Gaz. med. ital. prov. Venete, 1875, n
Dans sa thèse inaugurale (Paris, 1876) M. le Dr A.-E. Thomas, s'inspirant des idées émises dans l'article précédent, cherche une solution à cette double question :
1° L'élévation de la température dans le tétanos est-elle constante?
2° Quelle est la cause de cette élévation ?
Pour arriver à ce but il examine, comme je l'ai fait, le rôle que peut jouer dans ce phénomène :
1° La contracture; 2° la lésion préexistante; 3° les complications de celle-ci ou du tétanos lui-même.
M. Thomas donne d'abord quelques renseignements historiques sur la question.
Il y a déjà longtemps que l'élévation de température d.;ns le tétanos a attiré l'attention des observateurs.
En 1765, de Haen décrivait un cas de tétanos rhumatismal qui dura vingt jours, et dans lequel, depuis le septième jour de la maladie jusqu'à la mort, il observa une température de 101, 102, 103° Fahrenheit = 40° centigrades.
Vers 1788, d'autres médecins observèrent également dans des cas de tétanos des températures encore beaucoup plus élevées.
Bright, dans un cas de tétanos traumatique, trouva une température axillaire de 105° Fahrenheit = 40°, 5 centigrades.
Prévost, chez un enfant de douze ans atteint de tétanos, trouva, dans l'aisselle, 110°,45 Fahrenheit = 43°, 75 centigrades.
En 1821, Fournier, après avoir fait des observations sur la fièvre tétanique, disait : « Celui qui croit que le tétanos n'est pas accompagné de fièvre, celui-là n'a pas observé la maladie ».
Billroth prétend que les cas aigus évoluent avec une fièvre violente, les cas chroniques avec une fièvre légère ou même sans fièvre.
On ne tarda pas à découvrir que, dans le tétanos, la température continuait encore à s'élever même après la mort. Ce fut Wunderlich qui, le premier, signala ce fait : il décrivit, en 1861, un cas de tétanos rhumatismal dans lequel la température monta au moment de l'agonie à 44°, 75 C, et cinquante-cinq minutes après la mort, attei-
gnit 45°,4, alors que tous lesmusclesétaient en résolution complète.
Les observations de ce genre se multiplièrent bientôt.
Je laisserai de côlé l'élévation de température post mortem, pour ne m'occuper que de celle qu'on signale dans les derniers moments de la vie, laquelle, d'après M. Yerneuil, serait de règle. Pendant les derniers jours ou les dernières heures qui précèdent la mort, elle est du plus mauvaise augure, et, lorsqu'on la constate dans un cas qui jusque-là marchait favorablement, il faut d'ordinaire abandonner l'espoir de la guérison.
Physiologistes et cliniciens se sont efforcés de trouver l'explication de ce phénomène. Nombre d'hypothèses ont été émises. On a attribué le fait à l'asphyxie, à l'intensité et à la généralisation de la contracture.
Cette dernière opinion a été soutenue avec talent par un jeune docteur trop tôt enlevé à la science, A. Muron, préparateur de physiologie à la Faculté de Paris, qui en 1873, à la suite d'un certain nombre d'expériences faites clans le laboratoire du professeur Béclard, énonçait cette conclusion : la cause productrice essentielle de la chaleur dans le tétanos est la contraction musculaire.
D'autres ont rattaché cette élévation de température : a l'altération du sang consécutive à l'exagération fonctionnelle des muscles; à l'irritation de la moelle épinière, et surtout de sa partie supérieure; à un degré plus ou moins prononcé de myélite; à l'excitation d'un foyer régulateur de la chaleur animale, qu'on place arbitrairement dans la moelle allongée, etc.
M. Verneuil déclare qu'aucune de ces hypothèses ne peut le satisfaire. Il pense plutôt que la brusque élévation de la température et l'aggravation du pronostic doivent être attribuées aux complications thoraciques qui surviennent dans le cours du tétanos sous l'influence de l'irritation violente de la moelle.
Voilà où en est aujourd'hui la question. Nous verrons plus loin à quelles conclusions pourra conduire l'analyse des observations.
Je diviserai celles-ci en deux catégories, suivant que l'élévation de température a lieu d'une manière régulière ou qu'elle présente des anomalies.
La première catégorie comprend des faits dans lesquels on ne peut faire intervenir le traumatisme comme cause de l'élévation de température.
La deuxième, au contraire, renferme des observations dans lesquelles la blessure ou ses complications semblent jouer un rôle dans cette élévation.
Obs. I. — Tétanos spontané, où par conséquent l'élévation de température est bien le fait du tétanos seul (Delpech, in Richelot, Thèse d'agrég., 1875, p. 148).
12 septembre, 38°, 3 au matin.
14 septembre 38°, 2. Les pectoraux et les muscles de l'abdomen sont contractures, la tétanisation est plus étendue que le premier jour, cependant la température n'est pas plus élevée.
17 septembre, 37°,8.
18 septembre, 38°,1. Amélioration très sensible, tétanisation beaucoup moins marquée, cependant la température est plus élevée que la veille de trois dixièmes de degré.
26 septembre, 38°, 7. Meilleur état musculaire, abdomen mou, trismus moindre, mouvements latéraux du cou possibles; pectoraux détendus, mouvements des bras libres. En résumé, amélioration notable de la contracture musculaire. Or, c'est précisément ce jourlà que la température est le plus élevée.
27 septembre, 38°,2. Un peu de toux, difficulté à cracher; voies aériennes embarrassées par des mucosités que le malade ne peut rejeter. A neuf heures, mort subite.
En somme, la température s'est maintenue sensiblement au même niveau pendant tout le cours de la maladie et n'a guère varié que de trois à quatre dixièmes de degré. Il y a donc désaccord formel entre ses variations et celles de la contracture musculaire.
Autopsie. — Dure-mère crânienne congestionnée; dure-mère rachidienne légèrement injectée; centres nerveux sains;
Poumons fortement congestionnés.
On ne peut attribuer l'élévation de température qu'à la congestion des méninges, et surtout des poumons. Ici le tétanos s'est compliqué dans les derniers moments d'une lésion inflammatoire de ces organes qui a emporté le malade, ce qui vient donc à l'appui de l'hypothèse émise par M. Verneuil.
Il est à regretter que l'exploration thermométrique n'ait pas été faite matin et soir; peut-être aurait-on trouvé dans les dernières heures, au moment où l'on constatait l'embarras des voies aériennes, une température très élevée.
Obs. II. — Tétanos traumàtique sans plaie. On est réduit, pour expliquer la maladie, à supposer une rupture musculaire (Verneuil, Thèse de Soubise. — Voy. plus haut, p. 227).
TEMPERATURE AXILLA1RE.
17 juillet 1870.
Matin.
Soir.
21 juillet 1870.
Malin.
Soir.
Il est fort douteux qu'une simple rupture musculaire puisse donner lieu pendant huit jours à une élévation de température qui s'est maintenue constamment aux environs de 38 degrés.
Le malade étant sorti guéri, nous ne pouvons chercher les causes de cette élévation dans des lésions anatomiques.
Cette observation prouve donc simplement que le tétanos, à lui seul, élève la température.
Obs. III. — Tétanos traumatique durant un mois et demi. — Traitement par la morphine et les bains de vapeur (Lorain, Thèse de Leclerc, Paris, 1872, p. 21).
TEMPERATURE RECTALE.
Matin .
Soir.
Matin.
Soir.
8 février. . ..
39°jl
26 févr
Au moment où on commence à se servir du thermomètre, le
trauma (écrasement de la dernière phalange de l'indicateur, avec arrachement de l'ongle) date déjà de vingt jours. Comme il n'en est plus question dans le cours de l'observation, j'en conclus donc qu'il devait être à peu près guéri, et que par conséquent il n'y a pas lieu de lui imputer la moindre part dans l'élévation de température.
Le 9 février au matin, 37°,9, raideur excessive.
Le 12 au matin, 40,1, cependant la raideur est beaucoup moins considérable; il y a une diminution notable de l'état tétanique.
Le soir, 40°, 6; accès de suffocation, sans contracture des muscles thoraciques.
Le 13 au matin, 39°6, ; soir, 40°. Dans la nuit, accès de suffocation graves. Langue sèche, fuligineuse.
On remarquera que ces élévations notables de la température du 12 et du 13 coïncident avec des accès de dyspnée, à un moment où la tétanisation n'est pas très accentuée. Je regrette que l'examen de la poitrine n'ait pas été pratiqué alors, il aurait pu donner peutêtre des renseignements utiles sur l'état des poumons.
Ici encore, je suis porté à considérer comme cause de l'élévation de température une congestion pulmonaire passagère.
Notons que les accroissements de l'état tétanique n'ont eu aucune influence sur les oscillations de la température, puisque, au moment même où celle-ci était très élevée, le 13, par exemple, la tétanisation, au contraire, était peu intense.
Obs. IV. — Petit ulcère variqueux. — Tétanos subaigu. — Traitement par les bains de vapeur, la morphine et le chloral. — Guérison (S. Duplay, Thèse deRichelot, p. 133).
TEMPÉRATURE AXILLAIRE.
Matin .
Soir.
Matin.
Soir.
14 août 1872...
Comme l'ulcère, peu profond et d'une faible étendue, ne s'est compliqué ni de phlébite, ni de lymphangite, ni d'érysipèle, il est impossible de lui attribuer une influence sur l'élévation de température constatée au début du tétanos.
L'ascension notable qui eut lieu dans la journée du 16 : 39°, 6 le matin, 40° le soir, coïncide avec une aggravation de la contracture musculaire. Mais sans être complètement tombée le 17, elle précède de trente-six heures l'apparition d'une éruption cutanée qui ressemble à de l'urticaire, et qui peut-être a fait monter brusquement le thermomètre.
En somme, le tétanos a élevé la température au début; puis, une maladie intercurrente a déterminé une ascension rapide pendant le cours même de l'affection.
Obs. V. — Plaie par écrasement de la main. — Pansement ouaté. — Suites immédiates très bénignes. — Tétanos le dixième jour. — Mort quarante-six heures après (Verneuil. Voy. plus haut, p. 272).
Le 16 février, jour de l'entrée, la température est à 37°,2.
Le 17, 39 degrés.
Le 18, 38°,6.
Le 19, la fièvre traumatique primitive a cessé.
Tout va bien jusqu'au 26; ce jour-là le trismus se déclare, ainsi que l'opisthotonos et la dysphagie : la température cependant ne s'élève pas sensiblement : 37°, 6.
Le 27, 37°,4 matin; 37°,6 soir.
Le 28 matin, élévation brusque: 39°, 8.
A trois heures du soir, 41°,8.
Ainsi, pendant les vingt-quatre premières heures, la température ne dépasse pas 37°, 6; mais dans les vingt-deux dernières, elle atteint progressivement 41°,8.
On s'attendait à trouver, à l'autopsie, une complication pulmonaire grave; or, il n'y a pas autre chose que de petites ecchymoses sousséreuses et de très petits foyers hémorrhagiques disséminés dans le tissu des poumons. Du reste, ni congestion intense, ni trace d'hépatisation. Des coupes très multipliées faites dans le cerveau n'y découvrent aucune lésion.
On ne peut trouver nulle part l'explication de cette élévation considérable de la température. Il est impossible de l'attribuer à la contracture musculaire, puisque la mort a eu lieu sans convulsions, ni asphyxie, ni suffocation, mais par affaiblissement progressif de la respiration.
Sans doute, les petites ecchymoses sous -pleurales et les petits foyers hémorrhagiques dans les poumons sembleraient indiquer
que ces organes ont été, à un moment donné, le siège d'une congestion assez violente pour causer la rupture d'un certain nombre de petits vaisseaux ; mais comment admettre que cette congestion n'ait pas laissé d'autres traces?
Obs. VI. — Tétanos traumatique guéri par le chloral. — .Écrasement cVun doigt datant de quinze jours au moment où le malade fut mis en observation (Verneuil, Thèse de Soubise. Voy. p. 179).
TEMPÉRATURE AXILLAIRE.
Matin. Soir. Matin. Soir.
29 janvier 36°,2 37°,6 4 février 38°,6 39°
1 février
L'élévation de température ne peut pas être mise sur le compte du traumatisme, puis qu'au moment où le malade entra à l'hôpital, l'accident datait déjà de quinze jours, et que la plaie en voie de cicatrisation était très peu douloureuse à la pression.
La température ne monta pas beaucoup les premiers jours.
Le 31, elle était à 37° le matin, 37°, 6 le soir; ce jour-là cependant la contracture, en progrès, envahissait les muscles abdominaux et les abducteurs de la cuisse.
Le 3 février, 39° le matin. A ce moment pourtant, les muscles sont en état de relâchement, les spasmes sont rares et peu douloureux.
Le 4, 39° le soir; les muscles sont plus relâchés que jamais.
Le 5, 37°, 5 le matin, avec celte température peu élevée, la contracture est assez forte et paraît plus générale.
Le 6, 37°, 6 le matin. Température peu élevée, contracture plus forte que jamais.
Cette observation nous apprend que des températures élevées coïncident avec des périodes de relâchement et des températures basses avec des périodes de contracture.
Donc désaccord formel entre ces deux termes: élévation de température et contracture musculaire.
Obs. Vil. — Tétanos traumatique aigu, traité par l'opium et le chloral. — Mort (L. Labbé, Thèse de Richelot, p. 122).
TEMPÉRATURE RECTALE.
Matin. Soir. Matin. Soir.
18 janvier 1874. 38- 38°,2 20 janvier 38°,8 39°,5
Ici, le traumatisme paraît avoir joué un certain rôle dans l'élévation de la température ; mais on me permettra de faire remarquer que l'élévation du dernier jour, 38°,5 le matin, 39°,5 le soir, coïncide avec l'existence de râles trachéaux et d'écume à la bouche et que le malade mourait dix heures plus tard, sans secousse convulsive terminale.
L'autopsie ne fit constater rien autre chose qu'une congestion très accusée des poumons.
Il semble donc évident que l'élévation de température dans les dernières heures, et la mort, ne peuvent être attribuées qu'à cette congestion.
Obs. VIII. — Tétanos traumatique subaigu. — Traitement par la morphine. — Mort (L. Labbé, Thèse de Richelot, p. 127.)
TEMPÉRATURE RECTALE.
Matin.
Soir.
Matin.
Soir.
15 juillet 1874.
Début du
20 juillet .
trismus.
Ici le traumatisme est assez considérable (écrasement du pied droit et de la main gauche). On peut donc s'attendre à constater de la fièvre traumatique. En effet, depuis l'entrée jusqu'au vingtième jour, où débuta le trismus, la température oscille le soir entre 39°, 3 et 38°,2.
Quand le trismus commence, elle est à 38yl matin, 38°,2 le soir. Le lendemain, le trismus est plus accusé, la température tombe à
37°,2 matin, 37°, 4 soir. Elle reste au même degré le surlendemain, cependant la contracture a envahi un nouveau groupe musculaire et il s'est déclaré un peu d'opisthotonos.
Le 24, la température monte à 38°, 6 le matin, 39° le soir.
Cette élévation précède de quelques heures la mort, qui arrive après une courte asphyxie.
A l'autopsie, congestion pulmonaire intense, méninges rachidiennes fortement colorées en rouge vif, moelle très congestionnée dans toute son étendue.
Ainsi le tétanos semble avoir abaissé la température de presque 1 degré, pendant lestroispremiersjours. Mais le quatrièmejour, quelques heures avant la mort, la température s'élève d'environ 2 degrés.
A quoi attribuer la mort et l'élévation prœ mortem de la température? Est-ce à l'asphyxie causée par la rigidité des muscles du tronc, à la congestion pulmonaire ou à la congestion de la moelle? Je crois qu'il est impossible de se prononcer. Il n'en est point pas moins vrai que cette fois encore une congestion pulmonaire intense s'est produite avant la mort.
Obs. IX. — Tétanos traumatique chronique. — Traitement par le chloral et là morphine. — Guérison (L. Labbé, Thèse de Richelot, p. 137).
TEMPÉRATURE RECTALE.
1874 Matin. Soir. Matin. Soir.
6 juillet 39y2 39° 25 juillet 40°,t 40°,2
10 — Adénite... 38°,3 40°,2 29 — 38°,1 38°,2
14 — 39°,3 40» 1" août 38°4, 39°
Début du 11 — 38%3 39-,l
24 — trismus.... 38°,1 39°,3
Blessure grave. Nous avions donc à compter avec la fièvre traumatique. En effet, jusqu'au 24 juillet, jour où survient le tétanos, la température est très élevée; 38°, 39°, quelquefois 40 degrés.
Le trismus se déclare le 24; la température reste sensiblement la même que le 23.
Mais le 25, sans qu'il y ait eu aucune aggravation ni dans l'intensité ni dans l'étendue de la contracture, le thermomètre monte à 40°, 1 le matin et à 40°, 2 le soir. On ne signale à ce moment aucune complication du côté de la plaie capable d'expliquer cette élévation de température, qu'on ne peut attribuer à la fièvre traumatique, puisque depuis cinq jours déjà le thermomètre donnait des températures moins élevées.
Je regrette que l'auscultation n'ait pas été pratiquée dans cette journée du 25.
Le 26, la température retombe à 38° ou 39°, chiffre qu'elle gardera durant toute la maladie.
J'attribue l'élévation du début à la fièvre traumatique et aussi à un peu de lymphangite passée inaperçue sous le bandage ouaté, car le 10 au soir on notait une légère adénite inguinale. L'élévation de la fin paraît devoir être attribuée à un vaste décollement renfermant 200 grammes de pus, à la partie postérieure de la jambe.
L'élévation du 25 juillet reste seule inexpliquée.
Le malade sortit guéri.
Obs. X. — Tétanos à marche aiguë. — Marche ascendante rapide de la température. — Injection de chloral dans les veines . — D isparition des accidents tétaniques et abaissement de la température, retour des accidents tétaniques et élévation de la température (Labbé, Bull, de la Société de chirurgie, 1874, p. 173).
De cette observation il semble ressortir très nettement un rapport de cause à effet, entre l'intensité de la contracture et l'élévation de la température. — A l'autopsie, congestion des poumons, du foie, de la rate et des reins.
Obs. XI. — Plaie par écrasement de la main gauche. — Tétanos. — Traitement par V alcool, les bains de vapeur et les courants continus. — Mort (Lefort, Bull, de la Société de chirurgie, 1872, p. 481).
Cette observation plaide en faveur de l'hypothèse de M. Verneuil ;
en effet, trois heures avant la mort, on note une température de 40, et au même moment l'auscultation fait entendre des râles muqueux.
On dira qu'à ce moment, il y avait une raideur considérable, mais la complication pulmonaire n'en existait pas moins.
Il est fort difficile de savoir lequel des deux a causé la terminaison funeste et l'élévation de la température ; mais j'ai vu tant de fois dans les observations la contracture musculaire n'influer en aucune façon sur l'élévation de température, que je suis disposé à considérer la complication comme la cause sinon unique, au moins principale de cette élévation.
Ici, du reste, comme dans l'observation précédente, l'absence desdétails nécroscopiques est regrettable.
Obs. XII. — Congélation des deux pieds chez un homme atteint de granulie aiguë. — Pansement ouaté. — Soulagement rapide. — Tétanos aigu. — Mort seize heures près l'invasion (Verneuil, Voy. plus haut, p. 268).
Dès l'entrée, on constate un état cachectique dont on ne peut découvrir la cause.
Du 19 au 23 février, la température, très élevée, oscille entre 39° et 40°, 5, sans qu'il y ait encore de tétanos et malgré un soulagement manifeste.
Le 23 au matin, le tétanos se déclare : trismus, dysphagie, opisthotonos : ce jour-là précisément, la température tombe à 37°, 4, la mort arrive à sept heures du soir.
Voici le résumé des symptômes deux heures avant.
Tous les muscles des membres étaient agités de tremblements fibrillaires et de convulsions; tout le tronc était rigide, opisthotonos cervical poussé à l'extrême; yeux fermés par la contracture énergique des orbiculaires... Rire sardonique, trismus complet, déglutition impossible; respiration purement diaphragmatique... Le malade se plaignait d'avoir très froid, bien que son corps fût baigné de sueur; la température axillaire était de 38°,2 seulement.
Un semblable état de contracture doit bien être suffisant pour causer la mort à lui seul, surtout chez un malade où, à l'autopsie, on trouve dans les poumons, des deux côtés, une congestion générale, et du haut en bas, une éruption de granulations tuberculeuses disséminées.
Que l'on attribue la mort au tétanos seul ou à l'état des poumons, dans l'un comme dans l'autre cas, il y a lieu de s'étonner de
Matin.
Soir.
30 mars 1870. . ,
cette élévation si minime de la température dans les derniers moments. De toutes les observations citées dans cette thèse, celle-ci est la seule où il y ait eu une terminaison fatale, avec une température si peu élevée.
Malgré toute la confiance que je dois avoir dans la manière dont l'exploration thermométrique a été faite, j'avoue qu'une température rectale eût été mieux à l'abri des objections, surtout si je considère que la température axillaire a été prise précisément dans un moment où le corps du malade était inondé de sueur.
Obs. XIII. — Tétanos traumalique. — Traitement par le chloral. — Mort (Mollière, Thèse de Soubise. Voy. plus haut, p. 221).
TEMPÉRATURE AXILLAIRE.
Matin. Soir.
5 avril 38°,2/5 38°
Ainsi, à partir du 19 mars, jour de l'opération, jusqu'au 30 mars, c'est-à-dire précisément au moment où la fièvre traumalique aurait dû se montrer, la température dépassa à peine 37°. L'opérée était donc demeurée sensiblement apyrétique pendant ces dix jours, et déjà la plaie se couvrait de bourgeons charnus de bonne nature.
Le 30 mars apparaît le trismus, aussitôt la température monte à 38 degrés.
Le 31 mars, il y avait, le matin et le soir, 37°, 8; ce jour-là, on constate un ganglion engorgé au pli de l'aine.
Jusqu'au 10 avril, la température reste assez élevée, elle ne descend pas au-dessous de 38°. Tout cela, sans complication du côté de la plaie.
Le 10, la température monte subitement à 40°, 6 le matin et 41°,4 le soir. En même temps, on constate à l'auscultation des râles souscrépitants dans toute l'étendue du poumon droit; la dyspnée est extrême.
Je concluerai avec l'auteur de l'observation :
« Quant à la cause de la mort, il est difficile de la préciser. Est-ce e tétanos? Cette opinion semble peu probable, car les spasmes
avaient cessé, la raideur des mâchoires avait disparu, les mouvements de la nuque s'exécutaient librement. Est-ce une complication pulmonaire ? Il est difficile de trancher la question, mais l'élévation brusque de la température semble plaider en faveur de cette dernière opinion. »
Obs. XIV. — Fracture compliquée de V articulation tibio-tarsienne gauche. — Réduction. — Pansement ouaté. — Tétanos au septième jour. — Pneumonie. — Mort (Verneuil, Voy. p. 276).
Traumatisme considérable; les deux premiers jours après l'accident, le dimanche et le lundi, apyrexie à peu près complète. Au troisième jour, le mardi, la fièvre traumatique se développe, la température oscille autour de 38 degrés.
Du mercredi au samedi soir, elle dépasse un peu 39 degrés.
Dimanche matin 39°, 4; soir 39°,9. Ce jour-là on constatait du trismus.
Le lundi, quand le mal est bien confirmé : à neuf heures du matin 38°, 5, à six heures du soir 38°, 8, à huit heures du soir 38°, 7. C'est donc un abaissement sensible.
Mardi, même abaissement : 37%2, 37°,9, 38°,6.
Mercredi, pendant toute la journée : 38°. Mais le soir, accès de suffocation : 39 degrés.
Jeudi, le mal s'aggrave beaucoup; la température oscille tout le jour entre 39 et 40 degrés.
Vendredi, la contracture diminue beaucoup, mais la poitrine s'embarrasse de plus en plus; on constate jusqu'à la mort 40° et 2 ou 3 dixièmes.
Je noterai d'abord que le jour où le trismus débuta, la température était à 39°, 4; que pendant les deux jours qui suivirent et malgré la confirmation du trismus et de l'opisthotonos, la température subit un abaissement d'un degré environ; que l'élévation de température qui commença le mercredi soir, et se continua toute la journée de jeudi en s' élevant progressivement de 39° à 40°, a coïncidé avec le début d'une complication pulmonaire; que, par une contradiction singulière, ni le trismus ni la contracture de la nuque n'étaient considérables, dans les moments où la température fut le plus élevée; enfin que chez ce malade, où la température se maintint très haute pendant les deux derniers jours, la contracture resta toujours très peu étendue, puisqu'elle fut exclusivement limitée à la face et au cou.
De cette observation résulte : que le tétanos peut coïncider avec un abaissement de la température au début; qu'il y a une contradiction complète, entre l'intensité ou l'étendue de la contracture et l'élévation de la température; enfin que l'élévation de latempérature dans les derniers moments doit être attribuée à la complication pulmonaire.
Conclusions. — On voit que, dans ces quatorze observations, il y a toujours eu élévation de température, sinon au début, au moins à la fin. Je ne connais pas d'observation sans élévation de température;
Que celte élévation de température, quelquefois minime, existe même dans les cas spontanés, ou qu'on peut considérer comme tels, vu l'insignifiance du traumatisme.
Rose, il est vrai, rapporte bien un cas de tétanos dans lequel son malade est resté apyrétique jusqu'au bout. Je ne reproduirai de cette observation que les chiffres et les conclusions.
Un jeune homme de seize ans, entré à l'hôpital pour un écrasement de la main, fut placé sous une tente, en compagnie d'autres malades. Le tétanos se déclara sept jours après l'accident, à la suite d'un refroidissement; il dura un jour et demi et fut suivi de mort.
« Il est important de remarquer, dit Rose à la fin de son observation, que toute l'évolution de ce tétanos a été libre de fièvre. »
Or, voici les chiffres qu'il donne .
Matin. Soir. Matin. Soir.
3 septembre 37°,2 38°,2 6 septembre 36»,6 37°