Rev. des sciences médicales, t. X et XI
de ouate; potion contenant 10 grammes de chloral, à prendre par cuillerées à bouche toutes les heures; un lavement huileux pour combattre la constipation qui dure depuis deux jours; lit entouré de rideaux verts comme pour les opérés de cataracte ; le plus grand silence est recommandé dans la petite salle où est le malade.
Le lendemain, il a pris 8 grammes de chloral; il est somnolent, ne cherche pas à parler, mais répond à la première interrogation pour retomber dans le calme; visage frais, souriant. Temp. 38°,2.
Alimentation liquide, œufs et lait; le malade prend 10 grammes de chloral dans les vingt-quatre heures suivantes. Dans la suite la température ne dépasse pas 37°,6.
Le 2 juin, il y a du mieux, figure calme ; le malade s'éveille seulement pour manger et prendre sa potion ; les arcades dentaires se dessèrent d'un centimètre environ. Épistaxis abondante dont on ne peut trouver la cause.
Le 3, somnolence continue, appétit conservé; trois lavements simples.
Le 4, écartement des mâchoires de 2 centimètres.
Le 5, la somnolence et le mieux continuant, on abaisse la dose de chloral à 6 grammes, par cuillerées à bouche toutes les deux heures; les mâchoires restent encore légèrement serrées et la raideur de la nuque se manifeste au moindre mouvement provoqué; pas de douleur spontanée. Grâce à la gouttière de Bonnet, la défécation s'effectue sans occasionner de mouvements au malade et sans provoquer aucune crise.
La déglutition est toujours facile, aucun trouble gastro-intestinal, sauf un peu de constipation combattue par les lavements huileux.
Aucun incident à noter dans la suite du traitement. Du 14 au 20 juillet, on diminue peu à peu les doses de chloral, qui est à 2 grammes le 20. Le malade quitte la gouttière ce jour-là ; guérison presque complète.
Le 30, elle est absolue et le malade quitte l'hôpital.
RAPPORT SUR PLUSIEURS OBSERVATIONS DE TETANOS, RECUEILLIES PAR MM. BALLU, CAUCHOIS, DEMMLER, MÉPLAIN, POUSSON ET ROBUCHON1.
En 1884, M. le Dr Julien, alors mon chef de clinique, publiait clans la Semaine médicale une leçon sur le traitement du tétanos. (Voy. plus haut, p. 329.) On y lisait le récit d'une guérison obtenue par le choral à haute dose, puis l'indication d'une série de mesures accessoires destinées à favoriser l'action de ce médicament que, jusqu'à nouvel ordre, je considère comme le plus efficace en pareil cas.
La note de la Semaine médicale ayant été lue par divers chirurgiens de province, deux d'entre eux voulurent bien me faire savoir qu'en se conformant aux préceptes que j'avais donnés ils avaient été assez heureux pour réussir également. Un de ces faits, qui appartient à M. le Dr Vaslin (d'Angers), ancien interne des hôpitaux de Paris, a été mentionné incidemment dans un travail sur la désarticulation du genou inséré récemment dans la Gazette hebdomadaire. J'y renvoie le lecteur. L'autre, inédit, nous a été adressé par mon ami et ancien élève le Dr Cauchois, chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu de Rouen. Or, l'observation est si bien rédigée, si concluante, si conforme en tous points à ce que je pense, que je vous propose purement et simplement de l'insérer ici même avec les quelques réflexions que l'auteur y a jointes.
Tétanos traumatique. — Traitement par le chloral à hautes doses. — Guérison (Dr C. Cauchois, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Piouen).
François X..., vingt-huit ans, entre à l'Hôtel-Dieu le 18 octobre 1884- pour une fracture du pouce compliquée de plaies dorsale et palmaire et produite par un écrasement dans un engrenage.
Pansement antiseptique avec attelles de carton.
Le 29 octobre, les plaies du pouce indemnes de toute complication marchaient vers la guérison, quand le malade, qui descendait au jardin pendant la journée, se plaignit d'un peu de mal de gorge.