficulté qu'il y eut à faire prendre le remède dans les derniers jours. Peut-être aussi le lavement d'eau-de-vie a-t-il été plus défavorable qu'utile.
Dans l'observation VIII, même diminution des accidents sous l'influence du chloral. « L'action, dit M. Guyon, était très remarquable,
presque instantanée, et l'amélioration se soutint assez longtemps à deux ou trois reprises; mais le médicament a-t-il été donné à assez hautes doses? » — Cette amélioration que signale l'auteur, la crainte qu'il exprime d'avoir donné trop peu de chloral, nous autorisent à dire que la guérison eût été peut-être obtenue à l'aide de closes plus considérables.
Dans l'observation IX, le chloral détermina encore la cessation momentanée des spasmes; mais, selon nous, les doses ont été trop faibles. Peut-être aussi, suivant la remarque de M. Verneuil, eût-on pu prévenir l'asphyxie par l'application des courants continus.
Dans l'observation X, le chloral n'a pas été donné dès l'apparition des symptômes, les doses ont d'abord été faibles et cependant elles ont déterminé un mieux marqué. La veille de sa mort seulement, le malade a pris 8 grammes dans la journée, et le lendemain on a .cessé la médication. Le mode d'administration a encore laissé à désirer, et malgré cela, on ne peut pas dire que le chloral a été •inefficace.
Dans l'observation XI, l'influence exercée par le chloral est d'autant plus appréciable que le malade n'en absorba pas une grande quantité, ce qui n'empêcha pas les symptômes tétaniques de s'amender considérablement. Le 9 avril, la résolution était complète, la bouche s'ouvrait largement, il n'y avait plus de crampes. Le lendemain, jour de la mort, on entendait des râles sous-crépitants dans toute la poitrine, la dyspnée était extrême et la température s'était élevée considérablement; nous croyons donc avec M. Mollière que la malade a succombé à sa lésion pulmonaire et que, sans cette complication, la terminaison eût probablement été heureuse.
Dans l'observation XII, les premiers spasmes apparaissent le 8 juillet et le chloral n'est donné que le 10. A partir de ce jour, il est vrai, des doses assez fortes sont administrées régulièrement. Une amélioration de courte durée survient à plusieurs reprises et le malade finit par succomber. Nous ferons remarquer que les bains semblent avoir été défavorables ; le refroidissement, qu'il n'est pas toujours facile d'éviter en pareil cas, a peut-être été la cause déterminante des accès violents.
Dans l'observation XIII, le chloral détermine une amélioration progressive, et le 16 juillet, la contraction ayant presque complètement disparu, on abaisse la dose ; alors survient une céphalalgie intense et le 18 letrismus et l'opisthotonos reparaissent. On reprend alors la dose habituelle (10 grammes) et les accidents cessent de nouveau. Le 24 juillet, la guérison était certaine.
Dans l'observation XIV, une détente immédiate succède à l'emploi méthodique du chloral. Le 20 juillet, légère recrudescence dans les symptômes, alors que la veille le malade n'a pris que 4 grammes de chloral; mais trois jours plus tard on constate un mieux marqué et bientôt la cessation complète des accès convulsifs.
De l'analyse de ces faits, il résulte que le chloral a constamment produit une amélioration notable, que dans tous les cas on a vu les spasmes diminuer ou même cesser complètement sous son influence, et que probablement on eût obtenu un plus grand nombre de guérisons si le médicament eût été administré dès le début de la maladie à doses suffisantes et d'une façon méthodique.
Nous ajouterons que jusqu'à présent aucune médication n'a donné d'aussi beaux résultats, résultats d'autant plus encourageants que l'expérience permettra, dans l'avenir, d'éviter les tâtonnements et d'administrer d'emblée des doses suffisantes.
Nous répétons que le mode d'administration du chloral a une importance capitale el qu'il est indispensable de suivre la méthode de M. Verneuil, c'est-à-dire de donner des doses successives jusqu'à l'arrivée du sommeil et la cessation des accès convulsifs.
Obs. I. — (Voir p. 100).
Oes. II. — Plaie de l'œil. — Tétanos. —Chloral et morphine. —
Guérison i.
Jeune homme de vingt-six ans, entré le 16 mars à l'hôpital de Lausanne pour des blessures multiples causées par l'explosion d'une mine survenue le 9 mars. Destruction de l'œil droit. Perforation de l'œil gauche. Légères plaies au bord interne de la main gauche, sans lésion importante. Phlegmon sans gravité du poignet droit. On ne s'occupait plus que des lésions oculaires, lorsque le 2-4 mai le blessé accuse un peu de difficulté à avaler.
Le lendemain 22, trismus très prononcé, flexion des doigts de la main gauche. 12 grammes de chloral sont administrés. Sommeil.
1. Dufour, Bull. Soc. de chir., 11 mai 1870, p. 171. — Dans cette séance, M. Verneuil a communiqué, de la part de l'auteur, médecin adjoint à l'hôpital de Lausanne, une note concernant trois cas de tétanos traités par le chloral.
Dans deux de ces cas, dont il n'est fait du reste qu'une simple mention, il s'agissait de tétanos suraigu terminé rapidement par la mort, avant que le chloral ait pu agir efficacement. La troisième observation, donnée en détail, est relative à un tétanos à marche lente, et qui a guéri.
Amélioration évidente, écartement double des mâchoires, doigts plus mobiles; le soir, le spasme reprend son intensité.
Pendant cinq ou six jours, la dose quotidienne de chloral s'élève à 8 grammes. Contracture du dos et de l'abdomen, irritabilité réflexe faible.
Le 30, la dose de chloral ne produisant plus d'effet hypnotique, on la porte à 16 grammes.
Le 4, affaiblissement du malade. On prescrit 2 centigrammes de morphine qui agissent favorablement.
Le 7, la morphine n'agit plus. Les crampes tétaniques reviennent plus fortes; on cesse le médicament.
Du 10 au 13, irritabilité réflexe excessive. Le moindre choc amène une crampe des muscles du dos et des bras. On prescrit de nouveau 12 grammes de chloral. Le malade s'endort. La raideur diminue progressivement et cesse complètement du 5 au 20, un peu moins d'un mois après le début des accidents tétaniques.
Malgré le développement du tétanos, les plaies de la main s'étaient régulièrement cicatrisées. Elles étaient fermées dès le 30 mars, sauf une, qui ne guérit complètement que le 7 avril. Les cicatrices conservèrent pendant une dizaine de jours une coloration rouge très foncée.
Le malade regagne son pays le 26 avril.
Obs. III. — Tétanos traumalique guéri par le chloral et les courants continus1.
Homme, cinquante ans, blessé le 16 février à la main gauche, par une scie circulaire qui avait ouvert l'articulation de la première avec la deuxième phalange du pouce, et légèrement entamé le côté interne de l'index.
Pendant dix jours, ce malade ne ressentit rien de particulier; mais le 26 février, à la suite de l'application sur la plaie d'une substance irritante, il fut pris de trismus et de douleurs le long de la colonne vertébrale. Ces phénomènes augmentant, il consulta le Dr Lavaux, qui prescrivit l'application d'un cataplasme sur la plaie, et l'administration, à l'intérieur, du bromure de potassium et de l'extrait de belladone.
M. Dubreuil vit le malade le 3 mars : pouls à 120; corps inondé de sueur. Muscles élévateurs des mâchoires et des régions anté-
1. Dubreuil, Lavaux et Onimus, Bull. Soc. de chir., 1870, p. 192.
rieures du cou, du thorax et de l'abdomen contractés, cependant sans vives douleurs. Pas de secousses tétaniques. La respiration se faisait par le diaphragme. Immédiatement, on prescrit l'hydrate de chloral en potion, à la dose de 6 grammes par jour. En outre, le Dr Onimus applique les courants continus descendants avec la pile au protosulfate de mercure.
Après l'administration du chloral, diminution considérable du nombre des pulsations et rémission de la contracture; demi-somnolence. Les courants continus déterminaient, au moment de leur application, une détente complète qui persistait un certain temps après, puis la contraction se reproduisait. Pendant l'électrisation, on voyait les côtes se mouvoir normalement, tandis que la contracture les maintenait immobiles.
L'amélioration obtenue dès les premiers jours persista sans changement notable jusqu'au 12 mars; le 9, l'électricité avait été supprimée. Le 12, le D' Lavaux suspendit aussi l'administration du chloral. A onze heures du soir, passant devant la maison du malade, il entra le voir, et au moment même survint une crise caractérisée par une contracture générale et un arrêt complet de la circulation et de la respiration. Le corps se couvrit d'une sueur froide.
Le Dr Lavaux, saisissant les électrodes de la machine qu'il avait heureusement sous la main, les appliqua sur la colonne vertébrale, en portant immédiatement le courant à son maximum d'intensité. Sous cette influence, le cœur recommença à battre, une respiration stertoreuse souleva la poitrine du malade, les muscles s'étendirent. L'application du courant avait duré environ cinq minutes, et notre confrère affirme que pendant au moins une minute il n'y a eu ni battement du cœur ni respiration. La séance d'électrisation fut continuée pendant deux heures; le chloral fut immédiatement repris et porté à la dose de 8 grammes dans les vingt-quatre heures.
L'amélioration persistait et augmentait lorsque, le 18 mars, par suite du manque de chloral à la pharmacie qui le fournissait d'habitude, le malade fut privé de ce médicament. Le lendemain, fti contracture reparaissait, se généralisait et envahissait les muscles des membres supérieurs et inférieurs; le pouls remontait à 110.
On administra alors 16 grammes de chloral en vingt-quatre heures; l'électricité fut continuée.
Le 20 mars, la contracture diminuait, et cette fois le mieux était définitif.
verneuil. v. — 14
210 TRAITEMENT DU TETANOS.
Le 2 avril, la plaie était cicatrisée, et le 13 le malade, qui habite à la Villette, allait à pied à Laiïboisière faire constater sa guérisou par M. Verneuil.
Obs. IV. — Tétanos traumatique à invasion rapide, guéri par le chloral (Observation communiquée à la Société de médecine d'Elbeuf, par M. Bertrand).
Le 20 avril dernier se présente à ma consultation la femme Riquier, vingt-huit ans, maigre, de tempérament nerveux. Cette femme, partie de chez elle à quatre heures du matin en bonne santé, a été prise à neuf heures du matin, dans l'articulation de la mâchoire du côté droit, d'une douleur qui l'empêche d'ouvrir la bouche. Le trismus est tel que je ne puis introduire une spatule entre ses dents.
Le matin même à quatre heures, elle s'est blessée avec la pointe de son serpillon, à la partie inférieure et externe de la jambe droite, où on trouve, en effet, une petite plaie ayant à peine saigné et déjà fermée.
Malgré le peu d'importance de cette plaie, je pensai avoir affaire à un tétanos, commençant cinq heures après l'accident.
Me souvenant alors de l'observation de M. Verneuil, je prescrivis 4 grammes d'hydrate de chloral dans 120 grammes de sirop à prendre dans les vingt-quatre heures; le lendemain matin la malade était dans un état alarmant : rigidité prononcée de tous les muscles du corps, surtout des muscles des gouttières vertébrales. Même trismus. Je prescrivis un grand bain et 6 grammes de chloral. La malade ne peut boire qu'à l'aide d'une cuiller.
2 mai. La journée de la veille et la nuit ont été un peu moins mauvaises, en ce sens que le sommeil, bien que souvent interrompu, a été un peu plus long. Le calme succédait assez rapidement à l'administration du chloral. Même prescription que la veille. On est forcé de donner les boissons chaudes : le froid paraît désagréable. Intelligence intacte; grande difficulté dans la parole.
3 mai. Même état, mêmes prescriptions, un grand bain.
4 mai. La dose de chloral est portée à 8 grammes. 5, 6, 7 mai. Même état.
8 mai. Aggravation. 12 grammes de chloral. Grand bain. La malade dort beaucoup, elle ne sort de son sommeil que pour réclamer le sirop de chloral, parce que la raideur tétanique des muscles la fait beaucoup souffrir.
Du 8 au 22 mai, les symptômes suivent une marche décroissante
très peu marquée. Pendant tout ce temps, la malade a pris chaque jour 12 grammes de chloral. Enfin, du 22 au 25 mai, l'amélioration se montre franchement; la contracture des extrémités ne se montre plus qu'à de rares intervalles.
Le 23 mai on ne donne plus que 8 grammes de chloral, puis 4 grammes seulement le 26. Enfin les symptômes tétaniques ayant complètement disparu, on se contente de donner le soir un peu de sirop.
Je cesse de visiter la malade, et ne la revois que le 8 juin. Elle était levée et en train de manger avec grand appétit ; elle éprouvait encore de temps en temps dans le dos, dans le bras et la jambe droite, des secousses désagréables, mais très passagères, qu'elle compare à des décharges électriques. Je conseille de prendre encore de temps en temps un grand bain. Le 20 juin, elle reprend ses travaux et prétend qu'elle a engraissé1.
Obs. V. — Tétanos traumalique traité avec succès par le bromure de potassium et V hydrate de chloral2.
Georges B..., dix-huit ans, tombe d'une charrette, le 31 janvier 1870. — M. Denton est appelé le 16 février, six jours après l'apparition des symptômes tétaniques. Le malade est de petite taille, d'un tempérament sanguin et d'habitudes sobres. Trismus, rire sardonique et opisthotonos marqué; muscles abdominaux tendus, dos arqué. Dysphagie. Face congestionnée. Peau chaude. Pupille dilatée. Pouls à 120, petit et dur, 35 respirations. Constipation depuis deux ou trois jours. Insomnie depuis cinq ou six nuits. Plaie de mauvais aspect, à la face dorsale de la première phalange de l'index droit. L'ongle a été arraché deux jours auparavant. Dos de la main enflammé et tuméfié. Douleur le long de la face postérieure de l'avant-bras et de la face antérieure du bras jusqu'à l'aisselle. Calomel. Jalap. Lavement stimulant.
On administre la morphine et le chloroforme, tous les soirs, du 16 au 21 février, sans obtenir aucune amélioration.
On donne alors le sirop de chloral par petites doses de 3 drachmes
1. Cette observation est fort remarquable par la rapidité de l'invasion. A coup sûr, il ne s'agissait pas ici d'un tétanos à marche chronique; la malade a dû son salut à la promptitude avec laquelle M. Bertrand a posé son diagnostic et institué le traitement. Il n'en a pas moins fallu continuer le traitement pendant plus d'un mois. — A. V. 1886.
2. Edward R. Denton, Brit. Med. Joum., 2 avril 1870, t. Ier, p. 230.
jusqu'à ce que le sommeil s'ensuive; celui-ci dure quelques heures.
Penchant les trois premiers jours, application de glace sur la colonne vertébrale; on la supprime, parce que le malade ne peut la supporter. Alors frictions avec un Uniment de chloroforme belladone. La plaie se cicatrisa complètement en peu de jours.
Le 48 février, on donne toutes les quatre heures un scrupule de nromure de potassium avec vingt gouttes de teinture de belladone, jusqu'au 27 février, époque à laquelle le malade entre en convalescence. Comme il était très faible, le bromure de fer et l'hydrate de chloral à la dose de 5 grammes furent substitués au bromure de potassium et à la teinture de belladone, trois fois par jour.
Le 14 mars, guérison complète.
Obs. VI. — Corps étranger sous l'ongle. — Tétanos. — Chloral. — Guérison1.
Homme de trente-quatre ans, fort, robuste et sobre, s'enfonce le 27 avril une épine à la base de l'ongle du pouce de la main gauche. Atteint depuis huit jours de symptômes tétaniques, il est étendu roide sur son lit, ne pouvant plus remuer le cou ni écarter les mâchoires de plus d'un demi-pouce; contracture musculaire générale, opisthotonos. sans difficulté d'avaler les liquides: sueurs profuses, douleurs cardiaques, respiration faible et irrégulière, insomnie.
Après l'extraction du corps étranger et l'administration de la poudre de Dower, qui n'amena ni calme, ni sommeil, le malade fut mis, le 13 mai, à l'usage du chloral, à la dose de 8 à 10 grammes par jour. Cinq minutes après la dernière dose, un sommeil calme arriva avec persistance de la rigidité musculaire. Au réveil et après avoir pris du bouillon, le pouls tombe de 112 à 100 et la température de 103 à 99°, 5 Far., sans sueurs ni douleurs. En présence de cette action si manifeste, le malade fut dès lors tenu constamment jusqu'au 3 juin sous l'influence du chloral à doses graduées, avec une amélioration progressive. L'alimentation fut rendue ainsi de plus en plus facile et, le 6 juin, des aliments solides étaient pris et digérés; la guérison pouvait alors être regardée comme complète. On avait administré dans l'espace de vingt-deux jours environ 180 grammes de chloral.
t. Ballantvne, The Lancet, juin 1870, t. 1&, p. 898.
Obs. VIL — Tétanos traité par F hydrate de chloral. — Mort dix jours après Ventrée à l'hôpital*.
Femme de quarante ans, reçue dans le service de M. Hutchinson, le 5 février 1870.
Au moment de l'entrée, trismus très marqué. Spasme des muscles de la glotte. Congestion de la face. Danger imminent de suffocation. La malade ne peut donner aucun renseignement. Depuis une semaine il a fallu employer la force pour ouvrir sa bouche. Depuis trois jours , elle ne peut plus rien prendre que des liquides. Insomnie. Pouls inégal et très faible. On peut entr'ouvrir les mâchoires avec le manche d'une cuiller.
A trois heures et demie, on administre 1 drachme de chloral. La même dose est répétée une demi-heure après, puis à quatre heures un quart. Après la dernière dose, respiration plus libre. Le rire sardonique disparaît. Profond sommeil. Relâchement musculaire complet. La température, à 99°, 6 F. avant l'administration du chloral, tombe à 98°,4, le pouls devient plein et dur. La respiration qui était abdominale devient facile et régulière. La malade reste quatorze heures clans un état de sommeil ou d'assoupissement.
6 février. — Six heures et demie du matin. Spasmes assez violents, 1 drachme de chloral. Sommeil. Amélioration notable. Abaissement de la température. Diminution du nombre des pulsations. Une ou deux fois seulement quelques légers mouvements convulsifs.
7 février. — Thermomètre à 98°, 9. 1 drachme et demie de chloral. Sommeil un quart d'heure après. Abaissement de température.
8 février. — Dix heures du matin. Patiente assez calme, excepté quand on n'a pas donné de chloral. Température 99°. Pouls 115. Une demi-drachme de chloral. La malade refuse d'en prendre davantage. Dans les cinq heures qui suivent, la température s'élève à 99e, 7. On donne une demi-drachme de chloral en potion, et une demi-drachme en lavement, puis on reste tranquille pendant dix-sept heures.
9 février. — Huit heures du matin. Une demi-drachme de chloral. — A midi, cinquante-deux heures après l'administration de la dernière dose, spasmes très violents, trismus très fort. Température 100°,4. 1 drachme de chloral en potion : sommeil profond et cessation des spasmes. La température descend à 98°,4. A deux et à trois heures et demie, une demi-drachme de chloral. A cinq heures, sommeil profond. (Dans trois autres cas, sous