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SYPHILIS TERTIAIRE DES DEUX GROS ORTEILS SIMULANT UN MAL PERFORANT

François M..., cinquante ans, cuisinier, entre le 23 octobre 1883 à la Pitié, salle Michon, n° 43.

Homme de petite taille, très maigre. Pas d'antécédent morbides; croit n'avoir eu aucun accident syphilitique antérieur.

En 1865, ostéo-arthritedes articulations métatarso-phalangiennes des deux gros orteils, pour laquelle il aurait été immobilisé dans un appareil silicate, et capable de reprendre son travail jusqu'à l'année dernière, où il fut soigné à Beaujon, pour l'affection qui l'amène aujourd'hui à la Pitié, et qu'on aurait alors qualifiée de mal perforant bilatéral pénétrant jusque dans l'articulation.

Sorti de l'hôpital à peu près guéri, il vit bientôt survenir la récis dive à la reprise de son travail.

Le 23 octobre on constate, des deux côtés, à la face interne de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil, une plaque ulcérée, de la grandeur d'une pièce de deux francs à gauche, de cinquante centimes à droite, irrégulièrement arrondie, à bords non décollés, peu épais, grisâtres, à fond granuleux, mal détergé, recouverte de bourgeons charnus pâles. L'ulcération repose sur la tête du métacarpien, très manifestement tuméfiée ; l'articulation, du reste fortement déviée, fait un angle très saillant en dedans. Indolence presque absolue. Pas de douleurs dans les membres inférieurs, et cependant pas de zone d'aneslhésie autour des ulcères.

En présence de ces caractères, il y a lieu d'hésiter entre un mal perforant bilatéral et une double ulcération syphilitique ; aussi, comme pierre de touche, on institue le traitement spécifique : 0sr,50 puis 1 gramme d'iodure de potassium à l'intérieur, pansement avec les bandelettes d'emplâtre de Yigo.

30 octobre. — Au bout d'une semaine, réduction notable et détersion complète des deux ulcérations, qui le 5 novembre sont complètement cicatrisées. Exeat les jours suivants.

ADÉNITE SYPHILITIQUE POST-PHARYNGIENNE1

J'ai eu l'occasion d'observer trois cas d'abcès post-pharyngiens chez des malades affectées d'angines syphilitiques.

Chez la première, il y avait une tumeur verticale, arrondie, soulevant la paroi postérieure et latérale du pharynx, enflammée, fluctuante et provoquant de vives douleurs. Néanmoins je ne l'incisai pas tout d'abord, craignant de rencontrer une des artères volumineuses qui rampent sur la paroi latérale du pharynx et de provoquer ainsi une hémorrhagie abondante. Lorsque par ses progrès la collection eut atteint la ligne médiane, j'y fis une incision, qui donna issue à une assez grande quantité de pus.

Chez la deuxième malade, on trouvait dans la même région une tumeur à fluctuation douteuse et dont l'émission ne fournit qu'une petite quantité de pus épais et visqueux.

Enfin la troisième malade a été vue seulement une fois à la consultation. Elle présentait aussi sur la paroi latérale et postérieure du pharynx une saillie verticale se déplaçant facilement sous le doigt, et qui offrait les caractères que j'avais déjà constatés au début du mal chez mes deux autres patientes.

D'après la marche et les caractères de ces abcès post-pharyngiens, je pense qu'ils siègent dans un ganglion et constituent ainsi une adénite, une sorte de bubon posl-pharyngien.

Il fallait, pour confirmer cette opinion, rechercher si, normalement, il existe des ganglions dans cette région. Or, Sappey dit précisément qu'il y a un ganglion de chaque côté de la paroi postérieure du pharynx et j'ai pu moi-même vérifier l'exactitude du fait.

Cette innocente petite communication souleva les protestations de deux de mes collègues, Cullerieret Alph. Guérin. Le premier accorda qu'à la rigueur on pouvait rencontrer des abcès post-pharyngiens chez les syphilitiques comme chez les autres individus, mais

1. Bull, de la Société de chirurgie, 21 mai 1863, 2° série, t. IV, p. 200. — Le terme d'adénite rétro-pharyngienne conviendrait mieux.

ADÉNITE SYPHILITIQUE POST-PHARYNGIENNE. 425

il n'admit pas qu'il s'agit alors de bubons symptomatiques de manifestations syphilitiques de la tête et de la face, parla raison que les adénites secondaires ne suppurent pas, ou qu'en cas de suppuration on trouve le ganglion nageant dans le pus.

De son côté, Alph. Guérin contesta résolument l'existence des ganglions post- pharyngiens et la possibilité de leur inflammation et surtout de leur suppuration dans la syphilis constitutionnelle.

Je maintins mes assertions et j'affirmai en particulier que lorsqu'il existe une ulcération secondaire, les ganglions peuvent fort bien suppurer. Plusieurs fois depuis, j'ai eu la confirmation de cette opinion. Chez les scrofuleux, en effet, il n'est pas très rare de voir l'inflammation suppurative s'emparer des ganglions cervicaux et inguinaux engorgés à la suite de chancre infectant ou d'accidents secondaires.

L'existence des ganglions postéro-latéraux du pharynx n'est plus aujourd'hui contestée par personne, pas plus que la possibilité de leur envahissement par divers processus morbides (1886).

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