Début du
et il ajoute : « On voit bien, il est vrai, un changement dans la température; mais on peut observer, le soir, la même température de 38° chez des hommes sains. >•>
Cette observation, en somme, me laisse incrédule, et la conclusion semble pour le moins hasardée. Et d'abord, quelle distinction peut-on faire entre ces deux mots « fièvre » et « changement de température », quand ce changement est une élévation de cinq dixièmes de degré au-dessus de la normale. Ce n'est pas une température bien élevée que 38°, mais ce n'en n'est pas moins de la fièvre. Enfin, il est possible que l'on ait observé, le soir, la température de 38° chez des hommes sains, mais peut-être aussi serait-
on en droit de suspecter l'exactitude du thermomètre employé. Peutêtre aussi les conditions d'exercice ou de repos dans lesquelles se trouvaient placés ces hommes sains auraient-elles dû être prises en considération.
Si je récapitule le résultat de ces recherches, je trouve :
Deux observations prouvant que la température peut s'abaisser au début du tétanos (Obs. VIII et XIV);
Une observation où il est impossible de faire la part du tétanos et celle d'une maladie coexistante, en tant que cause des variations de la température (Obs. XII) ;
Quatre observations où il y a une contradiction complète entre l'intensité ou l'étendue de la contracture, et l'élévation de la température (Obs. I, III, VI, XIV) ;
Une observation où l'élévation de température semble due à une maladie intercurrente (Obs. IV) ;
Une seule observation tendant à démontrer qu'il existe un rapport de cause à effet entre la contracture musculaire et l'élévation de température (Obs. X);
Enfin, sur huit cas suivis de mort où l'on a signalé une élévation notable de la température dans les derniers moments, six démontrent que cette élévation ultime doit être attribuée à une complication pulmonaire.
Si l'on joint à ces six observations les deux qui ont été lues par M. Verneuil à la Société de chirurgie, on aura ainsi une somme de preuves assez considérable à l'appui de son hypothèse, puisque, sur dix cas, huit fois la complication pulmonaire a été signalée.
Il me sera donc permis de formuler ces conclusions :
1° L'élévation de température dans le tétanos est constante. Il a été impossible de lui assigner une cause en cas de tétanos spontané ;
2° Cette élévation de température dans les cas traumatiques peut être due à une maladie intercurrente ou à une complication du traumatisme;
3° Dans la grande majorité des cas mortels, l'élévation notable de la température pendant les derniers moments est due au développement d'une lésion pulmonaire importante ;
4° Dans l'état actuel de la science, il est impossible de reconnaître une cause unique à l'élévation de température chez les tétaniques1.
1. Force nous est d'avouer qu'à l'heure où nous écrivons (août 1886) nous ne pouvons rien changer à cette conclusion. — A. V.
Il m'a paru utile de mettre en regard l'étendue de la contracture musculaire et l'élévation correspondante de la température dans chacune des observations précitées :
Muscles contractures.
Muscles de la face.
Masséters. Muscles de la nuque.
— des membres supérieurs
— des membres inférieurs.
— abdominaux.
— thoraciques.
Observation I.
Température la plus élevée.
8/10 de degré au-dessus de la normale.
Observation II.
Muscles contractures.
Muscles de la face.
— des cuisses.
— des jambes.
— abdominaux.
Température la plus élevée.
9/10 de degré au-dessus de la normale.
Observation III.
Muscles contractures.
Masséters.
Diaphragme.
Muscles des membres supérieurs.
— des membres inférieurs.
— des parois abdominales.
— des parois thoraciques.
Température la plus élevée.
3 degrés 1/10 au-dessus de la normale.
Observation IV.
Muscles contractures.
Masséters.
Muscles de la nuque.
— des parois thoraciqups.
— des parois abdominales.
— des membres inférieurs.
Température la plus élevée.
2 degrés 5/10 au-dessus de la normale.
Observation V.
Muscles contractures.
Muscles de la face.
— de la nuque.
— de l'abdomen.
— du pharynx.
Température la plus élevée.
41%8, 4 degrés 3/10 au-dessus de la normale .
Observation VI.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters.
Muscles de la nuque. 39°.
- de l'abdomen. 4 degré 5/10 au.deMU8 de la nor
- des jambes. male> Adducteurs de la cuisse.
Observation Vil.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters.
Muscles de la nuque. '
— du membre supérieur droit. 2 degrés 3/10 au-dessus de la nor-
— des parois thoraciques. maie.
Observation VIII.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters.
Muscles de la nuque.
— du membre supérieur droit. 1 degré 5/10 au-dessus de la nor-
— des parois thoraciques. maie.
— des parois abdominales.
Observation IX.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters. 40° ,2.
Muscles de la nuque. 2 degrés 7/10 au-dessus de la nor-
— du côté droit du tronc. maie.
Observation X.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters. ,A
Muscles de la nuque.
— du dos. 2 degrés 5/10 au-dessus de la nor-
— des parois thoraciques. maie.
Observation XI.
Muscles contractures . Température la plus élevée.
Masséters.
Muscles de la nuque. 40°.
— du dos.
— de l'abdomen. 2 degrés 5/10 au-dessus de la nor-
— du thorax. maie.
Observation XII.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters.
Muscles de la nuque. 40».
— de la lace.
— du thorax. 2 degrés 5/10 au-dessus de la nor-
— de l'abdomen. maie.
Observation XIII.
Muscles contractures. Température la plus élevée. Masséters.
Muscles de la nuque. 41°, 3/5.
— du dos.
— de l'abdomen. 3 degrés 9/10 au-dessus de la nor- Adducteurs de la cuisse. maie.
Observation XIV.
Muscles contractures. Température la plus élevée.
Masséters. 40°,3.
Muscles de la nuque. 2 degrés 8/10 au-dessus de la nor-
male.
Je dois mentionner encore ici une bonne thèse de M. le Dr A. Chopart intitulée : Contribution à V étude du tétanos; étiologie, température, traitement par le chloral, Paris, 1876.
L'auteur y a rassemblé un grand nombre de documents relatifs à ces points; les deux premiers n'y sont malheureusement pas encore élucidés. Quant au dernier, M. Chopart énumère près de 80 cas de succès dus au chloral seul ou associé à d'autres médications qui, employées seules, avaient échoué dans beaucoup de cas; il se prononce donc catégoriquement en faveur de l'emploi du chloral dans le traitement de cette affection. Il s'attache aussi à démontrer que les accidents attribués à l'administration du chloral à l'intérieur ont été fort exagérés, et qu'on n'a pas tenu assez compte de ceux qui sont survenus à la suite de l'injection de cette substance dans les veines. Le premier mode d'administration est donc celui qu'il faut préférer; les injections sous-cutanées et intra-veineuses, ainsi que les lavements, doivent être réservés pour les cas où on ne peut l'employer.
Les documents tirés de ma pratique qui se trouvent dans cette thèse ont déjà été résumés ou analysés dans les pages précédentes; c'est pourquoi je n'y insiste pas.