Laugier, Bull. Soc. de chir., 1870, p
espace intermétatarsien, plaie régulière, n'intéressant que la peau. Pas d'hémorrhagie; peu de douleur; quelques crampes dans les muscles de la jambe et du pied.
Traitement : cataplasme; repos.
21 avril. — Mortification du quatrième orteil, et des parties voisines du troisième et du cinquième.
27 avril. — A la visite du soir, gêne de la mastication. Rigidité de la mâchoire inférieure permettant au plus un écartement de 0™,01.
28 avril (matin). — Trismus. Point douloureux siégeantà la partie latérale gauche de l'épigastre. Peau moite; 37°; pouls 96.
Soir, six heures. — Même trismus. Contracture violente des muscles abdominaux, avec douleur modérée devenant très vive lorsque la contracture s'exagère; miction facile, gêne de la respiration lors des crises, qu'on provoque en découvrant ou en pinçant le malade. On observe sur les deux membres inférieurs les phénomènes suivants : la sensibilité au contact, n'est pas altérée; la sensibilité au froid est très exagérée. Des piqûres d'épingles et des pincements légers provoquent une sensation très douloureuse, accompagnée de mouvements réflexes immédiats, saccadés, limités aux membres inférieurs, et comparables à ceux qu'on obtient chez un animal sous l'influence de la strychnine. La piqûre et le pincement des autres parties du corps ne produisent pas de phénomènes analogues. Pas de rachialgie; pas de douleur à la pression des nerfs du membre lésé. Pupilles dilatées. Transpiration. T., 38°, 2 ; P., 100.
Traitement : couvrir le malade de duvet; boissons sudorifiques; frictions avec la pommade belladonée sur les muscles contractures; 4 grammes de chloral en potion.
A minuit, même état. Depuis l'administration du chloral, les mouvements réflexes des membres inférieurs ne se produisent plus après les excitations, bien que l'hypéresthésie persiste. Chloral, 2 grammes, soit en tout 6 grammes dans la journée.
29 avril (matin). La contracture reste limitée aux muscles primitivement envahis. Insomnie malgré le chloral; crises assez fréquentes. Transpiration. T., 38°; P., 112. Julep avec A grammes de chloral. Injection hypodermique de 1 centigramme de chlorhydrate de morphine. Onctions belladonées. Sudorifiques.
Six heures du soir. — Mieux sensible, les crises ont diminué en nombre, en durée et en intensité. Le trismus reste le même ; raideur moindre des parois abdominales. L'hypéresthésie, très diminuée le matin, a disparu. Le malade a pris volontiers plusieurs bouillons et
du vin. T., 38°,8; P., 124. Chloral, 2 grammes. Injection de 0gr,01 de chlorhydrate de morphine.
30 avril (matin). Les crises ont reparu dans la seconde moitié de la nuit et continuent ce matin. Parois abdominales tendues. Pas de dysphagie ni de dysurie. T. 38°, 3; P. 120. Chloral, 4 grammes. — Injection de 0gr,02 de chlorhydrate de morphine.
Soir, six heures. — Crises fréquentes. Grande faiblesse. Dysphagie. Pouls plein, mais dépressible et inégal. T. 39°,2; P. 164. Chloral, 4 grammes. Injection de 0sr,02 de chlorhydrate de morphine.
Minuit. — Sommeil assez calme. — Le malade a donc pris en tout 8 grammes de chloral et 0sr,04 de chlorhydrate de morphine.
1er mai (matin). Nuit calme. Intégrité des facultés intellectuelles, pas de somnolence, mais affaiblissement considérable ; faciès abattu, narines pulvérulentes. La respiration n'a pas cessé d'être facile ; la contracture des muscles abdominaux a disparu presque compèltement. Dysphagie. Pouls plein, mais dépressible, inégal, avec une intermittence de dix en dix pulsations. — T. 38°,9; P. 192. — Alimentation au jus de viande, vin de Bagnols. Pas de chloral ni d'injection hypodermique.
Le malade meurt subitement à trois heures de l'après-midi, au moment où il buvait.
Autopsie. — Rigidité cadavérique intense, limitée exclusivement aux membres inférieurs. Encéphale et bulbe sains. Système veineux du canal rachidien gorgé de sang noirâtre.
Moelle : pas de ramollissement, mais congestion remarquable de ses vaisseaux superficiels et profonds, surtout dans la partie inférieure. Les branches terminales des nerfs saphène externe et musculo-cutané ne présentent aucune lésion.
Appareil digestif: rien. Cœur : ventricules complètement vides ; les deux oreillettes sont gorgées de caillots noirâtres. Un peu au-dessous de l'ombilic, rupture des deux muscles droits de l'abdomen, dont les bords sont inégalement déchirés et séparés par du sang en partie coagulé. Pas d'altération musculaire à l'œil nu.
Obs. XL — Tétanos traumatique traité par le chloral. — Mort. (Observation recueillie par M. D. Mollière, interne des hôpitaux de Lyon.)
D..., religieuse, trente-six ans, entre, le 2 février 1870, au n° 10 de la salle Sainte-Philomène (hospice de Chaseaux). Le 19 mars, opération nécessitée par une carie du calcanéum.
Anesthésie par l'éther. Incisions. On enlève, à l'aide de la gouge et du marteau, la moitié externe de l'os. Cautérisation au fer rouge. Pansement à l'eau de Pagliari.
Tout se passe avec une parfaite simplicité jusqu'au 30 mars. La température dépasse à peine 37°; les escharres se détachent et la plaie se couvre de bourgeons charnus de bonne nature. Le 30, au matin, la malade accuse de la dysphagie; depuis hier soir, raideur dans les mâchoires. — P. 120; T. a. 38°. — Pas de douleurs locales. Soir, ici. P. 120; T. a. 38°.
31 mars. Trismus plus marqué, pas de douleurs locales. Un ganglion engorgé dans le pli de l'aine; douleurs dans les muscles de la masse sacro-lombaire. P. 120; T. a. 37°, 8.
Soir. Douleurs avec élancements dans la jambe opérée, mais aucune localisation précise. P. 112; T. a. 37°, 8.
1er avril. Trismus très serré. Les mouvements des muscles de la nuque sont très douloureux. Du côté du membre inférieur élancements douloureux sans siège précis. — 3 grammes de chloral. P. 104; T. a. 37°,8. — Soir, ici. P. 104; T. a.^380.
2 avril. Presque pas de crampes cette nuit, trismus moins serré. 4 grammes de chloral. P. 120; T.38°,6. — Soir, même état. P. 112; T. 38°.
3 avril. Même état. Mêmes prescriptions. P. 112; T. a. 38°, 8. Soir. Trismus toujours très accentué. Quelques douleurs dans le
membre opéré, non provoquées par la palpation. Raideur dans les muscles de l'abdomen. P. 138; T. a. 38°. Peu de sommeil.
4 avril. Trismus moins serré qu'hier au soir. P. 122°; T. a. 38°, 4. Soir, même état. Muscles des parois abdominales très contractés
et douloureux. Rien à l'auscultation. P. 125; T. a. 38°,4.
5 avril. Les crampes sont toujours les mêmes. P. 109; T. a. 38°,4. Soir, ici. Même dose de chloral. P. 100; T. a. 38°.
6 avril. Crampes plus fréquentes; elles atteignent les muscles du côté opposé. P. 120; T. a. 38°,6. Soir, ici. Le groupe des adducteurs est dur et douloureux. P. 120; T. a. 38°,8.
7 avril. Ici. 6 grammes chloral. P. 120; T. a. 39°.
Soir. Jusqu'ici la malade avait pris assez peu régulièrement sa potion de chloral. Mais depuis ce malin elle en a absorbé 4 grammes. Pendant toute la journée, somnolence; trismus beaucoup moins accentué. Crampes moins douloureuses et moins fréquentes quand les jambes sont demi fléchies. L'air expiré a une forte odeur de chloroforme. P. 112; T. a. 38°,2.
8 avril. Sommeil profond pendant toute la nuit. La raideur de la
nuque a disparu. Les mâchoires s'écartent assez pour admettre facilement l'index, crampes moins douloureuses. P. 130; T. a. 38°, 6.
Soir. Les mâchoires s'écartent assez pour admettre deux doigts. Les muscles de l'abdomen, quoique douloureux à la palpation, ne sont plus contractures. Les mouvements du cou sont parfaitement libres. P. 130; T. a. 38°.
9 avril. Résolution complète. L'air expiré a une forte odeur de chloroforme. La malade semble être sous l'influence de l'anesthésie. La bouche s'ouvre largement. Plus de crampes, presque plus de raideur dans la région vertébrale. P. 138; T. a. 38°, 6.
Soir. État comateux. P. 140; T. a. 38°. Infusion de café.
10 avril. Râles sous-crépitants dans toute l'étendue du poumon droit. Dyspnée extrême. Collapsus absolu. Les pupilles ont cependant conservé leur mobilité. P. 160; T. a. 40°, 6.
Soir. P. 160 ; T. a. 41°,4. Mort à quatre heures.
On n'a pu pratiquer que l'autopsie partielle. Le reste du calcanéum était sain, une zone d'ostéite d'un centimètre de profondeur environ formait le fond de la plaie. Une membrane granuleuse de bonne nature entourait les lambeaux et commençait déjà à adhérer vers les bords avec des bourgeons développés aux dépens de l'os cautérisé. Vers la partie supérieure de la plaie, tissu cicatriciel assez épais, dans lequel s'engage le tronc du nerf saphène sectionné. Les extrémités de ce tronc nerveux sont directement en rapport avec la membrane granuleuse de la plaie, dans laquelle viennent se perdre les extrémités de ses tubes sectionnés. Il y avait donc deux sources d'excitation continue sur ce tronc nerveux : la cicatrice, d'une part ; d'une autre, les bourgeons charnus qui se développaient à ses dépens et qui étaient chaque jour plus ou moins excités pendant les pansements.
Quel a été le point de départ des accidents tétaniques dans ce cas? Il semble tout naturel de les attribuer à la lésion du saphène. Tout, en effet, vient légitimer cette hypothèse, et le début du tétanos, au moment même où, les eschares tombées, la membrane granuleuse bourgeonnait activement, tandis que les lambeaux se rétractaient, vient à l'appui de cette opinion. Quant à la cause de la mort, elle est difficile à préciser. Est-ce le tétanos? Cette opinion semble peu probable, car les spasmes avaient cessé, la raideur des mâchoires avait disparu, les mouvements de la nuque s'exécutaient librement. Est-ce le chloral? Est-ce une complication pulmonaire? Il est difficile de trancher la question, mais l'élévation brusque de la température semble plaider en faveur de cette dernière opinion.
Obs. XH. — Tétanos traumatique. — Traitement par le chloral à haute dose et les bains prolongés et répétés. — Mort le quatrième jour.
D. J..., trente-trois ans, tonnelier, entré le 1er juillet 1870 à l'hôpital Lariboisière, service de M. Cusco, salle Saint-Napoléon, n° 14. — Double fracture de l'extrémité inférieure du radius, sans plaie à droite. A gauche, plaie petite et superficielle à la partie antérieure du poignet. — Gonflement œdémateux. — Bandage contentif modérément serré, avec deux attelles, antérieure et postérieure. Ce bandage fut renouvelé tous les jours à gauche, à cause de la petite plaie qui existait de ce côté.
Malade robuste et d'un tempérament sanguin; inquiet et tourmenté, parce qu'il a laissé sa femme en couches. Cependant, il va assez bien, se lève et ne présente rien de particulier. Du côté gauche, douleur vive qu'on a essayé de calmer par quelques cataplasmes.
Le 7, fourmillements dans le bras gauche.
8 juillet. A la visite du matin, difficulté à ouvrir la bouche. Douleur vague dans les deux joues et derrière le cou. Les fenêtres de la salle sont ouvertes ; le malade dit pourtant n'avoir point ressenti de froid. Pendant la journée, il s'enveloppe la face et le cou avec de la ouate et continue de se promener comme d'ordinaire. Il est obligé de réduire ses aliments en petits morceaux pour les introduire dans sa bouche; il avale encore bien. — =• Le soir, l'état est à peu près le même. Trismus un peu plus marqué. On peut encore introduire le médius entre les arcades dentaires. Déglutition moins facile. P. 72. La nuit du 8 au 9 est assez calme.
9 juillet (visite du matin). — Trismus très prononcé; impossibilité de desserrer les dents; la parole est plus gênée qu'hier. Raideur et douleur vague de tension dans les régions cervicale postérieure et dorsale. Rien dans la région lombaire. Plaie belle et presque cicatrisée. Spasme plus considérable des muscles de la déglutition. P. 72. Grands bains prolongés. 0ar,04 d'extrait gommeux d'opium.
Soir. — A cinq heures, le malade sort de son premier bain où il est resté cinq heures ; trismus un peu moins prononcé ; difficulté d'avaler moins grande; douleur de la région cervico-dorsale plus intense; léger opisthotonos; sueurs très abondantes et généralisées. Une demi-heure après la sortie du bain, 96 pulsations, respiration plus fréquente, mais régulière. Le malade n'a encore pris qu'une cuillerée de sa potion; il en prend une seconde.
40 juillet (matin). — La nuit a été agitée. Sueurs très abondantes; opisthotonos et trismus très prononcés. Constriction pharyngée plus grande. P. 108. Bain prolongé pendant trois heures. 3 grammes de chloral.
Soir. — A quatre heures et demie, le malade a pris toute la potion; il a été à peine calmé. Assoupissement de peu de durée. L'opisthotonos tend à envahir la partie inférieure de la région dorsale. P. 112. — Respiration fréquente, mais régulière. 8 grammes de chloral.
11 juillet (visite du matin). — Le malade a dormi une heure et demie; le reste de la nuit il a été très agité et agacé ; dans le dos, les jambes et les bras passaient comme des coups de foudre. La contracture a envahi la région lombaire. Difficulté à le transporter au bain à cause de l'opisthotonos. Il a l'immobilité d'une tige rigide ; posé sur les pieds, il y reste droit comme un I, mais ne peut garder cette position sans être soutenu. Depuis son entrée dans le bain, les secousses ont diminué. Pouls à 120. 8 grammes de chloral.
A la sortie du bain, véritables convulsions cloniques ; le malade se soulève tout d'un coup, le corps décrit un arc de cercle, la tête et les pieds portent seuls sur le lit; cette position dure deux secondes, elle se répète toutes les minutes pendant dix minutes. Après une période de calme de cinq minutes, nouvelles convulsions cloniques et ainsi de suite. Le malade prend un second bain de cinq heures, à la suite duquel les convulsions cloniques paraissent augmenter d'intensité et de fréquence. Sueurs excessives. P. 128. 8 grammes de chloral. Nuit sans sommeil.
12 juillet (matin). — Un peu de calme. Convulsions un peu moins fréquentes. Le malade est pris de convulsions encore plus fortes, au moment où il est mis dans le bain, qui ne dure que trois heures. Le corps est toujours rigide. Convulsions répétées à la sortie du bain, au moment où on l'essuie. Suivant l'indication de M. Yerneuil, le malade est placé dans une gouttière de Bonnet, soigneusement garnie de ouate. Aussitôt installé dans l'appareil, il est pris de convulsions assez intenses. Un quart d'heure après, elles avaient diminué de fréquence, en gardant toutefois la même intensité. Il faut signaler ici un fait assez curieux : en saisissant le gros orteil au moment des fortes crises et en le porlant dans la flexion subite, on arrête immédiatement l'accès convulsif.
Sueurs, convulsions cloniques généralisées, dans le tronc, les jambes, les bras. La respiration n'est interrompue qu'au moment
YERNEUIL. V. — 15
des convulsions. Des tracés sphygmographiques pris à ce moment indiquent une légère irrégularité dans les mouvements respiratoires, qui atteignent le chiffre de 36 par minute. —P. 136. T. a. 39°, 2.
Ghloral, 12 grammes. — Injections de chlorhydrate de morphine au niveau des points douloureux.
A midi et demi, le malade est pris de spasmes violents et douloureux. Intelligence intacte. Dyspnée intense; on essaye d'appliquer des ventouses sèches. A peine avait-on commencé que le patient succombe (une heure après-midi). Il n'avait pu prendre que deux cuillerées de sa potion ; on avait fait deux injections de chlorhydrate de morphine, de 4 centigrammes.
Obs. XIII. — Tétanos traumatique. — Traitement par le chloral. — Guérison.
J. B..., quarante-quatre ans, entre le 1er juillet 1870 à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Alph. Guérin.
Il se plaint de ne pouvoir écarter les mâchoires de plus d'un centimètre. Pas de douleur au niveau des condyles. Ces phénomènes sont survenus progressivement depuis neuf jours environ; le 27 juin, douleur en ceinture, qui, née dans les reins, a fini par envahir tout le rachis.
Au talon gauche petite plaie, résultat d'une piqûre faite le \ 5 juin, avec un fragment d'os. Cette plaie, encore sensible à la pression rend par moment la marche pénible. Adénite inguinale ancienne, non douloureuse.
2 juillet. — Muscles de la masse sacro-lombaire très tendus; opisthotonos marqué. Quand on touche le malade à ce niveau, on provoque des élancements douloureux et des contractions dans les muscles abdominaux. Piien aux membres, pas de gêne respiratoire. 4 grammes de chloral en potion.
4 juillet. — P. 84. T. a., 37°,2. Chloral, 8 grammes.
5juillet. — P. 82. T. a., 37%4. Chloral, 8 grammes.
9 juillet. — P. 84. T. a., 37°,6. Chloral, 8 grammes.
10 juillet. — Chloral, 10 grammes.
11 juillet. — P. 72. — La bouche s'ouvre un peu mieux, mais l'opisthotonos persiste avec les mêmes élancements douloureux et des contractions toniques dans les muscles abdominaux.
12 juillet. — P. 72. — Soir. P., 68.
13 juillet. — T.a.,36%8.
14 juillet, soir. — P. 72. Céphalalgie et diarrhée; la bouche s'ouvre bien et on peut introduire deux doigts entre les arcades dentaires. La rachialgie est moindre.
16 juillet. — Amélioration très notable; contracture des muscles du dos à peine appréciable. — Chloral, 8 grammes.
17 juillet. — Céphalalgie persistante,
18 juillet. — Mâchoires plus serrées: muscles du dos tendus; l'opisthotonos a reparu; vives douleurs dans la nuit, élancements dans les reins. Chloral, 10 grammes.
19 juillet. — Le malade ouvre mieux la bouche; en passant la main sous les reins et le dos, on voit que le malade repose totalement sur le plan du lit; mais aussitôt vive douleur, la contracture apparaît dans les muscles sacro-lombaires et abdominaux; l'opisthotonos s'est reproduit après cette exploration. Chloral, 10 grammes.
20 juillet. — Diminution du trismus, plus de contracture dans les muscles sacro-lombaires et abdominaux. Plus d'opisthotonos. Chloral, 10 grammes.
21 juillet. — Même état. Chloral, 10 grammes.
22 et 23 juillet. — Même état. Chloral, 10 grammes.
24 juillet. — Les spasmes ont complètement disparu; toutefois, le malade ne peut encore se tenir debout.
Obs. XIV. — Tétanos traité par le chloral. Guêrison.
Victor CI., charpentier, cinquante-six ans, d'une bonne santé antérieure, vigoureux, entre le 16 juillet à Lariboisière, service de M. Verneuil, salle Saint-Augustin, n° 29. Le 14 juillet, grand effort, douleur vive dans les aines et les cuisses, qui l'empêche de se soutenir. Le reste de la soirée et pendant la nuit, les douleurs dans l'aine et dans les cuisses revinrent par accès, s'irradiant dans les jambes qui se fléchissent sur les cuisses; elles arrachaient des cris au malade. Cet état se maintint le 15 et le 16. Dans la soirée du 16, apparut le trismus ; le malade fut alors transporté à l'hôpital.
Le 17 juillet, à la visite, face en sueur, congestionnée; douleur, raideur dans les côtés de la face ; les arcades dentaires ne s'écartent que de 7 à 8 millimètres, douleur dans le cou sans raideur; muscles des jambes, des cuisses, de la paroi abdominale rigides, durs. De temps en temps, spasmes dans les extenseurs, plus marqués dans les membres inférieurs que dans les épaules et le cou. Accès revenant à intervalles variables, et durant cinq à six minutes. Jambes froides, violacées, livides.
On ne trouve pas de plaie, pas de traces de contusion, pas d'ecchymoses; le malade n'a pas éprouvé de refroidissement. On en est réduit, pour expliquer le tétanos, à supposer une rupture musculaire. Quand on découvre le malade, le frôlement des draps détermine des contractions réflexes. On prescrit le chloral à doses répétées de lcjr,50 environ, jusqu'cà production du sommeil.
Première dose, à onze heures. Pas d'effet appréciable.
Deuxième dose, à midi. Dix minutes après, moins de douleurs; le malade ouvre mieux la bouche.
Troisième dose à midi et demie. Le malade dort jusqu'à trois heures et demie.
Quelques spasmes de temps en temps. On fait alors manger le malade et on lui administre une quatrième dose de chloral; sommeil. Dans la journée et dans la nuit, on donne en tout 12 grammes de chloral. Sueurs profuses. — Matin. T. a., 38°. Soir. 37°, 5.
18 juillet. — Le malade n'a pas uriné depuis hier soir; cathétérisme. La bouche s'ouvre mieux. Les membres inférieurs sont beaucoup plus libres. Un peu de contracture de la paroi abdominale au niveau des muscles droits. Légère douleur dans les masséters; soif vive.
Matin. T. a., 38°,4. Soir. T. a., 38°,2. Sueurs moindres. Le malade a pris 12 grammes de chloral dans la journée.
19 juillet. — Pendant la nuit, délire et agitation, qui ont nécessité l'emploi de la camisole de force. On apprend qu'il existe des habitudes d'alcoolisme, ce qui pourrait faire croire à une complication de delirium tremens. A la visite, le malade est plus calme ; la rétention d'urine a cessé. Le cou et les membres inférieurs sont tout à fait libres ; la paroi abdominale est encore un peu contracturée. Les arcades dentaires s'écartent d'environ 0m,02. Matin. T. a., 38°, 2.
Le malade n'a pris que 4 grammes de chloral.
20 juillet. — Même degré de trismus. Raideur des membres inférieurs. Tension des muscles abdominaux. Plus d'accès convulsifs. Matin. T. a., 37°, 8. Soir. 38°,2. Lavement purgatif et 8 grammes de chloral.
21 juillet. — Même état. Calomel et jalap. Malin. T. a., 38°,4. Soir. 37°, 9. Dans la journée 9 grammes de chloral.
22 juillet. — Le trismus a augmenté, 0m,01 d'écartement seulement entre les arcades dentaires. Gonlracture des adducteurs. Tension des muscles abdominaux. Constipation opiniâtre. Deux gouttes d'huile de croton, Matin. T. a., 38°, 3. Soir. 38°,4. 8 grammes de chloral dans la journée.
23 juillet. — Même état. Matin. T. a., 38°,2. Soir. 38°,4. 6 grammes de chloral.
24 juillet. — Le trismus a diminué. Le malade ouvre la bouche assez facilement. — Diminution de la contracture dans les adducteurs et les muscles des parois abdominales. Rien dans les muscles des gouttières vertébrales. Douleur dans les aines. Matin. T. a., 38 V21.
1° Les spasmes tétaniques sont des phénomènes réflexes ;
2° Us ont toujours leur point de départ dans une excitation des nerfs sensitifs, qui détermine une exagération du pouvoir excito moteur de la moelle;
3° L'exagération du pouvoir excito-moteur de la moelle favorise à son tour et entretient les spasmes réflexes;
4° L'excitation prolongée de la substance grise détermine une congestion qui peut donner naissance à différentes lésions inflammatoires;
5° Les lésions médullaires, dans le tétanos, sont donc des altérations secondaires;
6° Le chloral abolit la sensibilité réflexe ; il agit sur les cellules nerveuses de la moelle, dont il diminue l'excitabilité; il est l'agent le plus puissant de la résolution musculaire ;
7° Son emploi est donc nettement indiqué dans le tétanos, et les jaits cliniques tendent à prouver son efficacité.
1. Les observations XIII et XIV, recueillies par M. Soubise au moment de la rédaction de sa thèse, s'arrêtent avant la terminaison de la cure. Il suffira d'ajouter que la guérison a été obtenue dans les deux cas. — A. V.
En 1872, M. Le Fort communiqua à la Société de chirurgie une observation de tétanos consécutif à un écrasement de la main, amélioré momentanément par les courants continus, terminé par la mort, et au cours duquel on avait constaté une élévation de la température, tandis que celle-ci s'était abaissée au moment où la résolution avait été obtenue par l'électricité l.
Je pris à cette occasion la parole pour soumettre à mes collègues quelques remarques sur l'évolution du tétanos et sur les causes de la mort dans cette redoutable maladie2.
En attendant, dis-je, que la thérapeutique soit parvenue à diminuer la gravité du mal, il est bon de savoir en quoi consiste cetfe gravité, et j'ai observé, si je ne me trompe, quelques faits qui peuvent éclairer ce point obscur de la question.
Je pars d'un fait incontestable et inconstesté, savoir : l'élévation de la température dans les périodes ultimes de la maladie. Dans les derniers jours ou dans les heures qui précèdent la mort, il est de règle de voir le thermomètre marquer 40° et même plus. Cette ascension est du plus mauvais augure, et lorsqu'on la constate dans un cas qui jusque-là marchait favorablement, il faut d'ordinaire abandonner l'espoir de la guérison.
Ce phénomène a reçu diverses explications. On l'a attribué à l'intensité et à la généralisation de la contracture, à l'altération du sang consécutive à l'exagération fonctionnelle des muscles, à l'irritation de la moelle épinière et surtout de la partie supérieure de cet organe, à un degré plus ou moins prononcé de myélite , à l'excitation d'un foyer régulateur de la chaleur animale qu'on place arbitrairement dans la moelle allongée, etc.
L'observation au lit du malade et à l'amphithéâtre ne permet guère d'accepter ces interprétations. J'ai vu des tétaniques en état de contracture généralisée depuis quinze jours. Tout leur corps ne formait qu'une masse rigide, et cependant la température oscillait entre 37° et 38°. J'ai vu dans ces mêmes cas l'urine, quoique rare, rester tout à fait limpide, et ne point révéler une surcharge du sang par les produits de désassimilation,
t. Bull. Soc. de chir., 1872, p. 481.