Gai. hebd.,U septembre 1886, p
Premier cas. — Un garçon de seize à dix-sept ans, étant à la charrue avec son père, se planta, à travers le cuir du soulier, une forte épine au niveau de la malléole interne. L'épine fut extraite séance tenante et le travail du jeune homme ne fut point interrompu.
Six semaines après l'accident, le père vint me raconter que son fils était au lit, raide comme un bâton, et mourant de faim et de soif parce qu'il ne pouvait avaler.
Je soupçonnai un cas de tétanos et me transportai près du malade. J'eus beaucoup de peine à reconnaître le traumatisme qui avait été le point de départ des accidents, le jeune homme et son père n'ayant attaché aucune importance à la piqûre de l'épine.
Malgré la morphine et le chloral à haute dose, qui amendèrent d'abord les accidents, le malade succomba. Il est à remarquer que dans le village habité par le malade, on vide les écuries nu-pieds ou en sabots, mais sans aucune espèce de chaussettes.
J'ignore s'il y avait eu dans l'écurie en question des cas de tétanos équin.
Deuxième cas. — M. Jacques, marchand de chevaux, âgé d'environ soixante ans, tempérament robuste, tomba de son grenier à foin sur le sol de sa grange, et se fit une fracture comminutive de la partie inférieure du radius, compliquée de plaie. Application d'un appareil ouaté amidonné. Au bout de trois jours, développement d'un phlegmon dans le foyer de la fracture. Assisté de M. le docteur Lévy, médecin principal de l'armée à Épinal, nous débridâmes le foyer et un drain fut placé. Cette petite opération faite, le malade en buvant se plaignit d'une légère difficulté de la déglutition. C'était le début du trismus. Trois jours après il succomba au tétanos.
Il passait chaque année dans l'écurie du sieur Jacques au moins quatre ou cinq cents chevaux de provenances diverses, et toutes les affections de l'espèce chevaline (sauf la morve) s'y étaient certainement donné rendez-vous. Le patient vivait dans la plus intime cohabitation avec les animaux dont il commerçait.
« Étant étudiant, ajoute M. Legras, j'ai vu mourir à l'hôpital de Nancy une femme qui avait contracté le tétanos, en brouettant du fumier sur une planche dont un clou dépassait d'un ou deux centimètres, et lui avait fait une piqûre à la plante du pied. ?
Note de M. le DT Romain, médecin en chef à Téniet el Haad
(Algérie).
Premier fait. — En 1883, un dragon du 15e régiment, en garnison à Libourne, se présente à ma visite pour une plaie de la plante du pied. La nuit précédente, étant garde d'écurie, et courant pieds nus dans la cour du quartier après un cheval qui venait de s'échapper, il s'était heurté à un caillou et fait une plaie de 0m,05 de long sur 0m,005 de large.
Ne pouvant ni se chausser, ni faire son service, le blessé entra à l'infirmerie, où on lui fit un pansement. Cinq ou six jours plus tard, au moment où la plaie commençait à se cicatriser, survinrent des accidents tétaniques caractérisés par du trismus et du pleurostothonos du côté blessé. Malgré le chloral et la morphine à hautes doses, la mort survint en quarante-huit heures.
Deuxième fait. — A peu près à la même époque, dans le service civil de l'hôpital de Libourne, était reçu un jeune homme atteint du tétanos à la suite de plaies de l'avant-bras et de la main, par morsure de cheval .
Soumis rigoureusement au traitement par le chloral, ce blessé guérit dans l'espace de trois semaines environ.
M. Romain termine sa lettre en disant que le tétanos est rare dans la région de Libourne, qu'il n'en a observé que trois cas, dont les deux précédents chez des sujets en rapport immédiat avec le cheval *.