HISTORIQUE ET OBSERVATIONS
Le syphilome de la mamelle est une des manifestations de la syphilis tertiaire qui ont le moins fixé l'attention des médecins. Entrevu par quelques cliniciens du siècle dernier qui lui donnaient le le nom de cancer vérolique, il est resté longtemps dans l'oubli le plus complet. En effet, si nous ouvrons les livres spéciaux qui traitent, soit de la syphilis, soit des maladies du sein, soit des tumeurs en général, nous voyons Hunter, Ricord, Bazin, Velpeau, Broca, Virchow, etc. , muets, ou peu s'en faut, sur les gommes de la mamelle ; nos livres classiques ne sont guère mieux informés; c'est dans l'ouvrage de Lancereaux sur la syphilis que nous trouvons la première étude sérieuse sur ce sujet.
D'après lui, Boissier de Sauvages *, le premier, aurait signalé, sous le nom de cancer vérolique des glandes mammaires, deux cas de gomme syphilitique de ces organes :
Obs. I. — « Je vis, il y a quelques années, une femme qui avait été infectée du virus vénérien, et qui portait depuis longtemps à la mamelle un carcinome de la grosseur de la tête d'un enfant. Cette tumeur était ulcérée lorsque l'illustre Deidier prescrivit à la malade des frictions mercurielles. En très peu de temps, le volume de la tumeur diminua considérablement. Toutefois le carcinome n'étant pas entièrement guéri, il fallut en venir à l'extirpation. »
Cette observation est loin d'être concluante, et l'on peut douter de l'origine syphilitique de l'altération mammaire. Cependant Yvaren, qui plus tard rapporte ce fait, voit dans cette diminution considérable de la tumeur sous l'influence du mercure un indice de syphilis, parce que, loin d'exercer une action résolutive sur le vrai cancer, les préparations hydrargyriques ne font qu'aggraver le mal.
La seconde observation paraît beaucoup plus démonstrative :
Obs. II. — > Une fille de trente ans, qui usait depuis plusieurs mois de l'extrait de jusquiame, avait aux deux mamelles une tumeur grosse comme un œuf de poule, dure, bosselée, profonde, accompagnée de douleurs lancinantes qui s'étendaient par intervalles depuis l'aisselle jusqu'à la mamelle, le long d'une série de glandes également dures et bosselées. Elle se plaignait en même temps de dou-