SYPHILIS
Je réunis ici tout ce que j'ai écrit personnellement ou inspiré à mes élèves sur la syphilis, au lieu de me contenter, comme je l'ai fait pour d'autres maladies constitutionnelles, d'étudier ses rapports avec le traumatisme. Cependant on trouvera ce rapport amplement mis en lumière dans la thèse de M. L.-H. Petit et dans quelques observations tirées de ma pratique et recueillies par moi ou quelques-uns de mes internes, MM. Ozenne, Malécot, etc.
La syphilis a été si bien observée en France, où elle est certainement mieux connue qu'en tout autre pays, qu'il n'y a plus de découvertes importantes à y faire; j'ai pourtant été assez heureux pour décrire quelques manifestations à peines indiquées jusqu'alors : telles le syphilome mammaire, Yadénopathie rétro-pharyngienne, le syphilome ano-rectal, les hygromas secondaires des bourses séreuses et les gommes de ces mêmes organes, etc. ; j'ai également fourni des renseignements assez complets sur Yadénopathie tertiaire et sur ce que j'appelle Yulcus elevatum tertiaire.
Enfin deux de mes meilleurs élèves, MM. Ramonât et Ozenne, ont décrit dans des thèses importantes deux des formes principales de l'hybridité morbide, c'est-à-dire la combinaison de la syphilis avec la scrofule et avec le cancer, sujet que je n'avais pu qu'esquisser en 1881 au Congrès médical [international de Londres.
En 1867, eut lieu à la Société de chirurgie1 une discussion sur cette question, à propos d'Un rapport de Dolbeau sur un travail de M. de Saint-Germain. J'y pris part et prononçai le discours suivant.
« La communication de M. Dolbeau date déjà de quelques semaines, aussi l'auteur a-t-il cru nécessaire de la résumer aujourd'hui en quelques propositions sur lesquelles il désire faire porter le débat. Quoique le fond des idées reste le même, je crois remarquer des différences appréciables entre l'énoncé primitif et celui d'aujourd'hui. Ne prévoyant pas cette seconde allocution, j'avais rédigé d'avance la note que je vais avoir l'honneur de lire; mes remarques et ma critique s'adressent donc au texte initial. C'est là qu'on retrouvera les passages que j'emprunte et que j'utilise pour les contredire. Cet avertissement donné, j'entre en matière.
Le rapport de M. Dolbeau se compose de deux parties : dans la première, consacrée à l'anatomie pathologique, notre collègue rappelle les formes primitives de l'ulcère infectant; dans la seconde, il aborde le problème difficile de la thérapeutique de la vérole.
Il est aujourd'hui définitivement acquis à la science que l'accident primitif de la syphilis se présente au moins sous trois formes principales :
L'érosion chancreuse à base indurée ;
L'érosion chancreuse à base molle;
Le chancre huntérien.
La première et la troisième variété sont les plus communes, el de beaucoup, mais la seconde n'est pas extrêmement rare; d'un diagnostic embarrassant, elle renverse, non pas la doctrine de la dualité chancreuse qui reste et restera vraie, mais la division dichotomique des chancres en mous et indurés, division trop exclusive; trop absolue, commode sans doute au lit du malade, mais capable d'engendrer des erreurs graves dans la théorie et dans la pratique.
M. de Saint-Germain et son rapporteur ont vu cette variété, et insistent sur ses caractères ; ils l'ont rencontrée dans les deux sexes,