Bull, et Mêm. de la Soc. de Chir. 1875, p
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comme volume et comme forme, à une datte de moyen volume. Comme emplacement et direction, elle correspond exactement à la glande sublinguale, et il n'est pas douteux qu'elle soit constituée par cette glande tuméfiée, affectée d'une certaine façon. Ainsi, d'une part, elle est située sous la langue, latéralement; d'autre part elle est plus rapprochée de la langue que du maxillaire; enfin, elle est dirigée suivant son grand axe d'avant en arrière et de dedans en dehors. Son extrémité antérieure est peu renflée et arrondie, tandis que la postérieure, plus grêle, plus effilée, se continue jusqu'à la partie la plus reculée du plancher buccal. De la sorte, cette tumeur mesure environ 4 centimètres en longueur sur 1 centimètre de large. — Au toucher, elle est résistante, ferme, assez dure pour donner immédiatement la sensation d'un néoplasme solide et exclure l'hypothèse d'une production liquide enkystée. Elle constitue une lésion nettement délimitée, au pourtour de laquelle les4issus ambiants sont absolument sains. — Enfin, elle est complètement indolente au palper et à la pression.
Ce ne fut pas un médiocre embarras pour moi que d'instituer le diagnostic. Cependant, en y réfléchissant, les hypothèses à faire se circonscrivaient dans un cercle assez restreint. Une phlegmasie simple n'était pas admissible, vu l'absence de tout caractère inflammatoire. L'idée d'une production liquide enkystée devait également être exclue, en raison de la consistance manifestement solide de la tumeur. Restaient les néoplasmes. Il me paraissait impossible de songer au cancer, vu l'âge du malade, le développement très rapide des accidents, etc. Mais ne pouvait-il s'agir d'une production adénoïde?
Pendant que je discutais à part moi ces divers diagnostics, il me revint en souvenir que mon client était un ancien syphilitique, et je me demandai alors si la syphilis ne pouvait être mise en cause dans le cas actuel, et si cette tuméfaction de la glande sub-linguale n'était pas une de ces infiltrations tertiaires telles qu'on en a quelquefois observé dans la glande sous-maxillaire et dans le pancréas.
Les antécédents syphilitiques du malade n'étaient pas douteux. Onze ans auparavant (en juillet 1862) je l'avais traité pour trois petits chancres syphilitiques de la rainure glando-préputiale, accompagnés de pléiades inguinales bien accusées. Quelques mois plus tard s'étaient produits divers accidents secondaires, d'ailleurs assez légers ; syphilide papuleuse discrète, éruption croûteuse du cuir
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chevelu, plaques opalines de l'isthme du gosier. Le traitement spécifique intervenu à cet époque avait coupé court à toute autre manifestation ; mais ce traitement n'avait été prolongé (comme d'usage) que d'une façon insuffisante. Le malade se trouvait donc, après onze ans d'infection, dans cette période où la diathèse s'accuse fréquemment par des déterminations viscérales. Il n'était pas impossible, conséquemment, que la lésion actuelle de la glande sub-linguale fût un accident tertiaire de la vérole.
Dans cette pensée et, je dirai, dans cette espérance, je résolus de tenter le traitement spécifique, et je prescrivis un sirop d'iodure de potassium (25 grammes pour 500 grammes de sirop d'écorce d'oranges amères), aux doses quotidiennes de trois, quatre, cinq cuillerées à bouche, progressivement.
L'influence de cette médication fut immédiate et surprenante, comme on le pourra juger par les notes que je recueillis à chaque visite et que je transcris textuellement :
30 octobre (c'est-à-dire trois jours après le début du traitement). — Amélioration très marquée. La tumeur paraît diminuée. En tout cas le malade parle plus facilement.
3 novembre. — Diminution très notable de la tumeur, réduite d'un quart au bas mot.
12 novembre. — La tumeur a diminué de moitié. Les troubles fonctionnels de mastication et de parole ont tout à fait disparu.
24 novembre. — La tumeur, qui avait primitivement les dimen sions d'une datte, est tout au plus comparable aujourd'hui à un noyau de datte.
3 décembre. — Diminution continue.
Il décembre. — Il ne reste plus aujourd'hui de la tumeur qu'une dureté filiforme, mesurant 2 centimètres environ en longueur, sur une largeur d'un millimètre.
Janvier 1874. — L'induration sublinguale est à peine perceptible. Elle achève de disparaître dans les semaines suivantes.
Et depuis lors jusqu'à ce jour la guérison s'est maintenue.
Cette action aussi rapidement, aussi immédiatement résolutive, exercée par l'iodure de potassium, me semble devoir laisser bien peu de doute sur la nature spécifique de la lésion. Je me crois donc autorisé, de par les particularités cliniques relatées précédemment et surtout de par les résultats du traitement spécifique, à considérer
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l'accident précité comme un exemple de dégénérescence tertiaire de la glande sublinguale, et, dans cette opinion, j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt d'appeler sur ce fait l'attention de mes confrères. Comme confirmation indirecte du diagnostic porté sur la nature de la tumeur sublinguale, j'ajouterai que, peu de temps après l'accident dont il vient d'être question, mon client présenta, à deux reprises, de nouvelles manifestations spécifiques, à savoir : en décembre 1873, une papule tuberculeuse du gland; et en novembre 1874, une poussée de psoriassi palmaire et plantaire, détermination morbide souvent très tardive, comme on le sait, dans les syphilis insuffisamment traitées à leur début. Ces deux explosions de la diathèse, succédant dans un court délai à la tumeur sublinguale, ne fournissent-elles pas un appoint de probabilité en faveur de la spécificité de ce dernier accident?
Une dernière question pourrait être agitée. En admettant, comme cela semble bien vraisemblable, qu'on ait eu affaire dans ce cas à une dégénérescence syphilitique de la glande sublinguale, quelle a été la nature de cette dégénérescence? S'est-il agi d'une hyperplasie simple par prolifération conjonctive, hyperplasie analogue à celle qui constitue la forme habituelle dn sarcocèle syphilitique? ou bien s'est-il agi d'une infiltration gommeuse? Les seuls éléments cliniques dont je dispose ne me permettent pas d'émettre une opinion sur ce point. Ce n'est là, au surplus, qu'une question secondaire, et le fait essentiel, le seul que j'ai eu en vue dans cette communication, c'est d'établir cliniquement que la syphilis peut-être Vorigine de certaines tumeurs de la glande sublinguale. A ce fait se rattache un intérêt pratique évident, puisque, méconnues comme nature, les dégénérescences syphilitiques de la glande sublinguale pourraient donner lieu à de regrettables erreurs diagnostiques.