Le Fort, Bull. Soc. de chir., 1870, p
cachet spécial; par moments, crises de contracture dans les membres. — Chloral, 5 grammes.
5 avril. Malgré le chloral, le malade a eu, au commencement de la nuit, plusieurs crises; puis il est tombé dans un assoupissement dans lequel on le trouve encore ce matin ; cessation des crises de contracture. Le trismus existe toujours, quoique moins fort que la veille; point de contracture manifeste des muscles des membres; un peu de raideur des masses lombaires. — 2 grammes de chloral. T. a., 39°,2 ; P., 97; respir. 28. Chloral, 4 grammes pour la nuit.
Dans la journée, quelques crises de contractures dont une a fait craindre une asphyxie imminente. — T.a.,39°,2; P., 102; resp., 28. — Chloral, 4 grammes pour la nuit.
Soir. Trismus plus prononcé; contracture des muscles du cou et de la nuque, surtout du côté gauche; tête inclinée du côté et face tournée à droite.
6 avril. Sommeil toute la nuit, malgré quelques crises très faibles. L'inclinaison latérale de la tête et la rotation de la face persistent. Sueurs profuses chaudes. —P., 120; T. r., 39°5; resp., 34.
Chloral, 3 grammes, à prendre dans l'espace de trois heures. A une heure, le calme revient. Assoupissement depuis le matin, pas de secousses convulsives; au réveil, le relâchement des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure est tel que l'on peut introduire très aisément l'indicateur entre les arcades dentaires.
Vers trois heures, réveil ; la contracture des muscles faciaux se prononce de nouveau. On réitère la dose de chloral.
A six heures : P., 126; insp. ; 38 , T. i\, 40°2. — Le malade a sué abondamment tout l'après-midi. Il se trouve le soir, sous l'influence du chloral, aussi somnolent qu'après la première dose. La respiration parait, comme la toux et l'expectoration, un peu gênée. Cependant la contracture a complètement abandonné les muscles.
A neuf heures du soir, le malade s'est un peu affaibli. La sudation excessive a amené une soif très marquée. Pouls faible, petit et très fréquent. La contracture a disparu à peu près complètement.
On prescrit une dose de chloral pour la nuit; mais le malade succombe à minuit par suite de l'augmentation progressive de la gêne respiratoire.
Autopsie le 8, à neuf heures du matin.
Examen du m,embre lésé. — Les ligatures jetées sur les tibiales antérieure et postérieure n'ont étreint que ces vaisseaux; les cordons nerveux qui les avoisinent sont trouvés intacts et ne présentent rien d'anormal. On ne les poursuit pas jusque dans les points où se for-
mait le tissu des bourgeons charnus marquant les limites entre les parties saines et les parties gangrenées.
Cœur. — Volumineux, mou et en diastole. Plaque laiteuse sur sa face antérieure. Caillots mous dans ses cavités, dont les parois ses déchirent facilement.
Poumons. — Le droit présente le long du bord postérieur et à la partie inférieure un point de pneumonie. Mucus rosé dans les grosses bronches. A gauche, congestion hypostatique en bas et en avant, et emphysème sur le bord antérieur. Piien dans le larynx.
Foie volumineux et congestionné. Piate petite et ratatinée.
Reins congestionnés. Dans la vessie, 300 grammes environ d'une urine claire.
Cerveau. — Pie-mère cérébrale injectée à peu près partout avec la même intensité. La substance grise périphérique présente une teinte qui permet de différencier trois couches: une externe violacée, une moyenne de teinte rouillée, et une profonde teinte hortensia. Piqueté très marqué de la substance blanche. Congestion de la substance grise, des corps striés et des couches optiques. Dans le cervelet, un peu de congestion des lamelles périphériques. Rien dans le corps rhomboïdal, dans la protubérance ni dans le bulbe. Seulement la substance grise de ces organes est plus rosée que d'habitude, et cette teinte résiste au lavage.
La moelle ne présente rien d'anormal, si ce n'est un peu de dilatation de ses vaisseaux à la région lombaire et la même teinte rosée de sa substance grise1.
Obs. X. — Écrasement d'orteils. — Tétanos traumatique ayant duré trois jours et demi. Traitement par le Moral. — Mort. Autopsie0*.
G..., modeleur, vingt-sept ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 19 avril 1870, salle sainte Marthe, n° 49, dans le service de M. Laugier.
La veille, violente contusion du pied gauche, par la chute d'une barre de fer, ayant atteint les troisième, quatrième et cinquième orteils. Pas de fracture. Au niveau de la partie antérieure du premier
1. En présentant cette observation de la partie M. Le Fort, j'insistai sur le peu d'efficacité du chloral sur la contracture des muscles respirateurs et conseillai en conséquence, conjointement avec le chloral, l'électricité ou tout autre moyen capable de détendre ces muscles et de prévenir ainsi l'asphyxie qui tue les malades.